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Indigènes : Une clôture émouvante

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Il y a depuis toujours, une présence qui s’amuse à jouer sous nos peaux. Il y a une essence indicible qui fait tambouriner nos corps-coeurs. Elle se résume en un mot : Musique. Une étreinte. Elle accompagne nos âmes du sensible et donne sens à beaucoup de nos envies créatives. On en dévore sans modération, au risque d’en être submergées.

Et puis… Addicts nous a détournées de notre tourbillon quotidien. Un lundi de mai, il a conduit notre curiosité dans une salle obscure comme un ventre, celle de Stereolux. Là, nous attendait un cadeau. Voix pénétrées, textes profonds, adresses prodigues, une confession inattendue.

Un écrin vespéral donnait à Juana Molina des allures de déesse Argentine. Berceuses délicates piquées de rythmes hypnotiques. Un uppercut solaire. Accompagnée de deux jeunes musiciens d’Amérique du Sud, ils tissent à trois des nappes et boucles sonores chaleureuses qui vous traversent de part en part. Leur complicité est communicative. A trois, ils sont une armée tribale qui convoque à la danse, à la transe. Une puissance inspiratrice qui donne envie d’avancer, de créer toujours, encore.

Un dernier sourire, la scène s’évanouit. Le temps s’étire…

Cat Power4

Quand soudain, la scène désertée par les rythmes hypnotiques des Argentins, se trouve habitée d’une ombre chancelante. Chan Marshall, alias Cat Power, est là. Elle est seule, elle tremble, tousse, se bat avec ses micros qui semblent pourtant être bien à leur place. Elle porte tous les âges à la fois. Elle est cette enfant née dans une famille de hyppies déjantés. Elle est l’adolescente qui a éclos au milieu de la musique grunge des années 90. Elle est la femme quarantenaire borderline, une vulnérable diva à la voix délicieusement rauque et puissante.

Cat Power vous ramène à votre « intérieur ». Derrière son piano à queue, elle transcende le temps. Sa musicalité qu’elle porte avec grâce et une perceptible maladresse bouleverse puissamment.

Oui, Cat Power a glissé sa main gauche dans le creux de notre plexus solaire… elle l’a traversé pour se confiner au sein de nos cages thoraciques. Elle a alors arraché nos cœurs pour les embraser.

Cat Power rit (elle a peur), elle remercie la France de lui porter attention, elle est marquée par ses années de spleen, elle blague, elle se trompe dans ses accords, s’approche du bord de la scène pour voir de près son public. Elle nous sourit, nous tire la langue, nous envoie des baisers et surtout, elle donne, partage, offre ses paroles et mélodies à cœur ouvert. Elle n’est plus seule. Nous sommes tous à environ 22 centimètres du sol. La salle est suspendue à ses lèvres, l’acclame, la rassure, la cajole… Cat Power : une douce morsure indélébile à nos corps témoins d’un moment de grâce inoubliable.

Merci Addicts. Merci à sa créatrice Lilie del Sol que nous soutenons ardemment.

Jane-Gail* et Vanessa* (Co-directrices artistiques de la Compagnie O)

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Un commentaire

  1. Chouette compte-rendu!
    Heureux ceux qui verront Chan Marshall lors de cette tournée solo: un moment rare à saisir tant qu’on le peut. Des concerts accompagnés d’un groupe sont déjà annoncés pour la 2ème partie de l’été.

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