Chaque année apporte son lot de nouveautés ludiques. Certaines s’inscrivent dans des tendances bien établies, quand d’autres prennent un malin plaisir à sortir des sentiers battus. Athlètes de Compète, Dnup et Vroom font clairement partie de cette seconde catégorie. Ces trois jeux assument pleinement leur originalité et, chacun à leur manière, détournent habilement des mécaniques connues en y rajoutant cette pincée de folie qui en fait des ovnis ludiques.
Athlètes de Compète de Richard Garfield et Takashi Ishida – Iello – 2026

Est-ce que Athlètes de Compète est le plus beau jeu de l’année ? Non. Est-ce qu’il s’agit du plus innovant ? Encore moins. C’est d’ailleurs une réédition d’un jeu vieux d’une vingtaine d’années. Et pourtant, c’est l’un des jeux qui était les plus attendus depuis sa révélation en avant-première sur certains festivals.
Athlètes de Compète a donc tout pour déplaire. Mais la magie opère grâce à cette petite étincelle qui transforme un flop en idée de génie. Le jeu se base sur la même logique que le jeu de l’oie. Ne fuyez pas ! En effet, il y a toutefois un petit twist qui rend le jeu absolument redoutable et (un poil) stratégique.
La partie se joue en effet en quatre manches, soient autant de courses qui se disputeront alternativement sur le recto puis le verso (plus fourbe) du plateau. On lance donc le dé à son tour, et on avance son personnage d’autant de cases que nécessaire. Les joueurs disposeront de 4 personnages (parmi la bagatelle de 36) aux pouvoirs distincts. L’un avance systématiquement de 5 cases sans lancer le dé, un autre fera reculer ses adversaires s’il s’arrête sur la même case qu’eux. Un dernier fera trébucher ceux qui osent le doubler (ils devront passer leur tour par la suite).
Le petit degré de stratégie, donc, réside dans le choix de ses personnages. Vais-je utiliser celui-ci lors de la première manche ou vais-je le garder pour la dernière, en sachant que l’on gagne de plus en plus de points au fur et à mesure de l’avancée de la partie. Il faut finir dans les deux premiers pour marquer des points et, à la fin des 4 manches, on commence par compter les points, on poursuit en pestant contre le hasard tandis que le vainqueur se targue d’avoir été stratégique et, surtout, on relance une partie.
En découvrant Dnup, on se demande tout d’abord comment prononcer le nom de ce jeu. Et si certains le défendent sous l’appellation de « dneupe », il semble évident que l’on est ici en présence de « down-up ». Dnup n’est que la transcription graphique de la mécanique principale du jeu puisqu’en retournant la boîte, ce « dnup » devient… « dnup ».
Vous l’aurez compris, le twist de ce jeu réside dans le fait que, si vous retournez votre carte, sa valeur va changer. Les superbes illustrations de Gilles-Romain Fonteny s’accompagnent d’une édition redoutable et parfaitement lisible, sans laquelle le jeu aurait probablement été indigeste.
Rien de tout cela, ici, et vous enchainerez rapidement les parties de ce jeu de défausse. Le but consiste donc à vous débarrasser de vos cartes et vous allez pouvoir le faire de différentes manières. Il serait vain de détailler toutes les possibilités que vous avez à chaque tour de jeu car Kei Kajino a été assez gourmand si bien que vous pourrez, par exemple, créer une nouvelle série de cartes de même valeur, ajouter une carte à la série du voisin ou même retourner toutes les cartes de votre main pour changer leurs valeurs.
Mais surtout, si vous jouez une série de cartes supérieure à celle d’un adversaire (il avait posé deux 4, et vous posez deux 6, par exemple), vous le battez. Il doit alors récupérer ses cartes (ses deux 4) et les retourner. Il se retrouvera possiblement avec un 2 et un 5 (les autres faces de ses deux 4).
Et c’est là que le jeu devient malin. On peut souvent être déçu de récupérer des cartes, mais on peut également avoir un intérêt stratégique à le faire car cela peut nous permettre, comme dans Odin, de disposer d’une main redoutable. En bref, les cartes que vous considériez comme faibles deviennent alors soudain très puissantes, et inversement.
Le jeu demande une vraie lecture des opportunités sans jamais devenir complexe. Les parties durent un quart d’heure, s’expliquent en quelques minutes et donnent rapidement envie d’enchaîner les revanches. Comme aux échecs, on calcule sa stratégie avec plusieurs coups d’avance, pour finir par perdre contre un adversaire qui a joué de manière plus spontanée.
Un véritable « grower » qui étonne lors de la première partie (mais n’est-ce pas le lot commun des jeux présents dans cet article) avant de révéler un goût de reviens-y, puis un caractère tout à fait addictif après 4 ou 5 parties. Le temps de saisir toute la profondeur de Dnup.

Vroom de Antonin Boccara et Amélie Guinel – Big Moustaches Games – 2026

Vroom, de l’excellent Antonin Boccara et édité chez les non-moins doués Big Moustache Games, réussit peut-être l’exploit le plus surprenant des trois en créant un jeu de course sans plateau. Dans ce jeu coopératif, la table devient directement le circuit.
Chaque joueur dispose d’une petite voiture en bois et piochera une carte qui lui indiquera une vitesse que les autres ignorent. Il lui faudra estimer la distance correspondante à la valeur de sa carte. Et, bien sûr, on doit avancer sa voiture d’une traite, sans à-coup, ce qui fait que la progression se fait de manière spontanée. On gagne lorsque, après plusieurs tours, l’équipe est arrivée dans le bon ordre, c’est-à-dire que celui qui a pioché les cartes de plus haute valeur termine premier, et ainsi de suite.
Ce jeu de petite voiture a l’air plan-plan ? Pas du tout. Toute la subtilité repose en effet sur l’observation et cette communication limitée qui fait forcément écho au primé The Mind. Les déplacements donnent des indices, mais jamais suffisamment pour être certains des vitesses de chacun. Il faut interpréter les intentions des autres et adapter constamment sa conduite.
Comme si cela ne suffisait pas, de nouveaux modules viennent progressivement enrichir le jeu avec des événements qui transforment le circuit, ajoutent des obstacles ou modifient les conditions de course. Cette progression donne une vraie envie de revenir au jeu pour découvrir les surprises suivantes, qui peuvent même être cachées dans la boîte !
Derrière son matériel apparemment minimaliste se cache finalement un jeu de déduction coopératif particulièrement malin.


