Brèves de Platine

Brèves de Platine #30

Nadine Shah – Holiday Destination 

Nadine Shah a le genre de voix et d’univers que l’on n’oublie pas. Après deux albums et un duo remarqué avec Ghostpoet, la Britannique aux origines norvégiennes et pakistanaises revient en force avec Holiday Destination. Il y a toujours ce côté métallique, qui grince, cette façon dérangeante d’arranger les morceaux avec une force et une richesse rare. Ce n’est pas une musique qui s’écoute facilement, tant les particularités se multiplient et se répondent. Il faut un peu de temps, certes, un peu de temps pour apprécier le travail de cette artiste remarquable et engagée.

Cependant, même si Holiday Destination aborde des sujets plutôt graves comme les familles syriennes, la crise des réfugiés, l’islamophobie ou la gentrification, son post-punk se fait moins sombre que ce qu’elle a déjà pu écrire auparavant, les mélodies étant plus rythmées.

Sa démarche, dans la lignée de PJ Harvey et de The Hope Six Demolition Project (le morceau Holiday Destination rappelant d’ailleurs fortement la reine Polly), donne naissance à un album magnifique et étoffé. Disponible depuis le 25/08/2017 chez 1965 Records Ltd

Camille Locatelli

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Ghostpoet – Dark Days + Canapé

Ma délicieuse camarade Camille vous parlait ci-dessus de l’impeccable nouvel album de Nadine Shah et de son ancienne collaboration avec Ghostpoet sur l’excellent X Marks The Spot. Et bien, vous ne devinerez jamais de qui je vais vous parler à l’instant ? Ah mais si, c’est marqué dans le titre ! Plus sérieusement, on notera, outre un talent comparable, une vision du monde qui nous entoure teintée du même pessimisme mais marqué de la volonté d’en découdre avec toutes ses injustices.

Obaro Ejimiwe, alias Ghostpoet, vient en effet de nous sortir Dark Days + Canapés, son quatrième album, deux ans après Shedding Skin dont j’avais dit le plus grand bien ici.

Nous retrouvons le Ghostpoet, que nous aimons, cette voix unique, traînante, au bord de l’épuisement ; ces histoires de cuites dans un univers de fin de monde sur des musiques aussi effrayantes que fascinantes, mélange parfait entre rock et trip hop. Pianos et cordes donnent un souffle nouveau à sa musique, lui permettant de se consacrer à sa voix, bien plus en avant qu’auparavant, son flow et ses textes emprunts d’une mélancolie et d’un désespoir salvateurs.

Grand artiste, discographie parfaite !

Dark Days + Canapés est disponible depuis le 1er septembre chez Play It Again Sam.

Beachboy

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Joan Shelley – Joan Shelley

C’est l’un des plus beaux albums de l’année et j’ai failli passer à côté, honte sur moi. Ce disque, c’est tout simplement le quatrième (si l’on met de côté son Farthest Field enregistré en duo avec Daniel Martin Moore) de la grande Joan Shelley, musicienne aussi discrète que talentueuse. Il ne porte pas de titre, comme si la désormais habitante de Louisville dans le Kentucky, donnait un nouvel élan à sa carrière, avec son album le plus épuré et le plus beau.

Soutenue comme toujours par son guitariste et partenaire Nathan Salsburg, elle a fait appel à Jeff tweedy, monsieur Wilco pour la production et quelques lignes de basse, mais également à son fils Spencer, pour une batterie des plus légères et James Elkington, collaborateur régulier de cette jolie petite équipe.

Cela nous donne un splendide album de folk, avec quelques pointes country, dans la grande tradition du genre, dans les pas d’une Sandy Denny ou d’une Linda Thompson. Mélodiques et sombres, complexes et immédiates, les 11 chansons de ce superbe disque devraient toucher au plus profond de l’âme, les amateurs de belle musique, tout simplement.

Joan Shelley est sorti le 05 mai chez No Quarter / Differ-Ant.

Beachboy

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Chelsea Wolfe – Hiss Spun

Il y a des déceptions immédiates qui pourraient, avec le temps, se travestir en espoir de réévaluation. Des extrémismes sonores dont il est supputé, selon le contexte d’écoute, un hypothétique (mais non évident) regain d’intérêt.

La noirceur du cinquième album de Chelsea Wolfe est si soutenue qu’il m’est difficile d’en appréhender chaque recoin. Si la précédente exécution m’avait plongé, sans retenue, vers des abysses tout aussi désenchantés que sublimes, cette fois-ci, Hiss Spun enfonce le clou. L’ambiance est de plus en plus métallique et incantée… Sauf que l’on frise souvent la caricature agoraphobe.

Je ne vais pas m’étendre sur une pochette où l’artiste prostrée ne reflète plus vraiment son potentiel de « gothique attachante ». Seule la voix semble fragile. Désormais, le contraste dérange avec une production de plus en plus lourde. Si étouffante qu’elle vient annihiler la volonté louable de peindre un tableau ambigu alliant pleurs et colères. L’américaine dont le talent magnétique jouait sur les nuances est de moins en moins folk et de plus en plus radicale. Le revirement de ressenti n’est pas exclu, mais les premiers effleurements me laissent tout de même bien dubitatif.

Hiss Spun, un disque Sargent House, est programmé le 22 septembre dans les bonnes échoppes.

Ivlo Dark

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MammútKinder Versions

Évolution notable pour le quintette islandais : les titres de leur quatrième album sont désormais interprétés en anglais (changement amorcé, en réalité, avec la délivrance de l’EP River’s End). Une mutation linguistique pour une exportation plus massive, une compréhension au service d’une tonalité sans frontière.

Impossible pour autant d’échapper aux comparatifs locaux. La voix de Katrína Mogensen et le soupçon de psychédélisme dans les moutures plutôt « classiques » du groupe laissant entrevoir quelques bribes de filiation avec les mythiques The Sugarcubes (il faut dire que le papa de la chanteuse fut bassiste au sein des précurseurs punks de Kukl.)

We Tried Love se laisse trainer au gré d’une progression dont l’explosion finale fixe remarquablement le cadre. Le reste est fabriqué quasiment de la même manière avec la délicatesse fraîche d’une indie-pop qui marie finesse maligne et sauvagerie contenue. Sur Walls, c’est un phrasé qui vient hanter nos esprits. Pour Breathe Into Me, c’est un hit aigre-doux qui vient squatter notre zone de confort.

Bref, un disque avec ses petits et grands trésors et, finalement, très peu de grain pour susciter le débat (éventuellement le caractère superfétatoire de Bye Bye.) Disque à ranger entre les basiques d’un rock fringuant et une collection de filons à prospecter.

Kinder Versions est disponible depuis le 14 Juillet chez Bella Union.

Ivlo Dark

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