Chroniques Musique

Cavalcade, le brillant désordre de Black Midi !

Mais par quel bout prendre un tel album ? Que dire, que raconter ? Au final, l’envie toute simple de conseiller aux plus audacieux de poser délicatement Cavalcade, le tout nouveau Black Midi sur la platine et se laisser emporter, bousculer par le plus radical et intrigant groupe apparu ces dernières années. Dans tous les cas, le disque ne vous laissera pas indifférent, enthousiasme ou exaspération garanti à la fin de l’écoute !

Black Midi

Devenu trio suite au départ de Matt Kelvin, Black Midi  se concentre donc aujourd’hui autour de Geordie Greep (guitares et voix), Cameron Picton (basse) et  Morgan Simpson (batterie) même s’ils sont fort bien accompagnés pour donner une suite encore plus incandescente au déjà bouillonnant Schlagenheim. L’impressionnant saxophoniste Kaidi Akinnibi et le claviériste Seth Evans en tête, Black Midi a en effet ouvert en grand les portes dublinoises des Hellfire Studios, qui n’ont jamais si bien porté leur nom.

Piano, trombone, violon…tout y passe, même un hélicoptère, au producteur John « Spud » Murphy de mettre tout cela en ordre. La lecture des crédits vous donne l’impression de déchiffrer le catalogue d’un magasin d’instruments hyper pointu. On pourrait y voir une certaine arrogance de singes savants, mais heureusement, le groupe démontre très rapidement un humour profond, digne de gamins espiègles et ambitieux.

Très (trop ?) vite catalogué post-punk noise sur la foi de concerts monstrueux et hypnotisants et embarqué dans le même bateau que Fontaines D.C. et Shame, Cavalcade nous les transforme en jazzmen progressifs, où comment passer de The Fall à Mahavishnu Orchestra en l’espace de 2 albums et une petite pandémie !

Ce changement de cap, même si Schlagenheim était déjà bien plus complexe qu’il n’y paraissait, va en dérouter beaucoup, dont les fans de la première heure, et en laissera quelques autres sur le carreau, tant le disque ne se laisse guère apprivoiser et nécessite une certaine concentration et des oreilles grandes ouvertes.

La batterie frénétique de John L, l’immense morceau d’ouverture de Cavalcade, ses breaks incessants ainsi que cette voix étrange et décalée  peuvent donner le sentiment de reprendre le fil, là où Ducter l’avait laissé, telle une machine à laver bloquée sur le programme essorage et prête à exploser. L’arrivée surprise de Marlene Dietrich vient changer la donne et nous transforme Geordie Greep en un  Frank Sinatra 2.0..

A lui d’en profiter tant sa voix se fera de plus en plus lointaine et discrète, quitte même à abandonner le micro au profit de Cameron Picton, noyée dans le fracas luxuriant qu’annonce Chrondolacia Patella, explosif morceau où Morgan Simpson remporte le gros lot, pourtant bien challengé par ses partenaires tout aussi déchainés. Le disque zigzaguant dans tous les sens, l’enchainement entre chaque titre se fait sans aucune rupture, Slow ensorcelle, monte et descend, prend des allures de King Crimson, le saxophone pleure et la batterie roule.

Le magnifique Diamond Stuff trouve sa place quelque part entre Tortoise et Slint, Dethroned continue son travail de sape à coup de sublimes lignes de basse, amplifiées sur l’étrange Hogwash And Balderdash, qui condense en 2 mns et quelques la folie expérimentale et radicale de Black Midi.

Cavalcade atteint son sommet avec Ascending Forth, le dernier et long morceau qui se déroule tout en douceur et volupté, d’une richesse et complexité absolue, où chacun trouve la note juste dans cet ouragan d’émotions.

Impressionnant, ambitieux, Cavalcade est un disque qui se mérite et installe définitivement Black Midi comme un groupe à part.

 

 


 

Cavalcade – Black Midi

 

Rough Trade Records – 28 mai 2021

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Image bandeau : Anthrox Studio

 

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