Cinéma

Talent de plumes

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Riggan Thompson, star déchue d’un blockbuster à succès tente un come-back sur les planches de Broadway.

Tel Jeanne d’Arc, Riggan Thompson entend des voix. Ou plutôt, une voix, outrancière, profonde, surjouée : celle du personnage qu’il incarna dans les années 90, et qui lui valu son heure de gloire :  Birdman.  Une voix de rocaille, de celle que vous laisse une gueule de bois sévère ou une angine carabinée, et qui n’est pas sans rappeler celle d’un super-héros de cinéma bien plus connu : Batman. Ce Birdman, super-héros de pacotille au costume ridicule ne cessera de hanter cet acteur has-been, magnifiquement interprété par Michael Keaton – qui joua le rôle du Batman de Tim Burton dans les années 90.

Riggan Thompson, hanté par le fantôme emplumé de sa gloire déchue, en quête d’amour et de reconnaissance travaille sur l’adaptation d’une nouvelle de Raymond Carver qui traite justement du même sujet. Le clin d’œil du réalisateur Alejandro González Iñárritu au passé glorieux de son acteur est forcé, mais drôle.  Et quand le personnage d’Edward Norton, exhibitionniste narcissique et arrogant au physique de jeune premier s’invite dans la pièce pour lui voler la vedette, Birdman vire alors à la comédie dramatique dans des passages totalement foutraques et irrésistibles – Edward Norton en slip de bain en train de se bagarrer avec Michaël Keaton dans les coulisses de Broadway en étant sans doute l’un des passages les plus drôles.

Bâti pour n’être qu’un seul plan-séquence, le film glisse très rapidement dans la satire féroce, où personne ne sera épargné – si ce n’est peut-être le spectateur, qui, s’il survit à ce parti-pris d’une mise en scène anxiogène sera le témoin des affres de la création qu’endure Riggan Thompson. Sa fille à problèmes, ex-junkie peroxydée jouée par Emma Stone viendra lui rappeler les réalités terrestres dont tout bon père de famille aurait du se préoccuper, et qui bien sur, furent mises de côté au profit d’une grande carrière à Holllywood.  La critique de théâtre du New York Times, Tabitha Dickinson, crainte et haïe, lui annoncera sans sourciller qu’elle va démonter sa pièce sans même prendre le temps d’y assister, car elle déteste tout ce qu’il symbolise. (Vous êtes une célébrité, pas un acteur, lui lancera-t-elle dans une réplique plus brutale qu’un uppercut.) Et Mike, Edward Norton, acteur intransigeant, ingérable, et qui ne vit que pour la scène.

Alejandro González Iñárritu jette donc un regard fielleux et ravageur sur le monde du spectacle pour discréditer toute forme de célébrité, pour mieux nous rappeler que chacun a droit à son quart d’heure warholien – Riggan Thomson deviendra ainsi une star du web malgré lui, grâce à la puissance des réseaux sociaux dans une scène aussi cocasse qu’embarrassante pour lui. L’Académie des Oscars a réservé un accueil enthousiaste à son cinquième film, en lui décernant notamment l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, et du meilleur scénario. Un masochisme assumé par Hollywood, qui semble avoir apprécié d’être vertement rudoyé par ce putain de Mexicain, pour reprendre l’expression utilisée Sean Penn le soir de la cérémonie. Une œuvre puissante, aérienne, et parfaitement maîtrisée, qui risque de mal vivre son passage sur des formats de diffusion plus modestes – qu’il est donc indispensable de découvrir sur grand écran.

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