Sans être particulièrement client de tout ce que propose HugoDécrypte dont le ton semble parfois trop lisse et soucieux de ménager les équilibres, il convient de lui reconnaître cette volonté constante de s’entourer d’experts, de croiser ses sources et de tendre vers une compréhension la plus juste possible des sujets qu’il aborde. Ce manque de mordant qui peut agacer dans le traitement de l’actualité devient une force lorsqu’il s’agit de poser un regard historique.
Et puis, il y a le choix tout à fait judicieux du médium. La bande dessinée publiée chez Allary Editions permet ce que peu d’autres formats autorisent et HugoDécrypte l’utilise à merveille avec des voyages dans le temps, des mises en perspective visuelles et des ponts entre les époques. Ce voyage spatio-temporel devient une colonne vertébrale narrative rusée qui rend accessibles des siècles d’histoire sans jamais rien sacrifier de la clarté.
S’agissant du sujet central, l’histoire de la Russie, il est tout aussi judicieux. En effet, il s’agit probablement de l’un des pays dont il est absolument nécessaire de connaître l’histoire pour comprendre le présent. Impossible d’aborder la guerre en Ukraine sans remonter le fil. Cette décision unilatérale de Vladimir Poutine en 2022 ne surgit pas de nulle part. Avant cela, il y a eu l’annexion de la Crimée en 2014, territoire hautement stratégique mais aussi chargé d’une mémoire lourde, de la guerre perdue contre l’Empire ottoman au XIXe siècle à la conférence de Yalta en 1945. Et le morcellement de l’URSS en 1991, qu’il considère comme la pire catastrophe du XXème siècle.

La force de l’ouvrage est donc d’aller bien au-delà de ces événements récents pour mieux les comprendre. Il replonge dans les racines profondes. Ivan le Terrible, premier tsar, figure fondatrice mais brutale à un niveau quasi-psychopathique. Pierre le Grand, obsédé par l’Occident au point de bâtir Saint-Pétersbourg comme une fenêtre ouverte sur l’Europe en opposition à la capitale Moscou qu’il détestait. Catherine II, exception féminine au pouvoir, stratège redoutable mais tout aussi féroce que ses prédécesseurs sur le plan militaire. Et puis la période communiste de l’URSS, évidemment, ses fractures, ses massacres et ses héritages encore palpables aujourd’hui.
Les luttes contre les Tatars mongols, les affrontements avec la Suède ou la Pologne, le rôle des cosaques, tout cela compose un récit dense mais jamais indigeste. S’associer à des auteurs aussi confirmés et efficaces que Kris et Kokopello constitue une idée redoutable puisque le duo parvient à donner du rythme à cette matière historique, vulgarisée mais jamais appauvrie.
Certains événements historiques, comme les deux conflits mondiaux, sont traités à partir du point de vue russe, ce qui est relativement rare dans la littérature occidentale. Sans complaisance, mais sans jamais minimiser les exactions commises.
Finalement, cette bande dessinée qui semblait initialement ludique s’avère essentielle. Agréable à lire, elle ne cherche cependant pas à divertir à tout prix mais à éclairer. Et dans un monde saturé d’informations instantanées, prendre le temps de comprendre d’où viennent les choses est peut-être, justement, ce qu’il y a de plus nécessaire.



