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Hellcome en Enfer (part 1)

Bordel, comment débuter ce live report pour le Hellfest ?
Comme pour la programmation du festival, se pose la question du choix. Y aller sur le ton de la déconne comme les deux premières fois ? Se la jouer plus sérieux, se dire que pour une fois je peux peut-être faire mon camarade de bureau, French Godgiven, et sortir un texte brillant, passionnant, fourmillant de détails sur à peu près 895 pages (bon ok, ce ne sera jamais aussi brillant), ou alors n’en avoir rien à foutre et partir en live sur les déceptions, les joies apportées par ces trois jours absolument uniques.

A vrai dire je ne sais tellement pas par où commencer, que je vais livrer dans un premier temps mes impressions à chaud. Très chaud. Ce que je retiendrai surtout de cette douzième édition du Hellfest, c’est le Malin qui s’est un peu laissé aller sur la régulation du thermostat extérieur, parvenant à me faire avaler près d’une quinzaine de litres de flotte en trois jours et m’en faire exsuder le double. Cette thermo-régulation défaillante aura des conséquences plus ou moins inattendues :

La première étant l’accentuation de certains défauts liés à la topographie de Clisson, à savoir le fait que les côtes semblent faire cinq bornes avec un dénivelé de 300 % quand approche 2 heures du matin. Du coup, la première journée, vous le vivez relativement bien. Par contre, au bout de trois jours, c’est activation du mode marche automatique façon The Walking Dead : le cerveau est en mode survie, les oreilles ne sont plus qu’un bourdonnement continu, vous êtes rincés, fourbus, quasi déshydratés et finissez par ne marcher qu’à petits pas, n’ayant plus ni talons, ni pieds, ni mollets et encore moins de jambes. Ce qui, vous en conviendrez, allonge quelque peu la distance festival/lit de façon exponentielle.

Autre conséquence directe, dans le festival cette fois-ci : pour les deux scènes du Mainstage, le look à adopter si vous vouliez survivre c’était celui de Mad Max Fury Road, à savoir masque de protection sur le bas du visage. Parce que le sol était tellement aride que les nuages de poussière soulevés par la foule lors des pogos rendait asthmatique n’importe quelle personne normalement constituée (et empêchait en sus la bonne visibilité du set). Un scandale.

espace presse

Autrement, et dernière remarque avant d’entrer dans le vif du sujet, je soupçonne fortement l’équipe du Hellfest d’avoir pactisé avec le Malin. Je m’explique : l’an dernier, ainsi que l’année d’avant, l’espace presse était une réplique de Mad Max avec décor désertique, voiture déglingos et tout le toutim. Cette année en revanche, changement total avec orientation vers le gothique, limite heroic-fantasy, pour un décorum sobre, presque apaisant et surtout avec un BASSIN pour se baigner. Vous y croyez vous ? Un bassin pour se baigner. Si ce n’est pas la preuve irréfutable d’un pacte avec le Malin ça, c’est à désespérer de vos capacités d’analyse.

Et à part ça, c’était comment le Hellfest ? Comme les deux premières fois : un cauchemar pour les indécis et un ravissement pour tous les autres. Avec, comme les fois précédentes, des claques, des déceptions, des concerts moyens, d’heureuses surprises.

Cette année, contrairement aux autres reports, je ne ferai pas jour par jour mais plutôt en mode plus ou moins aléatoire, me concentrant sur ce qui valait le coup d’être vu et les quelques concerts que j’attendais de pied ferme et m’ayant pas mal déçu.

Commençons par le côté statistique du festival. Sur les trois jours ce ne sont pas moins de 25 concerts auxquels j’ai pu assister. Certains, pour incompatibilité épidermique n’auront duré qu’une trentaine de secondes (Les Ramoneurs de Menhir), d’autres quelques chansons (Alcest, pour le fun de voir Neige en été, la déception Mars Red Sky, manquant cruellement de dynamisme, Emperor, plus lié à la fatigue qu’autre chose parce que le concert semblait très bon ou pire encore Rob Zombie, tellement carré et pro qu’on finit par s’y ennuyer au bout de deux chansons) mais la plupart me verront debout, à sauter comme un grand fou que je suis sur la totalité des morceaux joués.

Évacuons d’emblée le côté désagréable, parlons déceptions. Comme je l’avais dit lors de la présentation, j’attendais certains groupes au tournant. En premier lieu, Dodheimsgard, auteur d’albums fous et géniaux puis, dans une moindre mesure Opeth.

Je commencerai par la véritable déception, Opeth. Déjà ils sont curieusement programmés à l’Altar, scène sous chapiteau, à 0 h 00 pour une petite heure de concert (Quand on connaît un peu Opeth et son métal progressif, une heure c’est le temps d’exécution d’à peine cinq morceaux). C’est d’autant plus vache que le groupe passait juste après le folk traditionnel de Wardruna (sur lequel je reviendrai) qui a dépassé le temps imparti de cinq minutes, amputant leur set d’autant de temps (l’Altar se situant juste à côté du Temple). Je ne sais pas si ce sont ces conditions qui ont un peu anesthésié Mickael Akerfeld mais le groupe fut d’un statique assez désespérant malgré un répertoire très large, couvrant un peu toutes les périodes. Après il y eut aussi des approximations étonnantes mais compréhensibles du fait de temps écourté (ce que ne manqua pas de signaler Akerfeld, très bavard par ailleurs), notamment sur Deliverance, ultime morceau du concert, qui a du être raccourci de près de deux minutes pour rentrer dans les cases. Bref, avec le recul, on peut très bien se dire que le Mainstage et une heure et demi auraient été le format idéal pour les Suédois. Dommage.

Opeth

La seconde déception, relative dirons-nous, ce fut Dodheimsgard. Faut dire que eux, je les attendais comme le messie. Auteur d’albums complètement barrés, théâtraux et suintant le génie par tous les pores, j’espérais une prestation à la hauteur de ce qu’on pouvait entendre sur disque. Évidemment, ce ne fut pas aussi bon que je l’espérais. Théâtraux, ils le furent tout le temps, peut-être trop dans la maîtrise justement et pas assez dans la folie. Après, ça partait plutôt bien, l’accoutrement, l’attitude, tout était prêt pour un grand show bien allumé. Puis commencer par allumer des bâtons d’encens sur le devant de la scène, et rester debout, dans la même position, hyper concentré pendant les trois/quatre minutes d’un long mantra indien, faut avouer que c’est assez osé. Tout comme leur style par ailleurs, basé uniquement sur les antagonismes (bassiste blanc avec le visage peint en noir, le batteur noir avec des rayures blanches sur la figure, le chanteur/guitariste grimé comme un sataniste mais arborant une chemise zen). En gros, leur look est à l’image de leur musique, ça part dans tous les sens ( un moment vous êtes dans un black metal bien tendu, l’instant d’après dans de la cold wave), mais ça reste un  spectacle grand-guignol un peu trop maîtrisé pour être véritablement sincère. Il faudra attendre les deux ou trois derniers morceaux pour que le groupe s’abandonne enfin et parte véritablement en vrille, prouvant qu’ils peuvent lâcher définitivement la bride et être géniaux. Re-dommage donc, mais petit dommage.

Autrement, et pour terminer, Electric Wizard. C’est puissant, bien psychédélique mais trop monolithique pour accrocher complètement (et dans un même style, Ufommamut fera bien meilleur).

Dodheimsgard

Passons maintenant aux très bonnes voire excellentes surprises.
Ce qu’il y a de formidable dans le Hellfest c’est qu’à chaque coin de concert, vous risquez de vous prendre une baffe inattendue. Par exemple, vous venez principalement pour deux groupes. L’un programmé à 11 h l’autre à 13h35. Entre les deux, faut bien vous occuper. Donc vous tentez des trucs, des groupes inconnus. Et là au détour de choix hasardeux (faut bien l’avouer) vous tombez sur des perles. Ce fut mon cas pour les excellents Primitive Man, coincé entre Monolithe (concert violent et monolithique, un peu court certes – le groupe n’aura joué que quatre morceaux – mais excellent dans l’ensemble) et Ultra Vomit. Les Américains ont livré un set impressionnant entre noise et vociférations (le chant chez Ethan Lee McCarthy est une option qu’il a oublié de prendre quand il a formé son groupe), d’une violence inouïe à la fois doom/black à la Sunn O))), noise à la Sonic Youth et traversé d’accélérations dingues. C’est massif, on s’en prend plein les oreilles et on en ressort exsangue.

Primitive Man

L’autre groupe qui m’a également scotché (et qui reste accessoirement le meilleur concert des trois jours me concernant), c’est Hirax. Coincé entre Regarde Les Hommes Tomber et Ufommamut, c’est la claque à laquelle je ne m’attendais pas. Mais alors pas du tout. D’autant plus, qu’après coup, je ne suis pas fan du tout du style proposé. A vrai dire, je ne m’y suis rendu que pour une seule raison, c’était le concert juste à côté de celui qui venait de se terminer. Je m’approche de la scène, jette un œil aux instruments et m’apprête à prendre le reste de mes jambes à mon cou (Hirax, pour ceux qui l’ignoraient, passait le troisième jour) quand je vois le type de guitares exposées (le cliché parfait parfait de la guitare heavy). Envie renforcée quand je vois le trio débouler sur scène et commencer le concert. Sauf qu’en lieu et place d’un truc chiant, basé sur la démonstration avec descente de gamme pentatonique jouée au pouce, au petit doigt et une partie de la dentition du gratteux, c’est à un instrumental court, efficace, entre speed et heavy metal auquel on a affaire et des gars qui semblent prendre un pied monumental. Premier bon point. Le second, c’est l’arrivée du chanteur sur le morceau suivant, Katon DePena, black d’une cinquantaine d’années qui donne tout ce qu’il a et va foutre littéralement le feu sur scène. Sorte de prêcheur possédé entre Al Green converti au Malin et James Brown sous speed, DePena va enflammer la scène comme jamais, se déplaçant sans cesse d’un bout à l’autre, installant d’emblée une complicité avec les spectateurs, déconnant avec eux ainsi que ses musiciens, assurant parfaitement le show. Sauf que là où ça pourrait être carré et sans âme, c’est ici d’une générosité exceptionnelle, le quatuor prenant vraiment plaisir à jouer, le communiquant à une fosse extrêmement réceptive qui pogote à l’envie ou jongle avec quatre balles tout en dansant. Après quarante toutes petites minutes, le groupe quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements, très fournis et très longs, et moi, j’en suis ressorti avec des étoiles plein les yeux, la banane tout du long et revigoré pour au moins 12 heures. Bref, c’était juste excellent.

Hirax

Autre cas de figure pour les surprises, le groupe que vous n’aimez pas sur disque, que vous allez voir histoire de conforter votre opinion (et accessoirement vous foutre d’eux) et qui vous scotche sur scène. C’est le cas de Deafheaven, dernier groupe du samedi. Disons le clairement, autant le blackgaze me les brise menu sur disque, autant sur scène … ben … c’est la même chose (et pire encore, le blackgaze romantique post-adolescent boutonneux, n’est-ce pas Alcest ?). Chance pour moi, ce n’est pas le gaze qui sera mis en avant lors du set mais un black beaucoup plus brutal. Du coup le concert est bien plus intense, violent et un tantinet moins chiant que prévu. Et ce d’autant plus que le batteur est vraiment hallucinant et le chanteur d’un charisme évident, survolté, entre un Jaz Coleman maniéré et un Brett Anderson brutal. Bref, c’est carré, propre, mais d’une efficacité dingue.

Deafheaven

Voilà donc pour les trois excellentes surprises. Après, des bonnes surprises, il y en a eu d’autres : Valkyrja et leur black survitaminé mâtiné d’épique ; Exhumed, trash, speed pendant lequel volaient des dauphins bleus et violets dans la fosse et où s’est invité par deux fois Leatherface (une avec sa tronçonneuse, la seconde avec une tête coupée qu’il agitera devant la foule avant de s’asperger de « sang ») ou encore l’excellent set bien tendu de Regarde Les Hommes Tomber, très attendu apparemment et qui ne décevra pas, tant l’urgence présente sur leur disque prend toute son ampleur sur scène.

Exhumed

To Be Continued ….

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Un commentaire

  1. Regarde les Hommes Tomber, je trouve ça déjà énorme sur disque, mais les vidéos que j’ai pu voir d’eux en Live me laissait penser que ça devait envoyer terrible.

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