Le jeu solo possède quelque chose d’assez unique. On n’y cherche pas forcément l’ambiance survoltée d’une soirée entre amis ni les éclats de voix autour d’une table. Ce que l’on recherche, c’est plutôt une forme d’immersion. Le plaisir de prendre son temps, de se concentrer et d’observer chaque détail. Dans cette catégorie, Les Secrets de Warden Keene et Chess Peace offrent des approches différentes mais absolument redoutables.
Les secrets de Warden Keene de Paolo Mori et Silvano Sorrentino – Bombyx – 2026

Avec Les Secrets de Warden Keene, remarquablement édité par Bombyx, on entre d’abord dans une expérience contemplative. Le jeu nous emmène dans un vieux cimetière rempli d’histoires oubliées, où chaque tombe semble cacher un secret. Les illustrations façon ligne claire de Florian Belmonte répondent admirablement aux bases posées par Silvano Sorrentino et l’incontournable Paolo Mori (déjà auteur, notamment, de Toy Battle ou Captain Flip).
Dès l’ouverture de la boîte, l’objet impressionne. Enveloppes, tombes en 3D et illustrations sombres, tout participe à créer cette sensation étrange de manipuler de véritables archives anciennes. C’est d’autant plus le cas lorsque vous ouvrirez le carnet de Warden Keene, l’ancien gardien de ce cimetière de l’Illinois, qui a consigné ses premières recherches sur de vieux mystères. Et aujourd’hui, c’est à vous de prendre le relais.

Le principe repose sur une succession d’enquêtes liées aux habitants du cimetière. Il faut observer, recouper des indices, relire certaines inscriptions, comprendre les relations entre les personnages et décoder peu à peu ce que cache cet endroit. Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est que le jeu ne cherche jamais à en faire trop. Pas d’effets gadgets ni d’application intrusive. Toute l’immersion naît simplement des documents, des énigmes et de cette ambiance mélancolique particulièrement réussie. Il n’y a d’ailleurs pas de règle du jeu à proprement parler puisque c’est le carnet de Warden Keene qui vous guidera à travers les 11 enquêtes à résoudre.
Comptez une vingtaine de minutes par énigme et, à chaque fois que vous parviendrez à en résoudre une, vous éprouverez une excitation certaine. Un détail aperçu une heure plus tôt reprend soudain du sens. Une date, un nom ou une phrase anodine deviennent essentiels. Le jeu réussit à provoquer ce petit frisson propre aux très bonnes enquêtes, celui où l’on a l’impression d’être devenu plus intelligent en comprenant enfin ce qui se tramait sous nos yeux depuis le début.
Chess Peace – Smart Games – 2026
Encore un Smart Games, nous direz-vous ? Certes, mais lorsque l’on parle de jeux de solo, la gamme est relativement incontournable. Dans un registre beaucoup plus abstrait, Chess Peace s’adresse donc directement aux amateurs de logique pure et de réflexion méthodique. Des caractéristiques qui siéent souvent aux joueurs d’échecs. C’est donc d’un formidable cross-over qu’accouche ici Smart Games.
Le jeu reprend l’univers des échecs mais en le transformant en véritable casse-tête solo. L’objectif n’est plus de battre un adversaire mais de résoudre des situations imposées à travers des problèmes de placement et de logique. Et la logique s’inverse puisque vous devrez, à partir de situations concrètes, placer les pièces manquantes pour créer une situation de statu-quo dans laquelle aucune pièce noire n’est attaquée par une blanche et vice-versa.
Et très vite, le côté addictif apparaît. Les amateurs d’échecs retrouveront immédiatement cette gymnastique mentale si particulière, cette manière de visualiser des déplacements, d’anticiper des configurations et de reconnaître certains schémas.

Chess Peace possède aussi un côté très “rituel”. C’est typiquement le genre de jeu que l’on laisse traîner sur une table basse ou une table de nuit pour résoudre un défi avant de dormir. Un peu comme certains font une grille de Sudoku ou une partie d’échecs en ligne pour se détendre. Sauf qu’ici, le matériel apporte un vrai plaisir de manipulation et transforme l’exercice cérébral en petit moment presque méditatif.
Au fond, ces deux jeux rappellent surtout que le solo n’est plus du tout une manière secondaire de jouer. Les Secrets de Warden Keene mise sur l’atmosphère, le mystère et l’immersion. Chess Peace préfère la logique pure et le plaisir du raisonnement. Deux expériences totalement différentes, mais qui ont en commun cette capacité à nous faire oublier le temps pendant quelques dizaines de minutes



