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Fawn Spots, ou l’éloge de la régression

Ecrit par Jism

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Dis l’ami, tu es tout juste quadragénaire, tu as la nostalgie chevillée au corps ? La musique, c’était mieux avant hein ??  du temps des slackers par exemple. Sebadoh c’était kekchose hein ? et Pavement ? Hein Pavement ?? pffff…tu te souviens avec émotion de ta première cuite en écoutant le Gimme Indie Rock de Sebadoh, de ton premier slam avec Fugazi, du choc que tu as éprouvé en écoutant Sugar puis l’intégrale de Husker Dü.

Ahhhhh putain que c’était bon. Grande époque, non ? Mais…….. maintenant, ben maintenant, ça n’existe plus ça. Ta jeunesse fout le camp comme disait l’autre. Tu t’es assagi, tu écoutes Damon Albarn en te disant que…putain…c’est hyper expérimental quand même, tu trouves que le hardcore actuellement, c’est vachement bruyant, que ça va nulle part, qu’on ne sait plus faire des mélodies bordéliques et bon dieu que tu regrettes ces années…

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Heureusement pour toi, avant que tu ne passes à l’acte (écouter Trÿo, ce genre d’atrocités…) j’ai un élixir de jeunesse en la présence du premier album de Fawn Spots, jeune trio New-Yorkais biberonné par l’indie-rock des années 90. Bon si tu reluques leurs têtes de geek et leur look d’estudiantins attardés, tu auras vite fait de les zapper, clairement. Pourtant, en toute objectivité, ce serait une grave erreur. C’est bien simple, à l’écoute de From Safer Place, tu retrouves tes guibolles d’antan, ta calvitie n’est plus qu’un mauvais souvenir, ton bide est soudainement remonté des genoux à sa place initiale et tu peux même de nouveau faire le pois sauteur survolté sans t’arrêter au bout de huit secondes, épuisé et déshydraté, laissant une grosse flaque de sébum sudoripare à tes pieds. La recette de ce miracle ?? Sebadoh meets Fugazi fucking with Hüsker Dü, soit la nonchalance, l’aisance mélodique de Barlow couplée à la rigueur, la droiture voire la psycho-rigidité de Ian MacKaye, le tout dans un format pop approchant à peine la demi-heure pour dix titres. En gros pour résumer du post-hardcore de fous, mélodique en diable, pas révolutionnaire mais d’une grande efficacité, un truc qui te fait dire que Hüsker Dü n’est pas tout à fait mort et que le cadavre d‘At The Drive In a des soubresauts foutrement excitants.

Avec Fawn Spots, non seulement tu retrouves ta juvénilité, ta fraîcheur (ton acné même) mais aussi ton insouciance, ton trop plein d’hormones, voire ton immaturité. Grâce à From Safer Place, tout est simple, pas de prise de tête, on sait où on va car les territoires explorés l’ont déjà été à maintes reprises mais on y va pied au plancher, à fond, la tête dans le guidon, le cerveau laissé au vestiaire. Pas de réflexion, rien,  juste le plaisir d’écouter un groupe prendre sa guitare, hurler et faire du bruit. On sait très bien que ce plaisir n’ira probablement pas au-delà de l’écoute, pas de quoi terminer sur le podium de fin d’année mais on s’en fout car parfois y a pas à réflexionner sur la musique, juste prendre son pied en régressant le plus intelligemment possible. Ça tombe bien car c’est exactement ce que propose Fawn Spots.

Sortie le 9 mars chez Critical Heights via Fire Records. Site Fawn Spots ici

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