Chronique Musique

La Maison Tellier – Les Chants du Mal Aimer

La Maison Tellier
© William Lacalmontie
Ecrit par Edouard Edb

Nous avions quitté La Maison Tellier sur la scène de la Maison de la Poésie en Mai 2017, pour un spectacle, Beauté Par Tous, entre concert et théâtre, et nous les retrouvons en 2019, à la télévision, pour un sixième album studio, Primitifs Modernes, paru chez Verycords le 22 mars.

La Maison Tellier

Evoquant le poème Le Chant du Mal-Aimé d’Apollinaire, dans lequel le poète vogue entre regrets, rêveries consolatrices et la dure acceptation d’un présent douloureux, les textes de La Maison Tellier abordent avec intelligence et subtilité les tourments intimes de nos vieilles jeunesses et de notre toute neuve vieillesse. Tout en portant un regard acéré sur l’humanité et les barbares que nous sommes restés.

A l’image du clip du titre La Horde, le groupe revisite dans ce nouvel opus la scène de son adolescence, à l’aune d’une « adultitude » quelque peu désabusée (Primitifs Modernes, Chinatown, La Horde, Les Sentinelles).

L’âge de la puberté et de ses cruels apprentissages est largement abordé : le conflit inévitable entre idéaux et réalité (Fin De Race, Je Parle D’un Pays, Les Apaches), les expériences des interactions sociales pas toujours tendres (Prima Notte, Laisse-les dire, Tout Est Pardonné), les combats interminables à mener (Ali), et la difficulté de bien aimer distillée dans tous les titres.

La Maison Tellier, en 15 ans d’existence et 7 albums dont un live, est devenu un groupe singulier dans le paysage de la chanson en français.
Les influences du blues, du rock classique et de la country US mêlés aux sonorités mélancoliques des cuivres donnent un cadre unique à des textes souvent introspectifs et toujours sensibles.

Le groupe a conquis son indépendance artistique, renouvelé son entourage et s’est accordé le plaisir, pour cet album, d’enregistrer live certaines sessions, ce qui donne à Primitifs Modernes une énergie brute grisante.

Leur musique, devenue plus crue et plus rock que dans les précédents LP, évoque le style de Calexico, les guitares de Television, mais aussi celui qui disait « it’s better to burn out than to fade away », Neil Young, qui se retrouve cité dans Les Apaches.

Plus rock c’est certain, mais pas que, en effet l’apport de synthés et de rythmes eighties (les premières notes de l’album semble commencer sur l’air de Johnny and Mary de Robert Palmer) viennent faire écho à la tonalité schizophrénique des textes.

Les 5 amis, qui ont choisi d’adopter un nom propre commun, Tellier, et de se rebaptiser Helmut (au chant et à la guitare), Raoul (aux guitares, au banjo, aux chœurs, aux claviers, un peu partout quoi), Léopold (aux cuivres, signe distinctif et indivisible du groupe), Alphonse (à la basse, aux chœurs et aux claviers), Alexandre (à la batterie), forment une famille unie et unique, qui au fil de leurs productions devient un peu plus la nôtre. Très fortement attachante.

Avec Primitifs Modernes, la Maison Tellier apporte une nouvelle pierre précieuse à un édifice aux fondations déjà bien solides. Merci messieurs.

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