Cinéma

L’Hermine de Christian Vincent – Le juge, la danoise et l’accusé

Michel Racine, homme un peu bougon et discret, est président de Cour d’assises lors d’un procès à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais. Véritable figure dans le monde de la justice, il est redouté de tous et on l’appelle « le Président à deux chiffres », avec lui on en prend toujours pour plus de dix ans. Lorsqu’il entame le tirage au sort des jurés pour une nouvelle affaire, il tombe sur une « vieille connaissance » qui va le bouleverser.

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Michel Racine est un homme méprisé par certains et perçu comme un éternel antipathique par d’autres. Les rumeurs qui circulent à son sujet n’arrangent guère son capital de sympathie, surtout lorsque celles-ci viennent directement des toilettes, haut-lieu de commérages. A première vue, Michel est un homme au regard triste, à l’écharpe rouge et qui habite un hôtel car sa femme l’a mis dehors. Mais lorsqu’il devient le Président Racine, il ne laisse rien paraître. Alors qu’il souffre d’une méchante grippe, il enfile son costume, monte sur scène et clame son texte haut et fort (cette métaphore théâtrale intervient dans une très belle scène dans un bar). L’homme banal devient un homme de loi représentant les valeurs de la justice.

C’était un pari osé d’avoir voulu faire un film basé sur le déroulement d’un procès issu d’un fait divers. L’affaire en question est celle d’un jeune père accusé d’infanticide sur sa petite fille de 7 mois. Comment donner l’envie au spectateur de plonger dans cet univers sordide sans pour autant tomber dans le voyeurisme pur et simple ? Le réalisateur a trouvé la solution, raconter une histoire qui fait du bien à l’âme, raconter une histoire d’amour. Michel tire au sort le nom d’une femme. Elle s’appelle Ditte Lorensen-Coteret, elle est danoise, médecin et elle a ensorcelé Michel quelques années auparavant. Lorsqu’il la regarde pour la première fois, depuis longtemps, dans cette salle silencieuse, on comprend que l’Hermine n’est pas un film sur la justice. Le procès n’est qu’une excuse, un moyen pour mettre en place les fragilités d’un homme sur les sentiments amoureux qu’il entretient pour une femme qu’il connaît à peine et qu’il a aimé en secret. Michel va devoir gérer à la fois un procès compliqué (l’accusé dément les faits et s’interdit de parler) ainsi que l’émotion fascinante et hypnotique lorsqu’il voit celle qu’il déclare être la plus belle femme du monde.

Le duo marche très bien car dès les premiers regards entre les personnages, on est transporté dans leur histoire. Dès lors, on a envie d’en savoir plus sur Michel et Ditte. Sur ce point là, le réalisateur peut jouer aisément sur les espérances grandissantes des spectateurs et de l’envie de voir les deux personnages se confronter. D’autant plus que l’utilisation ingénieuse de plans serrés permet de distinguer un jeu de regards magistral. Le procès, élément majeur du film est mis au second plan afin de montrer les nombreuses facettes des personnages. Cependant, il est traité avec une telle justesse que l’on pourrait croire que l’on assiste à un vrai procès.

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Copyright – Gaumont

Christian Vincent a fait appel à Fabrice Luchini pour porter ce film juste et délicat. La surprise vient du jeu d’acteur de Luchini, lui qui habituellement est beau parleur et parfois dans l’excès, se métamorphose en homme timide, fatigué par la maladie et hypnotisé par l’amour. Il partage d’ailleurs la même passion que son personnage, ils sont amoureux des femmes. Elles les inspirent, les passionnent et les obsèdent parfois. Cette passion poétique est parfaitement bien retranscrite à l’écran grâce à un poème d’Antoine Pol, les Passantes, récité par le personnage de Luchini et qui fait écho à ses sentiments envers Ditte : « Je veux dédier ce poème, A toutes les femmes qu’on aime, Pendant quelques instants secrets, À celles qu’on connaît à peine, Qu’un destin différent entraîne, Et qu’on ne retrouve jamais ». Celle-ci est jouée par la lumineuse Sidse Babett Knudsen, époustouflante dans la série Borgen. L’actrice danoise ne nous laisse pas indifférents dans son personnage de femme troublée par la déclaration d’amour d’un homme qui fut seulement son patient. Le reste du casting est à définir sous les termes « de remarquable interprétation collective » notamment les rôles des jurés.

La relation entre Michel et Ditte est sublimée par la composition originale et mélancolique de Claire Denamur. La musique accompagne les « rares » moments que les personnages passent ensemble. Quelques notes qui suffisent à apprécier cette atmosphère humble et discrète.

L’Hermine de Christian Vincent est donc un film touchant, porté par une sobriété exemplaire et une finesse qui touche en plein cœur.

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