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Beach House : Depression Cherry, comme une étincelle !

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Ecrit par Mag Chinaski
@ Shawn Brackbill

@ Shawn Brackbill



Depression Cherry est une couleur, un endroit, une sensation, une énergie… qui décrit le lieu où l’on arrive quand on effectue les voyages infiniment variés de l’existence.

Un retour aux sources de l’essence dreamy et épurée de Beach House

C’est en ces termes que début juillet le duo Beach House, Victoria Legrand et Alex Scally, originaire de Baltimore, a annoncé la sortie de son cinquième album, Depression Cherry, chez Bella Union/Pias (Europe), pour le 28 août 2015.
Et effectivement, à la première écoute de l’album, un constat se fait évident, le son est plus doux, minimal marquant un retour aux sources de l’essence dreamy et épurée de Beach House. Dix ans de carrière, cinq albums dont le dernier en date Bloom, sorti en 2012, fut une sorte d’aboutissement lumineux et sonore, les propulsant vers les sommets des charts US.
Dix ans de carrière, ça signifie aussi plus de maturité, un autre regard sur l’existence et le sens de la vie, et ce n’est pas moi qui le dit, mais à la lecture de leur communiqué de presse et les citations qui l’accompagne… les figures de l’absence, de la mort, de la perte, du temps qui passe, semblent se dessiner de façon évidente :

Mostly it is loss which teaches us about the worth of things. / Ce n’est le plus souvent que la perte des choses qui nous en enseigne la valeur.
Arthur SchopenhauerParerga et Paralipomena

 

Hark, now hear the sailors cry /Hark, maintenant écoute les marins pleurer
Smell the sea and feel the sky/Sens la mer et ressens le ciel
Let your soul and spirit fly into the mystic/Laisse ton âme et ton esprit voler dans le mystique
And when that fog horn blows, I will be coming home/Et quand ce cor de brume soufflera, je rentrerai
And when that fog horn blows, I want to hear it /Et quand ce cor de brume soufflera, je veux l’entendre
I don’t have to fear it /Je n’ai pas à en avoir peur
Van Morrisson – Into The Mystic/Moondance

 

We inhabit a world in which the future promises endless possibilities and the past lies irretrievably behind us. The arrow of time… is the medium of creativity in terms of which life can be understood.

Nous habitons un monde dans lequel l’avenir promet des possibilités infinies et le passé reste à jamais derrière nous. La flèche du temps … est le terme le plus approprié pour définir le sens de la vie.
Peter Coveney/Roger Highfield – The Arrow of Time

 

I’ll never be able to be here again. As the minutes slide by, I move on. The flow of time is something I cannot stop. I haven’t a choice. I go. One caravan has stopped, another starts up. There are people I have yet to meet, others I’ll never see again. People who are gone before you know it, people who are just passing through. Even as we exchange hellos, they seem to grow transparent. I must keep living with the flowing river before my eyes.

Je ne pourrai jamais être ici de nouveau. Comme les minutes qui glissent, j’avance. Le flux du temps est quelque chose que je ne peux pas arrêter. Je n’ai pas le choix. J’avance. Quand une caravane s’arrête, une autre démarre. Il y a des gens que je dois encore rencontrer, d’autres que je ne verrai plus jamais. Les gens qui sont partis avant que tu ne les connaisses, les gens qui ne font que passer. Au moment où nous nous disons bonjour, ils semblent devenir transparents. Je dois continuer à vivre avec la rivière qui coule devant mes yeux.
Banana Yoshimoto – Kitchen

Autre constat, le titre de l’album, Depression Cherry, associé à la couleur de la pochette, qui sera recouverte de velours rouge… le rouge est une couleur ambiguë, induisant des sentiments antinomiques, elle est à la fois positive et négative à l’image de la vie, où parfois l’étincelle se produit !
En ce sens le premier single de l’album Sparks, contient à lui seul l’essence de l’album, And it goes dark again/Just like a spark, opposition entre le clair et l’obscur. Le ton était lancé, ce morceau, le plus rentre-dedans de l’album, mélange de dream pop et de shoegaze, avec la boucle de la voix de Victoria en fond calée sur le clavier, comme un mantra – pour la petite histoire cette boucle est ressortie ainsi par hasard sur la bande d’enregistrement, parfois les accidents ont quelque chose de magique – ce titre s’impose comme le tube de l’album.

Voyage sensoriel sur des terres mélancoliques

Pour autant, les autres titres ne sont pas en reste, le morceau d’ouverture Levitation, nous prépare gentiment à ce voyage sensoriel sur des terres mélancoliques… There’s a place I want to take you /When the unknown will surround you /There’s a place I want to take you (where they hide)… je pars sans hésiter, et j’ai bien envie de suivre Victoria dans les boucles cotonneuses et éthérées de cet introduction en forme de suspension dans le temps.
Après l’étincelle Sparks, une ballade spatiale nous attend, Space Song, douceur de la guitare slide, ritournelle futuriste, la voix de Victoria se fait caressante… sur la durée de l’album, le chant est toujours doux, aérien, à l’instar de Beyond Love.
10:37 a quelque chose de divin, harmonie chorale des voix, un chœur céleste angélique, minimalisme des arrangements comme pour faire ressortir toute la pureté du morceau.

Le titre suivant PPP, pour Piss Poor Planning, expression militaire qui en gros veut dire Rien ne vaut une bonne préparation pour éviter d’être dans la merde, sonne comme du bon vieux Beach House, c’est un de mes titres favoris avec Sparks, en introduction on retrouve les arpèges magiques de Scally, les envolées du synthé…
Plus j’avance dans l’écoute de cet album, plus je me sens fondre, il faut beaucoup plus qu’une seule écoute pour vraiment en saisir la dimension poétique, mystique et être touché une fois encore par l’univers de Beach House, dans lequel on se laisse toujours surprendre par une certaine langueur, insouciance, même quand les mots sont tristes, la couleur sonore est toujours lumineuse et pleine d’espoir face à la vie, au temps qui avance inexorablement, la mélancolie est belle, extatique… !

Un album qui se laisse apprivoiser sur la durée

Wildflowers qui peut sembler anecdotique, a pourtant une dimension philosophique, What’s left you make something of it, le texte prend le pas sur la richesse des arrangements, qui ont quelque chose de nonchalant, la guitare prend de l’ampleur, je trouve une certaine sensualité au titre.

Bluebird, démarre un peu (je dis un peu car je sens que je vais me faire frapper par des curistes extrémistes si je continue !) comme une intro des The Cure, le son du clavier sans doute et cette teinte sombre, le rythme y est plus sourd, plus marqué, la voix redevient grave, la rythmique ondule vers un groove qui sonne r’n’b, où peut-être que je débloque un peu, mais j’aime assez l’effet, rehaussé par la guitare, le clavier obsédant.

Mais voilà, qu’on arrive à la fin du rêve, Days of Candy, morceau le plus bouleversant de l’album, et il faut bien l’avouer lacrymal, en un seul mot, je dirais qu’il s’agit d’une extase musicale… et je n’ai pas envie de l’analyser, j’ai juste envie de le vivre jusqu’au bout, ce morceau, le plus long de Depression Cherry, un peu plus de 6 minutes… et autre pièce maîtresse d’un album qui se laisse apprivoiser sur la durée, et ça c’est plutôt bon signe… !

Le nouvel album de Beach House, Depression Cherry, est sorti vendredi 25 août chez Bella Union/Sub Pop/Pias, il sera disponible en digital, CD et bien sûr Vinyle, chez tous les bons disquaires, mais aussi par ICI ! Et pour moi il est évident qu’un vinyle s’impose à la sortie, d’ailleurs je le réécoute… encore !

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