Cinéma

Belles Familles de Jean-Paul Rappeneau : N’ai-je autant attendu que pour cette ineptie ?

belles familles

On imagine que les stars ont dû se précipiter pour figurer dans le nouveau Rappeneau, cinéaste si rare qu’un nouveau film de lui est déjà un événement suffisant, et qui put se targuer un jour de représenter le grand spectacle à la française, de Cyrano de Bergerac au Hussard sur le toit.

Nous voici donc devant une fort belle affiche, qui nous propose une synthèse habile de tout ce qui fait la France d’aujourd’hui, des stars confirmées registre grand public (Viard) ou intello (Amalric), de la génération précédente (Dussollier, bref mais splendide en amoureux transi sous brutale cure de jouvence), ou de celle qui vient (Marine Vacth qui, depuis le merveilleux Jeune et Jolie, a le don de magnétiser tout ce qui l’entoure), juqu’à la figuration du bon esprit franchouillard de France 2 avec Guillaume de Tonquédec.

La bande annonce avait le mérite d’être honnête : il sera question d’une tonalité très boulevardière, avec héritage, famille illégitime, notaires et promoteurs immobiliers, retours nostalgique dans la ville d’enfance et étincelles à tous les étages.

Il est assez difficile de se mettre au diapason d’une telle facticité, aussi assumée soit-elle, et servie par de grands comédiens (Amalric et et Vacth, surtout) qui semblent sous-exploités, voire gâchés dans ce brouet gentiment inepte. Dans des situations éculées, sous un éclairage propre sur lui qui rappelle les heures sombres de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, les claques sont aussi fausses que les empoignades, les règlements de compte sans aspérités et les personnages réduits à des types. On sourit, de temps à autre, principalement pour les troisièmes, voire quatrièmes rôles, d’une employée de mairie à une ancienne amoureuse de terminale, mais en se rendant compte que ces silhouettes ont surtout le mérite de leur brièveté. Ajoutons à cela une musique absolument insupportable de mièvrerie, et l’on se voit achevés.

Certes, un cinéaste est aux commandes, et on ne s’est pas privé de nous le rappeler pour nous le vendre. Reconnaissons que l’énergie qu’on lui attribue est bien présente, si ce n’est dans le fond, au moins dans la forme. Les personnages ne cessent de courir, se croiser, les portes claquent, les voitures ou les scooters démarrent en trombe pour un ballet qui justifie qu’on quitte la scène d’un théâtre de boulevard pour passer au grand écran. Sur l’ensemble du récit, la dynamique est précise et la gradation sensible, jusqu’à ce pré-final autour d’un concert qui marque clairement les ambitions de Rappeneau en chef d’orchestre. Point de convergence des intrigues, l’enchevêtrement des trajectoires est une véritable réussite et occasionne une plaisir qui pourrait presque justifier tout ce qui précède.

Il suffisait sans doute de jouer le jeu, et de savoir s’il en vaut la chandelle. Belles Familles est un film bien troussé, qu’on oubliera très vite, et qui ne justifiait pas 12 ans d’attente.

 

 

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