Littérature Etrangère

« Nouvel an » de Juli Zeh, à la recherche de la mémoire perdue

Magnifique court roman de moins de 200 pages, Nouvel an se dévore et ne vous lâche pas. Vous serez complètement pris par le destin du pauvre Henning qui se cherche, ne trouve rien et se désespère. Entre son épouse, ses deux enfants en bas âge, son travail, sa sœur qu’il doit aider sans cesse, notre héros se trouve en proie à « la Chose », traduire cela par de très grosses crises d’angoisse qui le laissent à chaque fois proche de la mort selon lui. 
Heureusement, en ces vacances de Noël 2018, il a pris sa petite famille sous le bras pour quitter l’Allemagne et le stress, pendant quinze jours, direction l’île de Lanzarotte.

Pourtant tout ne se passe pas comme prévu. Son couple se délite, sa femme flirte avec un homme ouvertement et devant lui, ses enfants l’accaparent. Aussi, le matin du 1er janvier, il décide de tout quitter. Pour un temps, pour une balade à vélo sur les routes montagneuses de l’île.

Devoir rester enfermés toute la journée, on ne part pas au soleil pour ça. C’est Henning qui tenait à
ces vacances. Ils auraient pu fêter Noël à la maison, sans se ruiner et dans le confort de leur grand
appartement de Göttingen. Ils auraient pu rendre visite à des amis ou prendre une location à Center
Parcs. Mais d’un coup, Henning s’était mis en tête de partir à Lanzarote.

C’est toute la première partie du livre qui nous décrit ce mal être existentiel, le temps pour Henning d’arriver au sommet de sa montagne. Belle image car une fois tout en haut, il semble reconnaître les lieux, des souvenirs surgissent et l’assaillent.

Ces souvenirs, ses souvenirs feront l’objet de la deuxième partie du livre. Quelques jours terribles pour sa famille lorsqu’il était enfant. 
Ces pages se lisent avec une peur grandissante. On veut croire à une solution rapide et au fur à mesure qu’elle n’arrive pas, l’angoisse grandit. Difficile de ne pas transposer cette horreur à nos propres vies.

Juli Zeh ne nous épargne aucun détail. Pourtant il n’y a rien d’horrifique dans ce qu’elle décrit. Simplement la vie d’enfants laissés à eux-mêmes. La dernière partie du roman viendra donner toutes les réponses aux questions que le lecteur s’est posées durant ces pages terribles.

Nouvel an est un roman extrêmement psychologique. L’autrice analyse la vie de son héros à travers les confessions intimes que celui-ci se fait à lui même. C’est à la fois d’un voyeurisme effrayant et totalement prenant.

C’est aussi un travail sur les traumatismes refoulés qui restent en nous sans que nous en soyons conscients. Ce que nous avons pu vivre enfant, ce que nous avons caché, ce qu’on nous a caché pour notre bien peut-être et qui finit quand même par ressortir à l’âge adulte. 
En cela, le pauvre Henning est un personnage très émouvant et les ressorts qui l’animent sont parfaitement décrits par Juli Zeh dans un Nouvel an qui vous fera un sacré effet.

 


 

 

Nouvel an de Juli Zeh

traduit par Rose Labourie

 

Actes Sud,  septembre 2019

 

Site webFacebookInstagramTwitter

Juli Zehimage prise sur site actes sud


Image bandeau : Road To Lanzarote Photo by Howard Bouchevereau on Unsplash

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page