Si Schmidt régale, c’est promis, il n’y a pas de mauvais jeu de mot avec une quelconque cuisine. Car nous nous situons ici dans le domaine du jeu de société familial, où l’équilibre est très difficile à trouver. Il faut réussir à séduire les enfants sans ennuyer les plus grands en proposant des règles simples mais néanmoins suffisamment intéressantes pour ne pas tomber dans quelque chose de creux. Et surtout susciter cette envie immédiate de rejouer.
Schmidt maîtrise particulièrement bien cet exercice, et nous choisissons aujourd’hui d’en faire la preuve par trois avec Très Futé Kids 2 : Jungle Party, Skull Queen et Le Labyrinthe Magique. Trois jeux différents dans leurs mécaniques mais qui partagent tous cette capacité à rendre les parties vivantes dès les premiers tours.
Très Futé ! Kids 2 Jungle Party de Wolfgang Warsch – Schmidt – 2026

Très Futé Kids 2 Jungle Party reprend l’esprit de la célèbre série des Très Futé, que l’on doit à l’excellent Wolfgang Warsch (The Mind, Les charlatans de Belcastel, etc…) tout en la rendant accessible aux plus jeunes. Si vous ne le saviez pas, le nom de ce volet vous fera comprendre que c’était déjà le cas avec Très Futé Kids, premier du nom, mais ce nouveau volet est légèrement plus ambitieux si bien qu’il s’adresse aux plus de 6 ans quand son prédécesseur était accessible dès 5 ans.
Le concept est toujours le même. Le joueur actif lance ses cinq dés dans la boîte du jeu. Il choisit une couleur et prend tous les dés dont le fond est de cette couleur. Et puis, il peut cocher sur sa feuille les effets des dés retenus. Les autres joueurs peuvent choisir un dé resté dans la boîte et appliquer son effet. Et puis, on change de joueur actif.
Vous vous en doutez, les calculs plus complexes de Très Futé ! laissent ici la place à quelque chose de beaucoup plus instinctif et visuel. Il faudra réussir à obtenir le plus de points de victoire en optimisant les papillons, bananes, singes et noix de coco pour réussir la meilleure fête dans la jungle.
Très vite, les enfants comprennent qu’il ne suffit pas de cocher des cases au hasard. Le choix des animaux constitue un excellent support qui leur permet d’anticiper certaines combinaisons, de réfléchir aux bonus à déclencher et, parfois, d’accepter un choix d’apparence moins spectaculaire qui permettra ensuite d’obtenir une meilleure récompense.
Cette édition parvient à maintenir un rythme très agréable. Il n’y a pas de temps faible, personne ne reste sans jouer et les parties offrent un parfait mélange de stratégie et de chance, si bien que les adultes et les enfants ont envie de rejouer immédiatement. C’est typiquement le genre de jeu familial que l’on sort “pour une petite partie rapide”… avant d’en faire trois ou quatre.
Skull Queen de Stefan Dorra – Schmidt – 2024
Avec Skull Queen, changement total d’ambiance. Si le nom fait écho au succès majeur que constitue Skull King, ce jeu s’adresse sans doute à un public plus initié. En effet, Stefan Dorra propose un jeu de plis particulièrement malin où il faudra placer ses troupes de telle manière qu’elles finissent la manche sur la position la plus avantageuse de la planche. Vous n’avez rien compris ? C’est normal.
Concrètement, la manche débute avec une carte personnelle sur laquelle chaque joueur placera 4 meeples (pions) de couleurs différentes en fonction des plis qu’il espère réaliser dans cette couleur. Plus simplement, si l’on découvre que l’on a des très bonnes cartes bleues, il faudra placer son meeple bleu en conséquence, c’est-à-dire pas trop haut sur la planche, sinon il pourrait être propulsé en dehors de cette planche.
Et oui, car à la fin de chaque pli, celui qui a posé la plus petite carte de la couleur fera reculer son meeple de la couleur correspondante, et ce sera l’inverse pour celui qui aura remporté le pli. Toute la tension du jeu réside donc dans ce choix initial. Faut-il prendre des risques pour viser gros ou jouer plus prudemment afin d’assurer quelques points ?
Car oui, plus les meeples s’approcheront d’une extrémité de la planche, et plus ils rapporteront de points en fin de manche. Et ce qui rend Skull Queen particulièrement intéressant, c’est sa manière de récompenser autant l’anticipation que l’adaptation. Rien n’est jamais figé et une mauvaise main ne signifie jamais automatiquement une mauvaise manche. Il reste toujours possible de limiter les dégâts ou de profiter des erreurs adverses.
Enfin, malgré cette dimension tactique permanente, le jeu conserve une vraie fluidité. Ne vous attendez pas à patienter plusieurs minutes avant qu’un joueur finisse son tour. Non, il s’agit d’un jeu de pli, et le rythme est soutenu. Les amateurs y trouveront donc un système élégant et particulièrement satisfaisant à maîtriser au fil des parties.

Le labyrinthe magique de Dirk Baumann – Drei Magier – 2009

Enfin, dans un tout autre registre, Le Labyrinthe Magique est un classique parmi les classiques. Rendez-vous compte, cela fait plus de quinze ans que la création de Dirk Baumann reste une valeur sûre du catalogue de Drei Magier (qui est la propriété de Schmidt), en proposant l’un des concepts les plus ingénieux du jeu pour enfants.
Le principe est génial de simplicité. On construit un labyrinthe avec de véritables murs, on le regarde afin de le mémoriser, et on place un socle par-dessus. A leur tour, les joueurs déplacent leur apprenti sorcier d’autant de cases que le résultat indiqué par le dé. Et si l’on percute un mur, la bille aimantée sous l’apprenti sorcier tombe, et son dernier déplacement est annulé.
L’effet fonctionne à merveille, notamment avec les enfants qui adorent cette dimension presque “magique” du plateau. Mais le jeu va bien au-delà du simple gadget. Il demande une vraie mémoire spatiale, de l’observation et une capacité à apprendre des déplacements des autres joueurs. Ce qui est particulièrement agréable, c’est que les adultes ne dominent pas forcément les parties. Les enfants mémorisent parfois les trajets avec une efficacité redoutable, ce qui équilibre naturellement les affrontements.
Et que dire du matériel. Le système en trois dimensions, le magnétisme de la bille et la manipulation des personnages ajoutent une dimension féérique à l’expérience. Finalement, comme ces deux autres jeux, Le Labyrinthe Magique prouve qu’un bon jeu familial ne dépend pas du nombre de règles ou de la complexité des mécaniques. Ce qui compte vraiment, c’est la sensation immédiate autour de la table. Le rire provoqué par une erreur, la satisfaction d’un bon choix ou cette petite revanche réclamée dès la fin de la partie. Et sur ce point, Schmidt sait assurément comment s’y prendre.


