Dans un grondement lent, comme une basse qui s’éveille sous la pluie, les pantagruéliques tissages de The Twilight Sad reviennent avec It’s The Long Goodbye, une production qui se faisait bigrement attendre, une fixation temporelle hantée par son lot de bouleversements existentiels.
Tout commence dans un silence tendu avant que les cordes n’éclatent, saturées comme des falaises battues par les vents d’Écosse (imaginez quelques secondes avec l’odeur de tourbe et de bruyère humide).
Les roulements vocaux de James Graham s’élèvent, fragiles et immenses à la fois, portés par un enchevêtrement de flux électro-électriques de plus en plus emphatiques. Nous sommes alors poussés dans les retranchements d’un paradoxe versant autant sa clarté aveuglante que son fatal effondrement, entre la naissance d’une vie et la disparition d’une autre. La musique est alors un témoignage fort qui se ressent à travers les dix pistes bouleversées de ce sixième long format.
Les morceaux progressent comme le mouvement des marées. Chaque titre est un crash émotionnel assumé. Impossible d’ailleurs pour moi de ne pas me référer au meilleur d’Editors. Entre sensations épiques et sensibilité à fleur de peau… Au cœur de ce « chaos maitrisé » et cet afflux de luminosité noire, les guitares d’Andy MacFarlane hurlent sans jamais perdre de leur précision.
Forcément, l’ombre bienveillante de Robert Smith est de la partie pour un lien spectral évident avec The Cure. Il faut dire que The Twilight Sad est devenu au fil des collaborations plus qu’un repère… Un véritable nouveau souffle pour celles et ceux qui auront eu la chance de les découvrir et revoir sur scène en ouverture du plus grand groupe de musique de tous les temps.
Si je devais extraire une seule pièce de l’ensemble ça serait ce morceau de bravoure qui ressort à mon sens encore bien plus que les autres : Dead Flowers avec ses vrombissements éclaboussant la masse charbonneuse. Tout y est pour refiler la chair de poule. Les contrastes, les profondeurs, le déferlement de l’instabilité affective… Quelques larmes pour un dernier au revoir.
Dans ce tumulte quelque chose persiste. Une chaleur humaine, fragile mais tenace. Une certitude, nous ne sommes pas seuls dans la nuit.
Crédit photo : Abbey Raymonde

The Twilight Sad · It’s The Long Goodbye
Rock Action Records – 27 Mars 2026


