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Dominique A, un week-end entre deux rives

Avec cette année en diptyque, où Dominique A a décidé de jouer sur deux tableaux en sortant deux albums très différents, Toute latitude et La Fragilité à paraître à l’automne, proposer deux spectacles bien distincts et en cohérence avec chacun de ces disques semblait une évidence pour l’artiste.

La tournée actuelle est à l’image de Toute latitude, toute en électricité et pugnacité. Accompagné de quatre musiciens, Dominique A met en avant des univers sonores très marqués, un mélange de sons acoustiques, électrifiés ou électroniques. Avec la sortie de La Fragilité, l’artiste partira a contrario en solitaire et dans une ambiance intimiste sur les routes de France et Navarre.

Ces deux spectacles contrastés mais complémentaires comme les deux faces d’une pièce étaient présentés le week-end dernier à la Philarmonie de Paris. Cerise sur le gâteau, l’artiste avait carte blanche pour inviter des artistes qu’il apprécie pour des concerts supplémentaires ou des premières parties. Visiblement, il s’est fait plaisir et ne s’est pas fait prier pour mettre en avant tout l’éclectisme de la musique qui l’inspire. Laetitia Velma, sa compagne, Mermonte, le samedi, Facteurs Chevaux et Laura Cahen le dimanche ont ainsi eu l’honneur de jouer sur scène les fins d’après-midi.

Dominique A

Rive électrique

Pour son concert du samedi intitulé Rive électrique, Dominique A avait convié une de ses artistes fétiches Shara Nova aka My Brightest Diamond à ouvrir la soirée. Toute de paillette vêtue et la chevelure flamboyante, la chanteuse nous en a mis plein les mirettes pendant cinquante minutes. Accompagnée de l’énergique Earl Havin à la batterie et de Vincent Taurel au clavier, My Brightest Diamond nous proposera un set lumineux et haut en couleurs, alternant morceaux punchy et titres plus langoureux en anglais ou en français.

Tantôt aux claviers, tantôt à la guitare, elle confirmera surtout tout le bien qu’en pense son hôte. Shara Nova prouvera qu’elle est effectivement bel et bien l’une des plus belles voix nord-américaines du moment et malgré quelques soucis de guitare qu’elle saura dépasser avec facétie, elle relèvera le défi d’intéresser un public non conquis à priori par sa musique éclectique et baroque et de le réveiller. Elle clôturera le set seule sur scène avec une très émouvante interprétation d’une chanson composée pour son fils, I Have Never Loved Someone. Merci pour ces jolies bulles de Champagne, My Brightest Diamond !

Dominique A
Credit : C. Drot

C‘est entouré du très souple du genou Jeff Hallam à la basse, Thomas Poli aux claviers et guitares et de deux batteurs, Etienne Bonhomme et Sacha Toorop, que Dominique A débarque sur scène à 21h45. L’artiste nous avait promis un set énergique et l’on comprendra illico qu’il ne nous avait pas menti. Pendant deux heures, il nous prouvera qu’il assume à l’aube de la cinquantaine, avec flamboyance et punch, l’intégralité de sa discographie et son corps, jadis si timide, en dansant parfois sans retenue comme sur Les deux côtés d’une ombre.

Dominique A
Credit : C. Drot

Le chanteur démarre avec Cycle, comme sur son dernier album. Le ton est donné avec cette attaque électronique dark. Le concert sera celui d’un homme plein d’une colère froide et énergique. Les morceaux s’enchainent en mode tendu et la salle s’enflamme après l’interprétation très rock de Pour la peau. Du haut de notre balcon, le son est excellent et implacable, les deux batteries y faisant pour beaucoup,  la vue sur le public dans la fosse fascinante, le jeu très réussi des néons sur scène le faisant ressembler à une marée humaine grouillante.

C’est avec bonheur que l’on réentend des chansons que l’artiste n’avait pas jouées depuis longtemps sur scène comme Va t’en entièrement revisitée, nerveuse et noire, qui nous fera penser aux feus collègues du label Lithium Diabologum, Le métier de faussaire ou Le Twenty-Two Bar au premier rappel.

Dominique A aime vieillir comme il nous le glissera durant le set et il est vrai que la maturité lui réussit. Ces deux heures totalement maitrisées filèrent à toute allure et sans faiblesse.  Les seuls déçus furent sans doute les buveurs invétérés de bière (interdiction de consommer dans la salle) et ceux qui attendaient d’avantage d’échanges avec le chanteur qui ne parlera pas beaucoup en raison de sa difficulté à parler à tant de gens. On ne lui en veut pas, le concert fut magnifique, généreux et l’on ressort estomaqué, presque un peu sonné par ce raz-de-marée sonore. Sans doute l’un des plus forts que l’on ait vu du Nantais !

Dominique A
Credit : C. Drot

Setlist Rive électrique :
Cycle
La mort d’un oiseau
Pour la peau
Les deux côtés d’une ombre
Vers le bleu
Va t’en
Le Sens
Aujourd’hui n’existe plus
Le Reflet
Se décentrer
L’Océan
Toute latitude
Rendez-nous la lumière
Le commerce de l’eau
Lorsque nous vivions ensemble
Exit
Cap Farvel
Corps de ferme à l’abandon
Le métier de faussaire
Éléor
Premier rappel :
Au revoir mon amour

Immortels
Le Twenty-Two Bar
Le courage des oiseaux
  Deuxième rappel :
Le convoi

Rive solitaire

On a beau avoir été plus que rassasié la veille, c’est avec grand appétit et curiosité que l’on aborde la deuxième soirée intitulée Rive solitaire. D’abord, parce que cette deuxième soirée préfigure la sortie du futur album La Fragilité et la tournée plus acoustique automnale qui l’accompagnera. On s’attend donc logiquement à entendre quelques titres inédits et cette perspective nous donne très faim. Ensuite, parce que l’invité d’honneur est un de nos chanteurs préférés de ces dernières années, le trop méconnu irlandais Adrian Crowley. Nous sommes donc fort heureux que grâce à Dominique A, nous puissions enfin le voir en live et qu’il se fasse un peu plus connaitre dans le paysage musical actuel. Enfin, parce que nous quittons l’imposante salle Pierre Boulez de la veille pour la salle de concerts plus intimiste de la Cité de la Musique.

Adrian Crowley, très fan lui-même de Dominique A depuis des années (il possède même une cassette de Si je connais Harry), démarre le set en solo, accompagné de son Mellotron, avec la très mélancolique et épurée The Wish pour enchainer avec Juliet I’m In Flames. Le ton est donné. L’ambiance ne sera pas à la franche rigolade mais plutôt Impression smog levant. Pourtant l’artiste nous fera beaucoup rire entre les titres, par ses blagues improbables et s’excusant à plusieurs reprises de jouer des titres aussi tristes. Il est rejoint dès le troisième morceau par la violoncelliste Kate Ellis, venue prêter main forte pour interpréter Silver Birch Tree puis Lullaby to a Lost Astronaut, apportant un peu plus de magie à ce set calme et ensorcelant, parfait pour un début de dimanche soir. Les rangs du public encore clairsemés semblent écouter de manière religieuse les huit titres que nous déroule le duo et s’il n’était question d’obligation horaire, Adrian Crowley n’aurait visiblement pas dit non pour continuer encore un peu et nous non plus. On se promet de revoir très vite et plus longtemps l’enchanteur irlandais.

Dominique A
Credit : C. Drot

Après une pause rapide et les rangées désormais pleines, Dominique A finit par débarquer sur scène. Le spectacle démarre de manière surprenante avec un texte parlé et sans musique intitulé Ta Parole puis l’artiste se saisit de sa guitare folk, capricieuse durant toute la soirée, pour interpréter La poésie, un morceau inédit qui figurera sur le futur album, La Fragilité. D’autres titres du prochain opus seront dévoilés durant le set et augurent d’un très bon disque : Le temps qui passe, La douceur, Le grand silence des campagnes, véritable écho au Corps de ferme à l’abandon de Toute latitude ou encore la très émouvante Le Ruban, évocation sans fard des bombardements actuels au Proche-Orient par un chanteur toujours plus impliqué.

Dominique A
Credit : C. Drot

Si certains espéraient une soirée tranquille détox après les agapes de la veille, au coin du feu, ils se trompèrent de lieu. Bien au contraire, la noirceur de la veille semblera encore plus aiguisée ici par le dénuement volontaire de l’artiste. Dominique A ne nous délivrera pas un set folk pépère, c’est même tout le contraire. Les sons et les boucles enregistrés viendront dès le quatrième titre, Chanson de la ville silencieuse, appuyer et assombrir la guitare acoustique de l’artiste. La guitare électrique, toute en distorsion et dissonances, fera quant à elle son entrée à partir du treizième titre, Je suis une ville pour une dizaine de chansons avant le premier rappel.

L’artiste ne voudra définitivement pas nous quitter et nous délivrer une soirée plus light que la veille (30 titres en tout, tout de même !) car il reviendra là encore pour deux rappels avec une interprétation inédite et impressionnante du Courage des oiseaux, toute en souffle et silence et que l’on a hâte de réentendre en fin d’année.

S’il faut un tout petit peu chipoter, on regrettera juste que chaque soir, aucun titre n’était joué en commun avec l’autre invité, ce qui n’aurait assurément pas manqué de saveur. Quant à choisir une des deux rives en terme de préférence, impossible de trancher, chacune charriant son lot de sons et d’émotions exceptionnels et contrastés ! Chapeau bas, Monsieur A !

Dominique A
Credit: C. Drot

Setlist Rive solitaire :
Ta Parole
La poésie
Aujourd’hui n’existe plus
Lorsque nous vivions ensemble
Chanson de la ville silencieuse
Le Ruban
Valparaiso
Il ne faut pas souhaiter la mort des gens
Il ne dansera qu’avec elle
Comme au jour premier
Central Otago
Antonia
Music Hall
Je suis une ville
Par le Canada
Par les lueurs
Derrière chaque coucher de soleil
Je ne me rappelle pas de moi
Le temps qui passe
La douceur
Le grand silence des campagnes
Close West
Ce geste absent

Oklahoma 1932
Premier rappel :
Burano

Je t’ai toujours aimée
L’Océan
L’eau des cailloux
Le courage des oiseaux
Deuxième Rappel :
Dans un camion
Manset

Le concert du samedi, Rive électrique, est visible en intégralité sur Arte Concert jusqu’au 13/10/2018.

 

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Un commentaire

  1. C’est marrant j’ai l’impression d’avoir vécu la même chose 😉 , même si je n’ai pas autant ressenti cette colère froide (celle de Remué par exemple) parce que je l’ai trouvé ce week-end là comme au delà des contingences du petit monde. Il y avait, c’est vrai, cet effet à la fois glaçant et envoûtant, tellement Dominique A semblait déterminé par quelque chose de grave et profond. Et ce dans chacun des deux concerts, chaque soir à sa manière. Et le second soir ne fut effectivement pas un set folk un peu mou mais soutenu par une tension incroyable.

    Comme c’est si justement dit : chapeau bas !

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