Littérature Etrangère

L’eau rouge, grand polar sur fond historique

Si les éditions Agullo ont changé de maquette en 2021, inaugurant également une nouvelle collection avec Agullo Court, elles n’ont pas renoncé à promouvoir la littérature des pays de l’Est. Après la Serbie avec Le cahier volé à Vinkovci de Dragan Velikic paru en février, voici L’Eau rouge de Jurica Pavičić, formidable polar nous venant de Croatie.

À propos de ce roman, ne parler que de polar serait très très réducteur car, si la base est la disparition d’une jeune fille d’à peine 17 ans, l’intervention de la police, les recherches, les souffrances de son frère jumeau et de ses parents, Jurica Pavičić développe dans son récit bien d’autres choses.

La politique et la corruption en Yougoslavie (nous sommes en 1989), le sentiment d’appartenance à un petit village, la famille, les terres qu’on se transmet de génération en génération et qu’on ne veut surtout pas vendre, la cupidité de certains dans ce même village, les haines ancestrales, la guerre également qui frappe la Yougoslavie, le régime de Tito qui s’effondre et – comment un dealer va devenir un héros national, homme d’affaire puis politicien.

L’Eau rouge est un roman qu’on ne peut pas lâcher. Pourtant il le faut parfois pour respirer un peu. Mais il continue de nous hanter alors on y revient, on continue la lecture, avide de savoir ce qui est arrivé à la jeune Silva Vela. De fausses pistes en indices laissés volontairement, l’auteur nous emmène de 1989 à 2017, sur les traces de Silva et surtout nous parle de la vie de ses parents, de son frère après sa disparition.

C’est très souvent difficile à lire, triste, emprunt de nostalgie. Mais l’auteur sait également être critique et n’épargne pas la mentalité de quelques villageois par exemple.

Même si elle lui disait ce qui était en train d’arriver, ça ne ferait que le déranger. Tonko était comme ça : beaucoup de fumée, pas beaucoup de feu. Ce qui lui importait dans la vie, c’était que rien ne change, rien ne se passe. Il était capable de rester sans bouger et de laisser les choses aller jusqu’à ce qu’elles pourrissent et partent en miettes. Jurica Pavicic

Certains de ces villageois verront leur vie bouleversée par la disparition de Silva. Le village sera marqué par le sceau de cet événement, par le silence des uns, les soupçons des autres…
Et au milieu de tout cela, se trouve ce policier Gorki Sain, obstiné et compétent, qui tente tout pour faire éclater la vérité, trouver le coupable.

Il y a aussi le fiancé de Silva et son amant d’un soir. Tous les deux font l’objet de chapitres ressemblant à de formidables nouvelles qu’on lit comme telles même si on les sait rattachées au roman par un fil ténu.
Ce fil qui tient tout le roman est Silva.

Est-elle partie de son village délibérément, a-t-elle abandonné sa famille et son jumeau pour refaire sa vie ailleurs, dans un endroit plus accueillant ? Son jumeau, Mate, passera une grande partie de la sienne à chercher la vérité. Aidé en cela par sa mère, qui ne lâche pas non plus et compte sur lui. Loyauté familiale que le père de Silva, lui, a laissé de côté, préférant la vie – mais quelle vie ?- à la recherche de sa fille et de la vérité.


 

L’Eau rouge de Jurica Pavičić

traduit par Olivier Lannuzel

 

Éditions Agullo – mars 2021

 

 

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