Chronique Musique

Captain Obvious enfonce les portes

Captain Obvious
Captain Obvious / Charles Tumiotto
Ecrit par Ivlo Dark

Je ne sais pas si ces deux frangins ont été séquestrés au fin fond d’une grotte, victimes d’une secte nostalgique du temps jadis. En tout état de cause, le duo qu’ils forment sous les traits du super zéro Captain Obvious ne semble pas avoir capté l’idée qu’en 2019 le rock est mort, qu’il est d’ailleurs de bon ton de foutre les guitares à la benne, le salut ne pouvant surgir que via la mise sous cellophane d’une matière aseptisée par nos providentielles machines. Je subodore qu’un sombre gourou les aura gavés de vieux Rock&Folk (marche aussi avec les nouveaux numéros), les pliant à la dévotion d’icônes en enfer depuis des lustres. Le lavage de cerveau aura été fatal car les garnements débarquent sans aucune retenue avec une forme musicale que nous avions oubliée, à l’exception de quelques irréductibles sauvageons perdus dans les ténèbres d’une sombre folie musicale.

Histoire de corroborer mes soupçons, j’apprends que leur premier disque a été enregistré à Nashville (indice étayant mes craintes quant à la perdition de ces jeunes Parisiens) avec un mastering effectué sous la houlette d’un certain Brian Lucey (sans doute un adepte de cette inquiétante coterie). Joseph et Angus ne font pas dans la petite artillerie, endoctrinés depuis leur plus jeune âge à la conduite de duels à base de jets de cordes ou autres jeux violents façon batterie qui se prend pour une massue. Leur musique est balancée dans une urgence digne des productions de fiers rebelles placés tout en haut de la rampe, une sorte de croisement entre stoner et power-rock.

Vous imaginez alors leur première canonnade Let It Burn qui a au moins le mérite de ne pas tromper sur la came. Je confesse penser à deux All-Stars Band, Them Crocked Vultures et The Dead Weather, chacun trouvant ses propres ramifications et/ou influences communes. Une efficacité qui bastonne sévèrement à l’image (ou plutôt le son) de Pop Songs qui pourrait sembler un poil éculé quant à son inspiration mais qui mitraille tellement sec que le plus blasé des observateurs ne pourra qu’être tenté de se précipiter dans la fosse afin de se mêler aux corps transpirants.

Loin d’être un brouillon mais plutôt un vif galop d’essai, cet EP décoche une mise en bouche truculente. Nul doute qu’il faudra suivre ce duo de choc qui, bien que n’ayant eu le privilège d’inventer la poudre, sait parfaitement comment allumer la mèche.

EP disponible le 1er mars 2019 chez One Hot Minute / Wagram

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