La Route Du Rock, pour beaucoup, rime avec Fort de Saint Père, plages et soleil (pas toujours !) mais n’oublions pas que sa petite sœur hivernale mérite plus que le détour surtout quand elle même fête ses 20 ans. Désolé de rater la session rennaise du festival, qui ouvrait comme d’habitude le festival du côté de l’Antipode, avec 3 groupes, Green Star, Anastasia Coope et les furieux Heavy Lungs, on trouva néanmoins le temps nécessaire pour filer pour deux jours de plaisirs musicaux à La Nouvelle Vague de St Malo.
06 mars 2026 – 1er Jour
Cette première soirée démarre sur les chapeaux de roue mais pouvait-il en être autrement puisque les ouvreurs en chef s’appellent Dééfait dont la réputation scénique n’est plus à faire. leur premier EP 6 titres paru fin d’année dernière nous avait mis une belle claque à sa sortie fin de l’année dernière chez Ici D’Ailleurs, les versions live sont tout aussi impressionnantes.
Le quintet parisien attaque le set comme des morts de faim, Ric Lara, le chanteur d’origine mexicaine, petit par la taille mais géant par le talent, se débat avec son tee-shirt trop grand mais insuffle une énergie fortement communicative, poussant ses cordes vocales au maximum sur des morceaux comme Molokh ∞ ou We Love Each Other So Much That We Won’t Belong to Any Species Anymore.
Autour de lui, ses 4 compères bien plus discrets, sont tout aussi efficaces, maltraitant avec concentration leurs instruments respectifs, pour faire de cette ouverture, un intense moment noise et psychédélique.

C’est une toute jeune artiste anglaise, qui prend la suite, on doit avouer qu’on ne connaissait pas shortstraw., rappeuse chanteuse de Coventry, qui n’a que quelques singles au compteur. Accompagné d’un batteur, elle a pourtant mis le feu à La Nouvelle Vague, avec sa verve et son énergie, qu’elle a du puiser dans l’écoute intensive de groupes comme Senser ou The Prodigy, dont elle est une grande fan.
Les cheveux courts couleur paille, les bras tatoués, c’est une boule de nerf mais avec le sourire permanent aux lèvres. Elle virevolte dans tous les sens , balance ses histoires du quotidien dans une Angleterre déprimée, tout en nous invitant à la danse « buuuge ton cul » seront ses seuls mots in french mais on la suit à la lettre !
On la découvre avec plaisir, sa joie d’être là est vite partagée et donne envie de découvrir ce qu’elle nous réserve à l’avenir !

Bien plus connue et véritable tête d’affiche de la soirée, Jehnny Beth lui succédera accompagnée de son trio de musiciens dont son vieil acolyte Johnny Hostile à la guitare. Forcément, la température augmente encore de quelques degrés tant l’ex-chanteuse des Savages est attendue par un public chaud bouillant, prêt à pogoter dans tous les sens.
Ca tombe bien, Jehnny Beth va leur donner de quoi se dépenser, n’hésitant pas à se jeter elle-même dans la foule après nous avoir démontré qu’elle est en pleine forme, à l’aube de cette nouvelle tournée, en effectuant quelques pompes ! Il faut dire que les chansons de son dernier album, You, Heartbreaker, You se prête parfaitement à cette débauche d’énergie, Ses 9 titres entre rock industriel et noise, seront ainsi joués intégralement de Broken Rib jusqu’à I See Your Pain, très vite et très fort.
Quelques anciens titres de To love Is To Live (I’m The Man,Innocence) et des détours du côté de David Lynch (In Heaven) ou Bjork (Army of Me) permettent quand même de respirer devant cette furie à la limite du hard-rock, rendant sa performance de plus en plus impressionnante mais légèrement moins suffocante.

Tout aussi intense mais dans un style complètement différent sera le concert suivant, puisque c’est au tour de Will Brooks alias Dälek de prendre possession du devant de la scène avec ses machines simplement accompagné du très discret Mike Mare, son guitariste caché en arrière plan mais très doué pour donner une touche expérimentale au flow de son vieux camarade.
De sa voix profonde et grave, Dälek est là pour nous présenter quelques titres de son nouvel album à paraitre fin mars chez Ipecac Recordings, Brilliance Of A Falling Moon, qu’on imagine déjà faire partie des meilleurs albums du rappeur du New Jersey, tant I AM A MAN ou Knowledge/Understanding/Wisdom nous ont terrassé de plaisir.
Minimaliste mais généreux, le set de Dälek fut un grand moment, le bonhomme dégage vraiment quelque chose, qui ne peut laisser personne indifférent même les plus réfractaires au rap.

La fatigue commençait à se faire sentir mais heureusement on pouvait compter sur la fougue électronique de Volkan Ergen et Mathieu Laurent, le duo parisien se cachant derrière ce mystérieux Leroy Se Meurt. Le mélange punk et électro des ces survoltés finit d’achever les plus fougueux des festivaliers terrassés par tant d’énergie et de puissance.
Leur excellent album paru l’année dernière chez Mannequin Records, Hier Pour Toujours nous avait laissé penser que le duo était à découvrir sur scène, on en a eu la confirmation puissance 1000, idéale pour clôturer cette première journée !

07 mars 2026 – 2er Jour– La Nouvelle Vague
Comme la veille avec Dééfait, il ne fallait pas arriver en retard à La Nouvelle Vague. En effet, il aurait été fort dommage de rater l’excellent concert du duo belge Chaton Laveur venu ici présenter quelques morceaux de leur nouvel album, Labyrinthe, à sortir vendredi chez EXAG’ Records et qu’on vous conseille plus que fortement à l’écoute de de petits bijoux indie krautrock, comme Bonhomme De Neige, Brise, Brume ou Mirada.
Leur disque a été enregistré avec Vincent Hivert et Margaux Bouchaudon (En Attendant Ana) et comme les parisiens, le groupe de Liège dégage un côté éminemment sympathique sur scène, la complicité entre Julie et Pierre est évidente, se partageant les voix, l’une jonglant entre basse et guitare, l’autre assurant la rythmique.
Les morceaux accrochent l’oreille immédiatement, on tape du pied, on dodeline de la tête, on sourit bêtement, Chaton Laveur lance parfaitement cette deuxième soirée !

On poursuit dans le krautrock avec le duo néerlandais Spill Gold qui enchaîne avec leur musique étrangement dansante et une belle alchimie entre la blonde chanteuse Rosa Ronsdorf et la brune batteuse Nina De Jong qui aura vite fait de se débarrasser de ses pompes pour jouer de sa batterie en chaussettes vertes !
Leur prestation prend peu à peu de l’ampleur, alertant calme et tempête, soutenant le peuple palestinien avec l’excellent Waiting, projet à leur initiative pour soutenir Theatre Day Productions basée à Gaza. La Nouvelle Vague suit d’une seule voie alors qu’elle se remplit à vitesse grand V pour accueillir la grosse tête d’affiche du festival.

Une très grande partie du public était en effet présente pour accueillir le retour inattendu et oh combien espéré de Stereolab, de retour en pleine forme l’année dernière avec Instant Holograms On Metal Film après 15 ans d’absence.
Un superbe Aerial Troubles en ouverture confirme de suite que leurs nouveaux morceaux n’ont en aucun cas à pâlir devant leurs glorieux anciens, de Melodie Is A Wound en passant par un fabuleux If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 1 jusqu’à Electrified Teenybop ! en conclusion d’un concert particulièrement réussi.
Ils nous joueront même Immortal Hands en rappel avant de terminer définitivement sur un Cybele’s Reverie, car, oui, le gang de Laetitia Sadier et Tim Gane n’oubliera pas les vieux fans en jouant quelques classiques comme Peng! 33, Percolator ou Miss Modular.
La très grande classe de Laetitia Sadier, assurément très heureuse d’être là attire toute la lumière alors que Tim Gane, toujours aussi flegmatique triture sa guitare avec son talent habituel. Grand moment, grand concert !

C’était bientôt l’heure de conclure cette superbe édition Hiver et quoi de mieux que finir avec un peu ou beaucoup d’Humour !
La Nouvelle Vague s’était en effet bien vidée quand les furieux écossais d’Humour envahirent la scène avec une rage impressionnante, bien décidé à rappeler que La Route Du Rock,…et bien c’est du rock !
Ici, pas de synthés, pas de sample, mais des guitares fiévreuses, une basse maltraitée et une batterie du genre rouleau compresseur, sans oublié un chanteur braillard et peroxydé ! Humour ne fait pas dans la dentelle mais ce n’est pas ce qu’on leur demandait.
En effet, on prit bien du plaisir de s’achever sur leurs hymnes noise et post-punk issus de leur épatant Learning Greek sorti l’année dernière chez So Young Records. Jeunes, nous ne le sommes plus vraiment mais jusqu’au bout, nous bougeâmes tête et gambette histoire de finir en beauté !

Et voilà, la vingtième édition se termine dans le bruit et la fureur, fidèle à sa réputation de tête chercheuse, exigeante et éclectique, faite de jeunes pousses (Dééfait, Chaton Laveur) et de belle têtes d’affiche (Dälek, Stereolab).
On quitte la cité malouine sous le brouillard se promettant de revenir sous le soleil du mois d’Aout et profiter d’une future édition 34, qui a déjà fait fort en annonçant la présence de Fontaines D.C. !

Image bandeau : La Route du Rock par FOCzine


