Chronique Musique

La fête est-elle réellement finie pour Orelsan ?

Écrit par Sei Pacchi

Découvrir Orelsan avec le titre Saint Valentin n’aura peut-être pas été la façon la plus rapide ni la plus évidente pour apprécier le reste de sa musique. Mais comme c’est bel et bien cette chanson qu’on m’a fait écouter en premier, forcément, j’ai boycotté cet artiste pendant quelques années, refusant de donner du crédit à celui que je croyais être un énorme connard misogyne. Et puis un jour, j’ai entendu quelques titres des Casseurs Flowters, puis découvert le film Comment c’est loin, et de fil en aiguille, j’ai appris à apprécier (et au delà d’apprécier !) également ses albums solos, et même à apprécier le personnage qu’il s’était construit.

Orelsan, un personnage qui évolue au fur et à mesure de ses albums, qui commence effectivement par un connard misogyne qui ne pense qu’à faire la fête et faire l’amour avec le plus de nanas possibles (l’album Perdu D’avance), qui se dit qu’il va falloir qu’il se calme un peu, mais qui n’a pas envie (l’album Le Chant des Sirènes), puis qui se rend compte qu’il vieillit, et qui n’a plus envie de toutes ces conneries, soit son dernier album, qui donne le ton avec son titre : La fête est finie.

Quand le titre Basique est sorti, j’ai sauté au plafond, de joie. Je n’avais aucune idée qu’il allait sortir un album aussi vite après avoir dissout les Casseurs Flowters (je suis toujours en deuil d’ailleurs). Instru simple, paroles basiques, très efficaces et un clip visiblement tourné en plan séquence, d’une précision hallucinante. De quoi me rendre encore plus impatiente quant à la sortie de l’album à venir. M’attendant à ce que le reste de l’album soit du même style que cette chanson, j’ai d’abord été un peu surprise du ton mélancolique de la plupart de ses morceaux. Avant de me souvenir que déjà, Le chant des sirènes n’était pas aussi amusant que Perdu D’avance, et que du coup, dans l’évolution de son personnage, cette mélancolie était plutôt logique.

J’ai du écouter plusieurs fois l’album pour savoir s’il me plaisait ou pas. Je pense qu’Orelsan a ce génie de faire des morceaux qui nous déstabilisent tellement qu’il faut les écouter plusieurs fois pour les comprendre. C’est aussi, à mon avis, une marque de qualité : il n’est pas assez simple pour saisir la totalité des paroles à première écoute. Nous n’avons peut-être plus assez l’habitude aujourd’hui d’avoir des paroles assez bien écrites et recherchées pour s’imaginer qu’il faut être attentif quand on écoute une chanson. Pourtant Orelsan est à mes yeux, un génie moderne de l’écriture. Il est capable de se créer un personnage de feignasse crédible, tout en sortant trois albums solo, deux albums en groupe et un film (génial en plus !), le tout en moins de dix ans et à seulement 35 ans.

Mais recentrons-nous sur La fête est finie : pas très amusant donc, mais de très bonnes surprises. Outre Basique, j’ai flashé, à la première écoute, sur le morceau Paradis. Complètement inattendu, une instru entraînante, et les paroles bien niaises qui ont fait tilt dans ma tête de nana à peine sortie de l’adolescence, et amoureuse. Quand on découvre un artiste avec une chanson qui dit « ferme ta gueule ou tu vas te faire Marie Trintigner » (même au millième degrés, ne pas oublier), on ne peut que se réjouir qu’il passe à des paroles comme « je comprends pas pourquoi tu t’inquiètes quand tu prends du poids, pour moi ça d’pris, ça fait toujours plus de toi ».

Néanmoins, Orelsan n’a pas perdu de ses merveilleuses punchlines pour lequel il est réputé, et certaines de ses chansons, un peu différentes de la mélancolie générale de l’album, comme Défaite de Famille, où il crache sur absolument toute sa famille (à part une personne, mais c’est une phrase tellement inattendue que je ne vais pas la spoiler) ou son superbe featuring avec Maitre Gims : Christophe, dont je n’ai pas forcément compris le refrain (mais pourquoi toujours vouloir tout expliquer ?) mais qui reste excellent, tant au niveau des paroles (une superbe dédicace à Marion Maréchal) ou sur son instru qui pourtant fait très Maitre Gims, que je n’aime, il faut le dire, pas du tout. Sauf qu’ici, les paroles sont bien écrites, le flow posé sur l’instru est parfait, et nous n’avons qu’un petit passage avec la voix (que je trouve insupportable) de Maître Gims. Drôle et agréable à écouter, pas comme le dernier featuring qu’ils avaient fait ensemble avec la chanson Sharingan (référence à un emblème culte de la pop culture : Naruto).

Quelques petites déceptions personnelles néanmoins, comme son featuring avec Nekfeu, qui ne m’a pas spécialement marqué, à part cette superbe entrée en matière « J’baise ta meuf et j’me fais des pâtes » qui est assez inattendu. J’ai bon espoir néanmoins, je continue de l’écouter, je finirai peut-être par l’apprécier à sa juste valeur !

Ses deux premiers morceaux, San et La fête est finie résument plutôt bien le reste de l’album niveau ambiance. Mention spéciale au dernier morceau, Notes pour trop tard, absolument déprimant et en même temps plein d’espoir, comme s’il avait décidé de se parler à lui-même plus jeune, et en même temps à tous ceux qui peuvent l’écouter et qui sont un peu paumés.

Je n’ai pas parlé de tout ses morceaux, il est vrai, je n’ai pas mentionné Tout va bien, à ne pas écouter si on a des envies de suicide sur le moment, mais très touchant. Le génie d’Orelsan est d’écrire des choses qui nous touchent tous en prétendant en parler à un enfant.

Son featuring avec Stromae est simple et efficace également. Elle reste bien en tête, mais ça n’est pas spécialement gênant. Aussi, Dans ma ville on traîne, qui fait plaisir à entendre, depuis le temps qu’il nous parle de Caen, il n’y avait pas encore vraiment eu de chanson dessus. Ensuite, Bonne meuf, qui va sûrement faire sauter au plafond quelques féministes un peu trop réac’ qui n’écouteront pas toutes les paroles, et qui ne comprennent pas le second degré.

Et enfin, La lumière, dans la lignée de La fête est finie, et Quand est-ce que ça s’arrête, dans la suite de Bonne meuf, sur la difficulté qu’il a à gérer sa vie, sa célébrité, sa monogamie, son travail… Rien à dire dessus, il est génial. Bien écrit, une instru bien foutue, un rythme un peu lent qui rentre en cohésion avec le reste de l’album. Je dis oui.

Bref, encore un pari réussi pour Orelsan, qui fait grandir son personnage tout en restant lui-même (j’ai compté cinq références à la pop culture, et j’ai dû en louper une bonne partie). Il parle du dernier volet de la saga dans sa première chanson, doit-on espérer un personnage complètement différent pour la suite ? Ou va-t-il continuer dans la même lancée ? On n’en sait rien, mais l’avantage de cet album, c’est qu’il ne nous a sûrement pas encore livré tout son potentiel. Alors on a encore un peu de temps avant d’être pressé d’en avoir un autre.

Page Facebook d’Orelsan

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