Cinéma

Survol de FEFFS

Le palmarès du FEFFS, Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, est tombé, les portes se sont fermées, l’heure est au bilan de cette 11e édition.

Tout d’abord, chapeau aux organisateurs d’avoir osé proposer autant d’événements autour du festival, dans une ville qui n’est pas facile à bouger, et d’avoir réussi à relancer la mythique Zombie Walk, qui a pu se faire joyeusement, mais sans la foule énorme qu’on a déjà pu connaître, et malgré un encadrement policier intense.

Et si les zombies ne maîtrisent pas vraiment le pas de danse, ils ont été suffisamment dociles pour participer à une vidéo souvenir pour Mr John Landis, invité d’honneur du FEFFS 2018, qui s’amusait comme un petit fou face à la foule meuglante et gémissante.

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FEFFS/Steve Anza/2018
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FEFFS/John Landis/2018/Cedric Jager

Sans conteste, l’événement qui aura largement fait parler à travers le pays a été la diffusion de L’Exorciste de William Friedkin dans l’église St Guillaume. La paroisse protestante a relevé le défi, accepté la transformation de cette église gothique si particulière architecturalement avec sa façade qui défie la perspective, avec l’accord de la plus grande partie des paroissiens. Le film dans ces conditions a fait « salle » comble.

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FEFFS/2018/Cédric Jager

L’année dernière avait vu une séance des Dents de la Mer projetée aux bains municipaux avec public immergé, cette année celle du plus célèbre des exorcismes dans une église, mais que vont-ils inventer l’année prochaine ?!

Mais le plus important malgré tout reste la sélection de films. L’année 2018 a été une bonne pêche et les propositions vraiment variées, avec même une nouvelle catégorie de films en compétition, et pas la moindre : l’animation.

Deux films ont été récompensés par la première Cigogne d’or du meilleur film d’animation : Mirai de Mamoru Hosoda (Japon) et Chris the Swiss d’Anja Kofmel (Suisse).


Du côté de la compétition principale, celle qui concerne les films fantastiques, l’Octopus d’Or a été remis à Cutterhead de Rasmus Kloster Bro (Danemark), un excellent huis-clos réalisé dans des conditions extrêmes qui rendent très justement la vérité des confins de la survie.

Premier film étonnamment maîtrisé, dénué de toute arrogance de mise en scène, il ne connaît pas une seconde de fatigue et conserve un rythme soutenu de bout en bout. Le Prix du Public lui a également été attribué.


Toujours aux couleurs danoises, mais dans un tout autre genre, celui de l’exagération de l’extrême mise en scène, souvent soumise au discours insupportable d’un tueur en série et de son délire narcissique, autant que celui de l’auteur du film, Lars Von Trier (qui s’autorise même à se citer par des extraits de son œuvre qu’il juge apparemment majeure), The House That Jack Built a obtenu le Méliès d’Argent 2018, récompense européenne qui lui permet d’entrer en lice pour le Méliès d’Or remis à Sitges en fin d’année.

La Mention Spéciale du Jury est allée à Prospect (de Zeek Earl et Chris Caldwell), un titre qui se place encore à une autre extrémité, plus douce, formellement plus banale et traitant du passage forcé à l’âge adulte d’une jeune fille un peu perdue sur une planète étrange, recouverte de prospecteurs et contrebandiers pas toujours humains, et qui cherche le moyen de retourner à la station spatiale où elle vivote avec son père.


Le traitement rétrofuturiste des décors essayent de sauver la très visible absence de moyens, préférant les sièges égratignés et jaunis aux habituels cockpits immaculés blancs ou métalliques des grandes productions SF. Ici, les parois sont tachées, les boutons et manivelles sont bien mécaniques, les pannes fument et les combinaisons un assemblage approximatif de casques, tuyaux et autres éléments plutôt grossiers symbolisant le futur déjà passé et repassé.

Les filtres utilisés pour le filmage et les décors terrestres très peu élaborés donnent un aspect à la fois cheap et réaliste, qualité et défaut entremêlés, indissociables. Mais cette histoire somme toute plutôt commune, aux ressorts répétitifs, au rythme un peu poussif et à la signature un peu trop puérile à mon goût, a pourtant trouvé le point sensible du cœur du jury.

Dans la catégorie très variée des Crossovers, le prix du meilleur film a été décerné à Xiao Mei de Maren Hwang (Taiwan). Il s’agit là d’une sorte de tapisserie de personnages interviewés au sujet de Xiao Mei, jeune femme disparue, dont on essaye de dresser le portrait à travers la parole de ceux qui la connaissait, ce qu’elle a pu provoquer chez eux. Traiter de la trace qu’on laisse à travers les propres fantasmes de chacun, être interprété par le regard de l’autre, grâce à un dispositif simple et pourtant hyper efficace. La mention spéciale du jury dans cette catégorie revient à Pig de Mani Haghighi, film iranien de type méta-comédie outrancière et un brin hallucinée.

https://youtu.be/TAhwEBEnbWA

Pas de festival sans coup de cœur, sans bonne surprise ou bon présage, sans réalisateur à surveiller de près…


Ma préférence va au film que je suis allée revoir pour mettre un peu à l’épreuve ma première sensation rencontrée au NIFFF ce cette année : Mandy de Panos Cosmatos.

Mandy est un ovni dans l’univers cinématographique actuel, si décalé, marqué du sceau psychédélique seventies et vengeance aux couleurs eighties… qui ne plaira assurément pas à tous. Mais j’espère bien en parler sous peu dans une chronique spécifique.


Le Danemark encore une fois à l’honneur à travers les images d’Isabella Eklöf dans Holiday, présenté catégorie Crossover. Rude mais lustré, maîtrisé et pourtant si dépendant de l’instant, il offre des scènes ouvertes sur la grossièreté, la manipulation, la vanité, la monstruosité banale.

Dramatique princesse moderne qui se contente de respirer dans l’argent, sans vision ni dignité, Sascha a envie de luxe, de came et de volupté. Pour ça, accepter de passer un peu d’argent en Turquie pour son amant danois fortuné n’est pas grand chose à faire. Et accepter de lui passer ses humeurs, ses assauts n’est pas grand chose non plus. Tant que la mer, les fringues, les bijoux, la fête, sont de la partie, alors les vacances valent le coup.
Terrible, violent, gênant à plein de moments, conditionnés par la simple envie de voir cette jeune fille se réveiller, opérer un retour à la raison. Pars. Sauve-toi.
Mais dans cette maison sur la « Riviera » turque, la petite meute s’amuse et la seule personne gênée par des principes ici… c’est vous.
Le principe réaliste de ce film n’est ni horrifique ni imaginaire. Il est dans un putain de possible.


En conclusion de ce petit bilan : Dead Ant, la plus grosse potacherie du Festival, réalisé par Ron Carlson. Le film part d’une constatation simple : « ça fait trop longtemps qu’il n’y a pas eu de films d’insectes géants », et nous voilà fin des années 80 en compagnie d’un bad groupe de rock’n’roll qui traverse une profonde crise créatrice sur le chemin d’un festival pourri (le NO-chella).

L’appel de la drogue les amène auprès d’un dealer indien au langage cryptique accompagné d’un nain, qui leur conseille de ne consommer son mystérieux peyotl qu’à la tombée de la nuit et de respecter toute forme de vie dans l’intervalle de 24h. Ou alors ils s’attireront les foudres de la nature… Évidemment, la bande de débiles mentaux rockeux va écraser des fourmis, ce qui entraîne une attaque de milliers de fourmis géantes.

Toutes les exagérations y sont permises, perruques évidentes et so eighties, effets ultra nazes, filles en bikini, bref. Il s’agit là d’un film défoulatoire de potes qui se rencontrent au coin d’une bonne vanne qui se répète à l’infini. C’est grossier, référencé entre les films de B.I.G. et Spinal Tap, avec un petit crochet par Tremors, et ça fait glousser bêtement.

L’essentiel est dans le « message » : Rock’n’roll will save us all !

Quand on parcourt un festival aussi riche que le FEFFS, on acquiert petit à petit la sensation de passer par tous les coins du globe, toutes les manières de faire de l’horreur, toutes les cultures qui pratiquent le fantastique, sous toutes les formes possibles, en prise directe avec toutes les mémoires et références, dans une sorte de grande mosaïque des possibles et des moins tangibles, drôles ou insupportables.

Et c’est, pour les amateurs de films fantastiques et d’horreur, l’occasion de les voir dans les conditions parfaites de la salle de cinéma, en prendre plein les yeux et les oreilles, dans un moment de partage. Car, comme le disait John Landis à ce sujet, en regrettant la disparition des films d’horreur des salles de cinéma :

Quand plusieurs personnes dans une salle réagissent en riant, le film est plus drôle ! Quand on est nombreux à avoir peur, c’est encore plus effrayant ! C’est pour ça qu’il faut voir ces films au cinéma !

Site officiel du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg

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