Chronique Musique

Dominique A en Toute latitude

Dominique A
Crédit : Vincent Delerm
Écrit par Ninie Peaudchien

On ne sait si la pseudo crise de la cinquantaine a des effets de boulimie sur ceux qui la traversent mais il est certain que cette année rimera avec abondance et profusion pour Dominique A, pas encore mûr pour la poussière, qui ne sort pas un mais deux albums, Toute latitude et La Fragilité qui paraîtra à l’automne, deux facettes d’un artiste bien décidé à ne se contenter d’aucun genre et refuser toute étiquette. « Jusqu’alors, suivant les albums et les tournées, j’ai oscillé entre intimisme et maximalisme sonore, entre travaux solo et projets collectifs, les uns me renvoyant aux autres et se nourrissant mutuellement. Cette fois, par volonté de ne pas choisir, l’occasion m’a été donnée de jouer simultanément sur les deux tableaux. Comme si, enfin, les deux côtés d’une même pièce se rejoignaient. » explique ainsi l’artiste. Chacun de ces deux albums aura droit à sa tournée spécifique.

Alors, voilà un nouvel album de Dominique A sort et la frénésie s’installe. Tous les regards vont être braqués sur cet objet ce vendredi 9 mars, entre soulagements et ricanements. Un peu comme le Beaujolais Nouveau. Alors ce nouveau cru, bon, moins bon, quel goût ? L’artiste est de ceux qui cristallisent dans les deux camps, malgré une carrière en toute discrétion, humilité et des ventes honnêtes, sans toutefois être exceptionnelles.

Que je vous rassure de suite, Toute latitude n’a pas un goût de banane mais plutôt de raisin de la colère avec une touche de retour de forte inspiration digne d’une grande syrah. Il divisera sans doute. Les amateurs de son précédent Éléor risquent d’être chamboulés tandis que les nostalgiques de Remué devraient être comblés par ce retour de retour d’âpreté et de rage, même si le son y diffère sensiblement. « Suivant un mouvement de balancier habituel, chaque nouvel album est comme une réponse au précédent : à la douceur et la suavité revendiquées d’Éléor, répond ainsi l’énergie et le côté up-tempo de  Toute latitude , qui s’aventure sur des terrains plus électro et électriques, avec une production plus dense, davantage tournée vers les détails et les effets » commente Dominique A.

Ce choix de l’électronique part évidemment d’une envie initiale du musicien mais tient également au hasard : « c’est l’achat imprévu d’une boite à rythme analogique, au son spécifique, qui a été déterminant : l’écriture des morceaux s’est articulée autour de rythmes élaborés sur cet instrument, dont le son colore finalement tout l’album. »

Cette ambiance électro s’installe dès les premières notes de Cycle qui ouvre l’album. Durant les trois premiers titres pourtant, pas de rupture profonde avec la douceur et la générosité d’Éléor. L’artiste ne nous cueille pas par surprise et nous invite sans agressivité à entrer dans son nouvel opus. La très jolie Toute latitude nous évoque ainsi  la nostalgie de l’adolescence et de ses rêves, une thématique chère à Dominique A.

Le ton se fait plus grave, l’orchestration plus dense et sombre à partir des Deux Côtés D’Une Ombre, où la souffrance animale est évoquée avant d’être rappelée sur La Mort D’un Oiseau et Se Décentrer. C’est d’ailleurs une partie frappante de ce disque. Dominique A lâche ses interrogations sur lui-même et ses amours pour s’ouvrir et s’intéresser aux problèmes de la planète. Ici l’onirisme disparaît au profit d’une écriture plus précise et directe. Plus de courage envié aux oiseaux, on les regarde mourir, les voisins se déchirent, les migrants fuient la guerre dans La Clairière. Lhomme est ici au centre d’un environnement qu’il détruit ou le détruit, avec pour chœurs les animaux qui souffrent. Corps de ferme à l’abandon, glaçant « spoken word  » tout en tension, signe la fin d’une époque, la désertification des campagnes mais sans aucune nostalgie. Cette puissance dans les textes est exacerbée par une orchestration étoffée.  En plus des rythmes électros, Dominique A s’est entouré de deux batteurs, le complice Sacha Toorop et Étienne Bonhomme auxquels il faut ajouter la basse de Jeff Hallam ainsi que les claviers et guitares de Thomas Poli.

Le disque ne plonge pas pour autant complètement dans la noirceur. Les Enfants De La Plage, briseurs d’écume et qui repartent le poing levé, sont une véritable trouée de ciel bleu au milieu de cette densité grise, une respiration mais peut-être un peu trop classique tant par sa thématique que par sa composition, un petit arrière-goût de déjà entendu.

Heureusement, Le Reflet vient clore de manière somptueuse le disque et nous entraîne dans une boucle où l’on se sent flotter, corps ondulant de ce qui est, et que l’on voudrait sans fin. Une passerelle prometteuse avec sa guitare acoustique vers ce que sera l’album suivant, La fragilité.

On ne sait encore si 2018 sera synonyme de grande année pour le vin mais il est certain qu’avec Toute latitude, Dominique A la démarre avec beaucoup plus de force et de saveur qu’un gros-plant-du-pays-nantais. On attend de déguster la suite et de le croiser sur scène avec impatience.

Toute latitude de Dominique A – Sortie le 9 mars chez Cinq7/ Wagram

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Dominique A sera en concert le 9 mars sur France Inter à 21h dans l’émission de Didier Varrod, Foule Sentimentale, le 24 mars à La Rochelle (La Sirène), le 30 mars à Audincourt (Le Moloco), le 31 mars à Angoulême (La Nef), le 1er avril à Allonnes (Salle Jean Carmet), le 4 avril à Nantes (Stereolux), le 5 avril à Blois (Chato d’O), le 6 avril à Hérouville Saint Clair (Big Band Café), le 7 avril à Cenon (Le Rocher de Palmer), le 12 avril à Lille (Aéronef), le 13 avril à Bruxelles (Ancienne Belgique), les 14 et 15 avril à Paris (Philarmonie), le 18 avril à Rouen (Le 106), le 19 avril à Angers (Le Chabada), le 25 avril à Ramonville St Agne (Le Bikini), le 26 avril à Montpellier (Rockstore), le 27 avril à Six Fours (Espace Culturel André Malraux), le 15 mai à Clermont-Ferrand (Coopérative de Mai), le 16 mai à Grenoble (La Belle Électrique), le 17 mai à Lausanne (Les Docks), le 18 mai à Châteaurenard (Salle de l’Étoile), le 24 mai à Rennes (Le Liberté), le 25 mai à Lassay-Les-Châteaux (Les 3 éléphants).

 

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