Après l’intense séquence 2019-2022, marquée par la sortie de 3 disques, UF.O.F. et Two Hands à quelques mois d’intervalle puis le plantureux double album, Dragon New Warm Mountain I Believe In You, Big Thief a entamé une période de transition et laissé la place aux carrières solos respectives de Buck Meek avec le délicat Haunted Mountain en 2023 et d’Adrianne Lenker avec le magnifique Bright Future sorti l’année dernière.
Les voilà de retour avec Double Infinity, qui, malgré son titre, s’avance plus modestement, avec ses 9 chansons et sa durée (42 mns) comme un retour aux débuts du groupe new-yorkais, lorsque Masterpiece et Capacity mélangeaient avec bonheur folk et indie-rock. Outre ce léger retour aux sources, c’est aussi la première fois que Big Thief joue en trio, suite au départ du bassiste Max Oleartchik.
Adrianne Lenker, Buck Meek et le batteur James Krivchenia ont décidé de ne pas le remplacer mais ont plutôt ouvert la porte de leur studio new-yorkais à de nombreux musiciens, le tout sous la houlette du producteur Dom Monks, déjà aux manettes pour l’enregistrement de Dragon New Warm Mountain I Believe In You.
Parmi les nombreux invité, on notera la présence conséquente de l’immense joueur de cithare, Laaraji, plus connu pour ses albums ambient et new age, participant ici également au piano et aux chœurs. La basse est quant à elle jouée par le jazzman Joshua Crumbly, contribuant ainsi à donner une palette sonore nouvelle et originale, alors qu’Alena Spanger (Tiny Hazard) et Hannah Cohen, dont on vous conseille fortement le dernier album, Earthstar Mountain paru en mars dernier chez Bella Union, viennent donner de la voix autour de celle d’Adrianne Lenker.
C’est d’ailleurs ce qui ressort à la première écoute de Double Infinity, Adrianne chante ici toute en douceur et modestie, sans en faire trop, ce qui ne sera pas pour déplaire à certains, comme si elle cherchait à se fondre dans l’ambiance cosy et chaleureuse de ses 9 compositions, à commencer par le superbe Incomprehensible en ouverture, donnant le ton d’un album qui interroge l’amour, la perte, le vieillissement et la recherche d’authenticité.
Words est une pépite folk, ses guitares légères contrebalancées par des percussions enivrantes alors que Los Angeles s’illumine d’un folk-rock épique, à la Neil Young. Tout aussi classique et enchanteur, All Night All Day met aussi en lumière les qualités de compositrice d’Adrianne Lenker, entre rêve et réalité, optimisme et pessimisme.
Double Infinity, c’est du nectar pour les oreilles, le sentiment d’uniformité qu’on peut ressentir à sa première écoute, laisse bientôt la place à un vrai plaisir de scruter chaque note ou chaque variation de chansons denses et variées, de la ballade épurée donnant son titre à l’album à l’étrange et complexe No Fear, pas très loin de Radiohead.
Arrive ensuite le plus beau morceau du disque, l’un des meilleurs du groupe new-yorkais, Grandmother, splendide et touchant, magnifié par les chœurs de Laaraji, portant au pinacle une instrumentation de haute volée. Big Thief a la bonne idée d’enchaîner avec Happy With You, le plus entrainant et simple du disque, avant de retrouver leur folk acoustique et angélique sur le beau final How Could I Have Known.
Double Infinity s’inscrit parfaitement dans la remarquable discographie de Big Thief, tout en y apportant quelques nuances et variations qui en font un disque tout simplement indispensable.

Big Thief · Double Infinity
4AD– 05 Septembre 2025


