Chroniques Musique

Jonathan Wilson, « Dixie Blur », retour au pays

Deux ans à peine après Rare Birds, album unanimement acclamé par la critique, Jonathan Wilson revient avec un projet plus intimiste, Dixie Blur, paru le 06 mars dernier chez Bella Union/[PIAS].
Un album qui se présente comme un véritable retour aux sources pour cet Américain originaire de Caroline du Nord, vivant en Californie depuis près de quinze ans : Dixie Blur a été enregistré à Nashville avec des musiciens de haut vol en à peine six jours, à mille lieues de sa façon habituelle de travailler.

Et pour cause depuis ses débuts et son premier album solo Gentle Spirit en 2011 – si on ne compte pas Frankie Ray, paru en 2005 et quasiment introuvable aujourd’hui, à moins d’être prêt à débourser une centaine d’euros, merveille folk qui lui a valu d’être reconnu par ses pairs tels Elvis Costello, Graham Nash ou encore Jackson Browne, Wilson a pris l’habitude de composer seul.

Multi-instrumentiste de talent, il pratique avec succès la guitare, le piano, la batterie, les bois… Liste non-exhaustive tant Wilson est un génie de la musique, qui, fait notable, a composé son premier morceau à l’âge de trois ans ! À 14 ans, il joue dans un groupe de R&B avant de quitter le lycée à 17 ans pour étudier le jazz, et rejoint dans la foulée le groupe de rock Muscadine. Mais l’Américain a plus d’une corde à son arc, il est aussi un luthier renommé et un producteur talentueux. On se souviendra du merveilleux album de Father John Misty, Pure Comedy en 2017.

Entre 2017 et 2018, il accompagne également Roger Waters lors de sa tournée Us+Them, en tant que directeur musical mais aussi guitariste et chanteur, reprenant avec succès les parties de David Gilmour. Ainsi, au milieu de toute cette frénésie créative, une envie profonde de revenir aux sources se fait ressentir et c’est Steve Earle, lors d’un concert commun, qui lui suggère de renouer avec ses racines musicales : la country et le bluegrass.

Direction Nashville et le studio Cowboy Jack Clement Sound Emporium A, au sein duquel il enregistre son nouvel album Dixie Blur, qui porte bien son nom, Dixie désignant les États du Sud des États-Unis. Jonathan Wilson s’entoure des meilleurs musiciens du genre : Mark O’Connor au violon, Kenny Vaughan à la guitare, Dennis Crouch à la basse, Russ Pahl à la pedal steel guitar, Jim Hoke aux bois et à l’harmonica, Jon Radford à la batterie et Drew Erickson aux claviers.
Processus d’enregistrement totalement inédit pour Wilson, habitué des overdubs, l’album est enregistré live en à peine six jours, pour un effet immédiat et naturel, libérant les émotions.

Dès le premier clip pour le titre 69 Corvette, sorti en novembre dernier, Wilson nous emmène dans son Sud natal, entre les sessions studios intimistes et les souvenirs auprès des siens. Il chante le manque du pays, I still think of Carolina sometimes / I miss my family / I miss that feeling, et évoque la douceur de vivre, les souvenirs heureux de son enfance auprès de sa famille. Une merveille teintée de folk avec des relents d’Americana qui nous transporte au creux d’une nostalgie bienveillante. On se sent bien dans ce Pays de Cocagne.

Sur le titre d’ouverture, Just For Love, Jonathan Wilson donne le ton d’un album où il se livre plus que jamais, laissant ses sentiments les plus profonds s’exprimer. Dans cette ballade romantique, il lance une véritable déclaration d’amour à la nature, source de son inspiration, révélant son être, ses aspirations, sa soif de liberté et d’absolu : Free as the night / Free as nature calling.

Tout au long de ces 14 titres qui s’étirent sur près de 55 minutes, Jonathan Wilson oscille entre douces ballades folk et des titres dans la plus pure veine country.

On se laissera aller à la bienveillance de New Home et son piano mélancolique, avec l’envie de se blottir au coin du feu, avant de filer droit au saloon sur So Alive, et ainsi retrouver un Wilson plus vivant que jamais, that is why  / I’m so alive right now, dans un tourbillon de notes, entraîné par le violon démoniaque de O’Connor. Une danse qui ne semble plus s’arrêter avec In Heaven Making Love et El Camino Real, nous voilà soudain portant un chapeau de cow-boy dans une fièvre du samedi soir sudiste, avouez que vous ne pouvez pas vous empêcher de taper du pied : la joie de vivre est contagieuse.

Mais le somptueux Oh Girl nous rappelle que la nostalgie n’est jamais loin, Wilson revenant à des teintes plus familières, limite floydiennes, chantant les amours malheureuses : And missin’ someone is a kind of hurt / A heart should be grateful to feel. Sur Pirate, il nous conduit sur les traces d’Anne Bonny, une femme pirate d’origine irlandaise qui a fini sa vie en Caroline du Sud, sur une ballade aux relents de blues. Et que ce soit sur Fun For The Masses, Riding The Blinds ou encore Golden Apples, Jonathan Wilson ne cesse de chanter l’amour et ses multiples facettes, et nous découvrons un homme empreint de romantisme et de douceur, ce qui le rend d’autant plus touchant.

Je placerai les titres Enemies et Platform en marge, comme si Springsteen s’était invité sur cet album : à chaque écoute, je ne peux m’empêcher de penser à lui, en même temps quoi de plus normal que d’entendre le Boss sur un album qui fleure bon l’Amérique.

Enfin, je finirai avec le dernier titre et troisième single de l’album, Korean Tea, une manière purement égoïste de terminer une chronique puisque c’est aussi un de mes préférés ; un titre qui, je dois bien l’avouer, m’a émue aux larmes. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas dans la musique et parfois ça fait du bien de le dire. Sans doute que la couleur mélancolique du morceau n’est pas étrangère à ce ressenti, celle d’un homme qui se laisse aller au sentiment de solitude qui l’étreint : There’s been hardly anyone there, in my house, lately / Hardly anyone there, you will say, with me / I’m trying not to tap that emotion / The one where you’re feeling alone. Mais sans doute aussi que la patte de Pat Sansone y est pour quelque chose puisqu’il a coproduit l’album avec Jonathan Wilson, et que ce titre sonne comme du Wilco.

Le nouvel album de Jonathan Wilson, Dixie Blur, est donc un véritable retour aux sources, quelque part entre le folk qui a fait sa réputation et les couleurs de son enfance, la country et le bluegrass. Un projet sans doute moins aventureux que son précédant, Rare Birds, mais qui sonne déjà comme un classique du genre, avec une production quatre étoiles et des musiciens de haut vol. Jonathan Wilson nous offre son album le plus personnel à ce jour, sincère et lumineux, une douceur qu’il serait dommage de ne pas écouter en ces temps moroses et sans doute un des grands albums de cette année 2020 !


 

Dixie Blur Jonathan Wilson

Bella Union / [PIAS]– 06 mars 2020

 

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Image bandeau : Jonathan Wilson par Andrea Nakhla

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