Chroniques Musique

Teenage Fanclub, jeunesse eternelle !

L‘actualité musicale nous donne souvent le sentiment d’embarquer dans une infernale machine à remonter le temps, histoire de voir si c’était mieux avant. De Dinosaur Jr. à My Bloody Valentine, on replonge depuis quelques semaines avec délectation et mélancolie dans l’exceptionnelle année 1991.

Parmi les nombreux chefs-d’œuvre sortis cette année là, tout droit venu d’Écosse, Teenage Fanclub frappait fort avec Bandwagonesque et tapait même Loveless ou Nevermind dans quelques listes et bilans de fin d’année des chroniqueurs musicaux de l’époque.

Trente ans plus tard, la cinquantaine bien entamée pour certains d’entre eux, Teenage Fanclub fait son retour avec Endless Arcade, un bien bel album, leur douzième si on intègre le Words Of Wisdom And Hope partagé avec Jad Fair et le semi-improvisé The King.

Teenage Fanclub

Enregistré entre Hambourg et Glasgow, Endless Arcade est déjà en soi un événement puisque c’est le premier disque à paraître sans la présence de Gerard Love, membre original du groupe, déjà présent en 1989 et auteur de quelques unes de leurs meilleures chansons comme Star Sign, Ain’t That Enough et Sparky’s Dream. Lassé des contraintes de la vie de rocker, l’un des trois compositeurs du groupe laisse donc sa basse à Dave Mc Gowan et l’écriture des chansons à McGinley et Blake qui se partagent le gâteau à parts égales, six chacun, histoire de ne pas faire de jaloux !

Teenage Fanclub se présente donc en 2021 ainsi : Euros Childs, Dave McGowan, Raymond McGinley, Norman Blake et Francis MacDonald, démontrant une certaine stabilité mais également une capacité à se renouveler tout en douceur, les trois derniers cités jouaient déjà ensemble en 1986 au sein de The Boy Hairdressers avant que Blake n’aille faire une pige chez BMX Bandits.

Créé en 1989, peu à peu, le groupe trouva son style. D’abord noisy rock sur leur génial A Catholic Education, le premier disque paru en 1989, puis les guitares se firent moins agressives et laissèrent place à la power pop et aux harmonies vocales de haut vol, sous la haute influence de Big Star, The Byrds et des Beach Boys. Comme leurs grands frères d’Orange Juice, Teenage Fanclub rapproche l’Écosse des États-Unis des 60’s, à coup de pop songs moelleuses et mélodiques.

De Songs from Northern Britain à Here, le soleil a toujours brillé au dessus de la tête de Blake et de ses acolytes, mais se teinte de plus en plus d’une profonde mélancolie, Endless Arcade, semblant franchir une étape supplémentaire dans cette démarche introspective, le Teenage Fanclub vieillit bien, tout simplement.

Le départ de Gerard Love, souvent à l’origine des moments les plus énergiques de la discographie du TFC, se fait principalement sentir par ce sentiment de profonde réflexion qui traverse l’album, oscillant entre recherche de confort et doute de soi, se traduisant musicalement par des chansons élégantes en quête de soleil, divaguant dans une ville imaginaire sans limites.

Il est tentant d’écouter Endless Arcade à l’aune de ses illustres aînés tels que Grand Prix ou le plus récent Shadows et de comparer minutieusement les chansons de Norman Blake et Raymond McGinley. On conseillera plutôt de se laisser embarquer par le grand talent de ces messieurs, d’ouvrir grand les yeux et les oreilles et de profiter pleinement et simplement de la classe de The Sun Won’t Shine On Me ou Back In The Day, mes deux préférées du lot, toutes deux écrites par Norman, en très grande forme.

Il le prouve d’ailleurs dès l’entame du disque avec l’épique pop song Home, qui tout le long de ses sept merveilleuses minutes, semble dévoiler devant nous un groupe plus uni que jamais, vocalement en parfaite symbiose, avant de lâcher les chevaux, un superbe solo de guitare à l’appui. L’enjoué Warm Embrace, l’harmonieux I’m More Inclined ou le très émouvant Living With You viennent compléter la contribution de Norman Blake.

Raymond McGinley n’est pas en reste et nous sort le grand jeu sur Everything Is Falling Apart, The Future ou In Our Dreams, nous projetant en plein milieu de la Californie de 1967, parfaitement accompagné par la précision habituelle de Dave McGowan et Francis MacDonald et par les subtiles et délicates interventions d’Euros Childs, aussi en forme qu’à l’époque de Gorkys Zigotic Mincy.

Il n’en saurait être autrement, les Teenage Fanclub ne se révolutionnent en rien et font ce qu’ils savent faire de mieux, à savoir écrire et jouer de belles chansons, chansons qu’on imagine déjà bien présentes dans leurs têtes d’adolescents, quand ils parcouraient les rues de Glasgow, des étoiles pleins les yeux, le rêve américain à portée de main. Endless Arcade poursuit avec brio cette quête, les cheveux un peu plus gris, les rêves un peu moins fous, mais le talent toujours aussi présent.

 


 

Endless Arcade – Teenage Fanclub

 

PeMa Records– 30 avril 2021

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Image bandeau : Donald Milne

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