Brèves de Platine

Brèves de platine #38

Avant-dernier tour de piste des albums qui nous ont conquis en ce premier semestre 2019 !

SING SINK, SING – SING SINK, SING

Rencontre au sommet chez l’excellent label canadien Constellation Records, puisque derrière cet étrange SING SINK, SING, se cache l’un de ses plus beaux fleurons, en la personne d’Efrim Manuel Menuck, Monsieur Godspeed You! Black Emperor et Thee silver Mt. Zion et qui accueille ici Kevin Doria de Growing et Total Life.

A l’origine, Efrim avait fait appel à Kevin pour l’aider à rendre possible la transcription de son Pissing Stars sur scène. La collaboration de ces 2 cerveaux bouillonnants et hyperactifs se prolonge donc avec ce premier album, aux 5 titres hypnotiques et engagés.

Enregistrés entre le Canada et le Mexique, les 5 morceaux, de Do The Police Embrace ? à We Will s’inscrivent parfaitement dans l’engagement viscéral et sociétal que déploie depuis des années Efrim Manuel Menuck et qui caractérise sa musique expérimentale faite de rage et de colère.

Ici, sa voix fait des merveilles pour sortir du chaos électronique qui tente de le noyer, le drone de Kevin Doria lui offrant un nouvel et passionnant écrin, l’emmenant ainsi dans une toute nouvelle direction plus accessible et immédiate qu’à l’accoutumée. Les 2 artistes annoncent que ce premier essai ne restera pas sans suite, on espère donc très vite connaître le prochain épisode !

We Will Win, c’est certain !

L’album est sorti chez depuis le 10 mai 2019 chez Constellation Records.

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Beachboy

Doug Tuttle – Dream Road

Après trois albums sortis chez Trouble In Mind Records, il semblerait que Doug Tuttle soit encore un trésor bien gardé, et ce depuis 2012 et la fin de son projet MMOSS. Guitariste de génie, le bostonien écrit et enregistre seul dans son appartement des morceaux fortement influencés par les sons 60’s, entre psyché, Paisley Underground et jangle pop.

Son quatrième album, Dream Road, sorti le 31 mai dernier chez Burger Records, ne semble pas déroger à la règle, ce qui, soyons clairs, n’est pas pour nous déplaire. En dix titres, Doug Tuttle réussit à nous happer dans un voyage sonore lumineux, un ensemble beaucoup plus cohérent et immédiat que ses précédents albums, les influences restent les mêmes enrichies de teintes country et americana, à l’instar du titre d’ouverture I’ll Throw It All Away, savoureux mélange des genres.

Suivi de près par Twilight, single de Dream Road, ritournelle psy-folk imparable, entêtante, et ce son harmonieux, rythmé… Tuttle a de la maîtrise, en plus d’être multi-instrumentiste, il fabrique des pédales à effets, pouvant ainsi se permettre toutes les fantaisies, customisant à loisir ses instruments.

A ce stade, il serait de bon ton de vous encourager à poser vos oreilles sur les productions merveilleuses et impeccables de Doug Tuttle, certains entendront les Byrds, les Beatles, d’autres Beck, Tom Petty, mais aussi Kurt Vile, Kevin Morby, Mac DeMarco, Ty Segall, liste non exhaustive… souhaitons-lui le même destin, enfin !

L’album est sorti chez Burger Records depuis le 31 mai 2019.

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Mag Chinaski

La Poison – La Poison

Si vous aviez raté la sortie, il y a maintenant deux ans, du prometteur Antidote For Love, tout premier EP du bouillant trio La Poison, rassurez-vous : les quatre titres qui le composaient sont tous repris ici, sur un véritable premier album remuant et inspiré, qui distille en onze pistes dynamiques et colorées une réjouissante maîtrise, tout en confirmant la spécificité de leur univers baroque et déjanté.

Entre funk extra-terrestre à la B-52’s, ambiances horrifiques dignes des Cramps et purs élans disco-punk que n’aurait pas renié la grande Debbie Harry, la chanteuse Moon, le batteur David Ménard et le guitariste Daniel Jamet font littéralement feu de tout bois, transcendant leurs modèles supposés par une singulière modernité d’exécution : de la puissante ouverture de Super Hero à la profession de foi implacable de La Poison, en passant par les bondissants Smash You Up ou Open Your Eyes, voilà un groupe qui assume avec un panache certain son refus de choisir entre riffs tranchants de guitares touffues et électronique roborative et efficace.

Scandés dans un anglais à la fois rageur et festif, ces hymnes à tiroirs bénéficient d’un mixage précis et affûté signé Bertrand Lacombe (alias Dombrance), qui parvient à capter sur disque toute la synergie musicale du trio, sans diluer le moins du monde leur impressionnante densité scénique. Et quand, sur un Reach Out grinçant et possédé, Moon balance, dans un français simultanément vengeur et désolé, une déchirante diatribe contre les violences domestiques, ou lorsque le groupe tout entier lève le pied pour accoucher du merveilleux Mrs Jane, entêtante splendeur soul sur laquelle plane le fantôme de la regrettée Amy Winehouse, on se dit que ces trois-là n’ont peut-être même pas encore donné le meilleur d’eux-mêmes, ni montré toute l’étendue de leur savoir-faire déjà incontestable.

La Poison est disponible en CD, vinyle et digital depuis le 26 avril 2019 via le label HYP, distribué par [PIAS].

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French Godgiven

Kompromat – Traum Und Existenz 

Si le producteur Pascal Arbez-Nicolas, plus connu sous l’alias Vitalic, synonyme d’électronique puissante et remuante, et l’artiste plurielle Julia Lanoë, moitié des duos Sexy Sushi ou Mansfield.TYA et redoutable DJ techno sous le pseudo de Rebeka Warrior, s’étaient contentés, pour leur projet commun, de fusionner leurs univers respectifs, aussi variés dans leurs formes qu’identifiables dans leurs effets imparables, le résultat aurait déjà été, par principe, source de curiosité.

Mais plutôt que de ressasser une formule déjà éprouvée en 2012, le temps d’une apparition explosive de la seconde sur l’album Rave Age du premier, le tandem a opté pour une audacieuse troisième voie : leur premier long format commun Traum Und Existenz, comme son titre le suggère et son contenu le confirme, nous propulse dans une dimension métaphysique dure et froide, majoritairement germanophone, où le songe et la réalité s’interpénètrent dans un impact souvent dévastateur. Car si l’album s’ouvre sur un métronomique et lancinant Possession, dont la progression increvable se voit hantée par un implacable mantra récité par des voix enfantines, le duo fait très vite parler la poudre, avec un morceau-titre qui sonne comme une déflagration apte à dynamiter n’importe quel dancefloor.

La suite du programme est à l’avenant, alternant tubes synthétiques, efficaces et addictifs (tels le motif chaloupé du très accrocheur Niemand ou la pulsation plus solennelle du lumineux Einfach Da Sein), et brûlots electro-punk évoquant la froideur sauvage d’Atari Teenage Riot (comme sur le rageur Die Tausente Herbste ou le brutal Hertztod). Et lorsque Kompromat semble consentir à baisser sa garde, c’est pour mieux nous happer dans des chausses-trappes sonores aussi flippantes que les harmonies dissonantes de la charge discoïde Auf Immer Und Ewig ou la lente complainte, vrillée et hypnotique, qui anime Le Goût Des Cendres.

Mais derrière ce mur de bruit et de fureur mécanique, l’évidente dualité qui traverse cet album, aussi glacial dans son apparente intransigeance, enracinée dans le glorieux passif des musiques électroniques allemandes (de D.A.F. à Liaisons Dangereuses), que généreux par la variété bien réelle de ses palettes émotionnelle et stylistique, trouve son illustration la plus parlante dans une romance tout juste effleurée, dont la simplicité trompeuse laisse entrevoir une incandescence des plus troublantes : De Mon Âme À Ton Âme invite la comédienne Adèle Haenel le temps d’une double confession amoureuse palpitante, au cœur de laquelle, par un effet fusionnel saisissant, sa voix et celle de Rebeka Warrior, bien que diamétralement opposées, semblent ne plus faire qu’une seule.

Alors certes, tel l’impitoyable miroir de nos peurs existentielles, soufflant le chaud et le froid sur des cicatrices intimes lardant un océan de violence sourde, Traum Und Existenz ne nous offre sa lumière intérieure, précieuse parce que rare, qu’en nous incitant à le laisser tailler, à grands coups de serpe électronique, dans notre propre noirceur. Mais avouons-le : un disque qui prend la peine de vous chuchoter à l’oreille « personne n’entend quand tu cries », en français dans le texte, c’est déjà un beau gage d’amitié, sincère et désarmant.

Traum Und Existenz est disponible en CD, vinyle et digital depuis le 5 avril 2019 via Clivage Music, une division du label Citizen Records.

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French Godgiven

Calexico / Iron & Wine – Years To Burn

L’histoire commence en 2005. Calexico a déjà neuf pépites à son actif et une réputation qui n’est plus à prouver pour les partisans de cette musique country qui sent bon le soleil d’Arizona. A cette époque, la formation se permet une petite parenthèse en compagnie d’un certain Sam Beam dont la discographie est bien plus confidentielle. De cette fusion naîtra un EP intitulé In The Reins. A la suite de ce projet, Sam Beam planqué derrière son double Iron & Wine gravira les marches d’une notoriété bien plus nourrie. Quant à la bande de Joey Burns et John Convertino, elle vécut (les langues de vipères diront « vivota ») grâce à une expérience chargée autant de contemplation que de nostalgie. Il y aura bien quelques croisements communs mais pas de quoi mettre les deux noms à l’affiche d’un même recueil.

Quatorze ans plus tard, la collusion des entités refait surface en grand format. C’est Years To Burn qui s’invite dès lors sur nos platines pour un parfait accouplement entre l’écriture folk ultra soignée de l’un et l’impressionnante maîtrise des espaces acquise par les autres. Au final, la combinaison fait mouche puisque la somme des intervenants permet d’amplifier une réelle sensation de justesse et d’éclat. Comme gain de qualité, notons que l’album a été enregistré dans les studios Sound Emporium, référence de poids pour les adeptes du genre.

En définitive, c’est huit titres qui viennent vous caresser les oreilles avec tout l’attirail instrumental qu’il faut pour nous permettre d’admirer le panorama, la vitre grande ouverte avec ces bouffées de chaleur qui s’immiscent derrière la carcasse pour ne plus vous lâcher. C’est un vrai régal, une vraie communion des sens, un disque destiné à régaler votre été de milles sensations raffinées et colorées. Bref, un mariage qui coule de source avec ses arrangements tantôt cuivrés, tantôt en apesanteur… pour un résultat d’une complémentarité opportune.

Years To Burn est disponible chez City Slang pour l’Europe et Sub Pop pour le reste du monde depuis le 14 juin 2019.

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Ivlo Dark
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