Nous poursuivons notre découverte du monde ludique avec Lueur, jeu pensé par Cédrick Chaboussit, illustré par Ben Basso et l’indépassable Vincent Dutrait, et édité par Bombyx. Un tel passeport constitue un laissez-passer vers les plus alléchantes sphères du jeu de société.
Lueur se distingue avant tout par son esthétique. Essentiellement en noir et blanc, avec quelques couleurs isolées assez saturées, comme pour mieux les faire ressortir, ce jeu n’est pas hyper alléchant à première vue. Un brin austère pourriez-vous même penser à la lecture de la description ? Que nenni, et jugez-en par vous même avec les visuels aussi singuliers que travaillés.
Avec Lueur, un néophyte de l’univers ludique pourra se sentir immédiatement en terrain connu pour peu qu’il soit amateur de bande dessinée. En réalité, on n’est pas très éloigné ici des sensations provoquées par l’univers de Manu Larcenet, par exemple. Déjà sur le plan graphique. Et puis par la thématique. Venons-y.

L’une des particularités de ce jeu, c’est que son livret s’ouvre avec une double page nous plongeant dans son univers. Avant même d’expliquer les règles ou d’énumérer le matériel. Nous allons donc jouer des aventuriers disposant de huit journées (huit tours de jeu) pour récupérer des éclats de lumière, essentiels pour ramener de la vie dans un monde obscurci par les ténèbres. Oui, c’est dystopique. ET nous allons nous appuyer sur des compagnons (nous en recruterons un par tour, mais certains pourront mourir, il n’est donc pas certain que nous en ayons huit à l’issue du voyage).
Sans détailler précisément un tour (vous le savez, désormais, là n’est pas mon objectif), les sensations de jeu sont à la fois très immersives (ici le thème n’est pas juste « plaqué », il est prépondérant) et favorisent une intense réflexion (« si je choisis ce personnage, je vais gagner trois éclats de lumière maintenant, mais ça va me nuire pour le reste de la partie, mince ») sans que le jeu ne souffre de ralentissements excessifs. Car ici, la belle idée, c’est qu’à part le « draft » de cartes (c’est-à-dire qu’à chaque tour, les joueurs choisissent chacun leur tour une carte dans la rivière centrale), toutes les actions sont accomplies simultanément par les joueurs, en toute autonomie. Hippolyte, qui met toujours trois minutes pour jouer, ne ralentira pas (beaucoup) ses adversaires.

Ce jeu se joue donc parfaitement à 3 ou 4 joueurs, mais aussi à 2 grâce à une idée brillante. Si vous jouez à deux, lorsque vous devrez choisir une carte, vous devrez également en condamner une pour empêcher votre rival d’en bénéficier. Cette variante à deux joueurs ajoute donc de l’interaction à des parties dans lesquelles il faut maîtriser différents paramètres (avancer sur la piste du plateau, récolter des éclats de lumière, et d’autres critères moins majeurs) pour marquer le plus haut score et devenir l’aventurier qui aura permis à la lumière de triompher des ténèbres.
Ce jeu est rempli de (magnifiques) dés sans pour autant laisser une part importante au hasard. Le contrôle est réel tout comme la « rejouabilité », les interactions et la stratégie. Ajoutez à cela le peu de temps mort, et vous connaitrez les qualités principales de Lueur, auxquelles il faut évidemment ajouter un univers esthétique absolument (sans mauvais jeu de mot) éclatant.

Lueur de Cédrick Chaboussit
Bombyx, 2020


