Avec Wyz et Playball, Borderline Éditions, bien connu pour son jeu phare Kluster, propose deux expériences différentes puisque le premier nous propulse dans une école de magie où les apprentis se bombardent joyeusement de sorts, tandis que l’autre transforme un plateau hexagonal en terrain de sport miniature. Mais derrière ces deux univers se cache l’envie complémentaire de proposer des jeux accessibles, lisibles immédiatement, qui deviennent de plus en plus intéressants à mesure que l’on apprend à anticiper les mouvements de l’autre.
Et si l’on parle souvent des mécaniques de jeux, il s’agit de souligner le travail incroyable de Seppyo et Pauline Detraz, deux des meilleures illustratrices du monde ludique, qui réussissent encore à bonifier l’expérience de jeu avec leurs réalisations. Les illustrations de Wyz parlent d’elles-mêmes tandis que celles de Playball jouent sur une sobriété qui ne rend pas totalement justice aux compétences de Pauline Detraz, mais épouse tout à fait la logique de ce jeu.
Wyz de Simon Berthomié et Seppyo – Borderline Editions – 2025

Avec Wyz, pensé par Simon Berthomé et donc illustré par Seppyo, on entre dans l’académie Wyzam avec un objectif assez simple puisqu’il s’agit de devenir le meilleur mage. Ou plus précisément celui qui survit.
Dans ce jeu de deckbuilding (un terme qui signifie qu’il faut progressivement constituer la meilleure main), il faudra construire son deck de sorts, maîtriser les quatre éléments que sont le feu, l’eau, la terre et le vent, mais surtout apprendre à utiliser tout ce petit monde sur un plateau rempli de cases hexagonales. Le jeu se pratique de 2 à 4 joueurs, en duel ou en équipes, pour des parties d’environ 40 minutes et à destination de joueurs confirmés.
Wyz est un jeu particulièrement plaisant car la mécanique du deckbuilding fait totalement écho à l’univers. En effet, les sorts que l’on acquiert modifient réellement notre manière d’occuper le terrain. Il faut se déplacer, anticiper la position des adversaires et composer avec les effets qui peuvent transformer le champ de bataille. Certaines tuiles élémentaires viennent même perturber les déplacements avant que la maîtrise d’un élément permette progressivement de s’en affranchir.
La sensation est donc assez réjouissante. On commence avec un petit mage qui n’a pas franchement de quoi faire trembler l’académie, puis le deck s’étoffe et les possibilités se multiplient. On se spécialise, on apprend de nouveaux sorts et, surtout, on commence à comprendre comment jouer les sorts qui créent le plus de dégâts chez le rival. Il faudra donc se déplacer astucieusement, garder les bonnes cartes et, comme souvent dans les meilleurs jeux, trouver le moment opportun pour lancer l’attaque fatale. Un jeu redoutable !
Playball de David Florsch et Pauline Détraz – Borderline Editions – 2025
S’agissant de Playball, créé par David Florsch et illustré par Pauline Détraz, ne cherchez pas de de magie, de cartes ou de deck à améliorer. Le matériel est réduit puisqu’il se compose uniquement de onze pions en bois et d’un plateau hexagonal sur lequel deux équipes vont devoir se livrer un match particulièrement nerveux. Le but est de marquer trois buts, en faisant progresser le porteur de balle jusqu’à l’un des trois en-buts adverses.
Oui, le concept rappelle le rugby ou le football américain. Et le charme de Playball réside justement dans cette simplicité. Chaque joueur dispose de trois mouvements par tour, qu’il peut répartir comme il le souhaite entre ses trois playballers (des pions de sa couleur symbolisant ses joueurs). On peut avancer ou effectuer des sauts par-dessus d’autres pions. Et même, sans que cela ne coûte de mouvements, mais sous certaines conditions, les playballers peuvent se passer la balle.
Ces possibilités rendent le terrain beaucoup plus vivant qu’il n’en a l’air. Comme dans un sport collectif, le pion qui semblait parfaitement placé peut devenir une formidable rampe de lancement pour une passe ou un saut quelques secondes plus tard.
A l’instar d’autres bons jeux abstraits, le piège réside dans cette apparente simplicité qui cache une complexité redoutable. Après quelques défaites survenues au moment où le joueur pensait l’emporter, celui-ci sera amené à revoir sa copie. Plus question de prendre de haut ce jeu et les questions s’enchaînent.
Si je fais cette passe, où mon adversaire pourra-t-il se placer ? Si je rapproche ce joueur, est-ce que je lui ouvre une ligne de tir ? Est-ce que je dois attaquer franchement ou protéger mon en-but ? Le jeu s’explique très vite, mais sa maîtrise demande beaucoup plus de temps. C’est précisément ce décalage entre la facilité d’accès et la profondeur tactique qui fait tout le sel de ce jeu. Et, preuve du caractère addictif de Playball, soyez-en certains, le joueur qui vient de perdre s’exclamera (presque) toujours : « allez, revanche » !



