Gigamic a toujours eu le talent d’aller chercher des expériences de jeu qui sortent des sentiers battus. Pas forcément les plus bruyantes, ni les plus spectaculaires, mais celles qui déclenchent un petit sourire de satisfaction lorsque l’on comprend ce que les auteurs cherchent à nous faire vivre. Dice Pool Party, Ipso et Mémoires d’une Chamane en sont une belle démonstration. Trois propositions radicalement différentes, mais qui ont pour point commun de revêtir un parfum estival certain.
Dice Pool Party de Christoph Cantzler, Torsten Marold et Annika Heller, Gigamic – 2026

Si certains jeux vous laissent le temps de réfléchir, Dice Pool Party, lui, préfère vous mettre un léger coup de pression. Le principe est aussi simple qu’ingénieux. En effet, la boîte devient une véritable petite piscine dans laquelle roulent les dés.
On secoue, on ouvre, et tous les joueurs disposent de trois secondes, pas une de plus, pour mémoriser les combinaison de dés. Et tout disparaît de nouveau. Il ne reste plus qu’à choisir secrètement la catégorie dans laquelle on pense pouvoir marquer le plus de points.
Et c’est là que le jeu devient jubilatoire puisque, après quelques tours, on est persuadé d’avoir vu cinq dés jaunes avant de découvrir qu’ils étaient bleus. On était certain qu’il y avait plusieurs 6, alors qu’il n’y en avait pas un seul. Et forcément, le jeu s’amuse de nous puisque les dés ont des tailles et des couleurs différentes, ce qui génère un chaos perturbant quelques cerveaux.
Effectivement, notre mémoire nous joue des tours en permanence, et c’est précisément ce qui provoque les éclats de rire et les parties mémorables. Celles dont on se souvient encore à la fin des vacances.
Dice Pool Party est un jeu extrêmement rythmé puisque tout le monde joue en même temps. Personne n’attend son tour et les parties s’enchaînent rapidement. Les enfants compensent souvent leur manque d’expérience par une mémoire impressionnante, tandis que les adultes se persuadent qu’ils maîtrisent la situation… jusqu’au prochain lancer. Addictif.
À l’opposé, Ipso fait partie de ces jeux qui donnent envie d’aligner les cartes au millimètre près. Devant soi, une pyramide de cartes est érigée, et il faudra l’améliorer progressivement en remplaçant des cartes par celles disponibles au centre de la table. L’objectif paraît évident et rappelle évidemment Skyjo. Néanmoins, le hasard n’est ici pas le seul moteur du jeu puisqu’il s’agit de construire des suites croissantes, associer les couleurs, récupérer des étoiles et déclencher les meilleurs enchaînements possibles.
Très vite, les décisions deviennent étonnamment tendues. Chaque carte récupérée améliore un aspect de votre pyramide mais risque d’en déséquilibrer un autre. Faut-il privilégier les couleurs, les suites numériques ou préparer un gros coup pour la fin de partie ? Ou, si vous êtes (trop ?) prudents, s’agit-il de sécuriser quelques points tout de suite ?
Ipso procure donc une sensation très agréable, en voyant un tableau devenir progressivement plus harmonieux. Chaque échange apporte une petite satisfaction immédiate, et lorsque plusieurs combinaisons s’activent simultanément, on a réellement l’impression d’avoir construit quelque chose d’élégant. Les amateurs de jeux d’optimisation devraient clairement y trouver leur compte. Plus malin que Skyjo, et plus fluide que Dekal, Ipso devient notre préféré dans ce registre. Le genre de jeux auquel on joue en vacances près de la piscine… s’il n’y a pas trop de vent.

Mémoires d’une chamade de Baptiste Derrez, Fanélia, Senri et Jin Ruukyu, Fanelia/Gigamic – 2026

Impossible de terminer sans évoquer Mémoires d’une Chamane, qui est probablement l’objet ludique le plus singulier des trois. Édité par Fanélia et distribué par Gigamic, ce livre-jeu ressemble à un jeu d’enquête.
Pourtant, il faut plutôt l’appréhender comme une expérience narrative qui mélange illustrations, observation, réflexion et bandes sonores. Oui, un jeu qui permet de jouer avec les sons. Et sans artefact puisque chaque double-page s’accompagne d’une bande sonore immersive.
À chaque double page, il s’agira donc d’écouter attentivement les personnages et de relever les moindres indices pour tenter de comprendre ce qui se cache derrière les traditions de cette tribu installée au cœur des steppes. L’objectif est en effet de découvrir l’animal totem et le fonctionnement de cette tribu dont l’un des membres semble avoir perdu la mémoire.
Le résultat est étonnamment immersif. Le son change complètement la manière d’aborder les énigmes. On ne se contente plus de regarder une illustration. On écoute, on interprète, on recoupe des informations et l’on se surprend à revenir plusieurs fois sur une même scène parce qu’un détail nous avait échappé.
C’est aussi ce qui rend l’expérience particulièrement agréable à partager. Chacun remarque quelque chose que les autres n’ont pas vu ou entendu. Les échanges deviennent naturels et l’on avance dans le récit avec cette satisfaction permanente de reconstituer progressivement la mémoire de la chamane.
On avance sans réellement savoir ce que l’on cherche, les intrigues se croisent, se déplient et c’est vraiment une trame narrative à tiroirs qui se dévoile progressivement. Encore une belle réussite proposée par Baptiste Derrez, ancien vendeur au célèbre magasin toulousain Le Passe-Temps et déjà auteur du célébré Flashback Zombie Kidz.


