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Lady Lamb, le miel et les abeilles

Ecrit par boultan

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Dans la famille des filles qui en ont (du talent), Lady Lamb alias Aly Spaltro n’a pas laissé sa part aux chiens. A 25 ans, c’est-à-dire l’âge qu’il faut généralement atteindre pour arrêter de se nourrir exclusivement de pizzas et de se prendre pour un écrivain de génie parce qu’on a écrit deux statuts rigolos sur Facebook, la jeune fille a pondu pas moins de huit disques, dont six auto-produits. D’abord baptisée Lady Lamb The Beekeeper avant de se lasser de l’apiculture, la demoiselle du Maine s’était déjà distinguée par l’ambition du songwriting de son précédent opus, témoin les impressionnants The Nothing Part II et Bird Balloons qui mixaient PJ Harvey, Jeff Buckley et Bob Dylan avec une sincérité et une modernité touchantes.

Avec ce second album, After, Aly lance à la face du monde son folk-rock dégingandé et inventif (dont elle joue à peu près tous les instruments) et ses joues encore adolescentes derrière lesquelles on devine un bourreau de travail armé de cinq poumons, d’une volonté de fer et d’un cœur encore chancelant. Le monde n’entendra pas ces histoires alambiquées portées par des structures savantes où chaque titre en vaut deux, ou trois, ou dix. Tant pis pour lui, il passera à côté de Vena Cava qui démarre l’album sur une bluette souriante vite souillée d’un trait de garage rock, symbole parfait de la dualité essentielle de ce petit bout de gonzesse tendue entre la douceur instinctive et la colère froide. Symbole de son courage aussi : il en faut pour démarrer Billions of Eyes et surtout Violet Clementine avec ces chœurs au bord de la dissonance qui réconcilient les vocalises les plus osées de Brian Wilson avec le storytelling folk américain traditionnel. Ou, sur Heretic, pour marier la rage d’un vieux Sonic Youth et l’éclat d’un refrain pop quasi-californien. S’ensuit Sunday Shoes, la ballade crève-cœur qui, en toute justice, devrait punaiser le poster d’Aly dans les chambrées de tous les garçons et les filles à l’ouïe fine. L’énergique et cuivré Spat Out Spit et le faussement poppy Penny Licks (poppy comme pouvaient l’être certains titres des Boo Radleys, entendons-nous bien) constituent peut-être les deux meilleures chances du disque de se faire entendre du plus grand nombre.

L’album poursuit avec la même folle densité d’où émergent l’énervé Dear Arkansas Daughter, le nostalgique Milk Duds, Batter (qui invente une sorte de techno-folk-punk dont l’évidence surprend) et enfin Atlas qui fête les noces d’Arcade Fire et de Joan Baez et laisse l’auditeur un peu sonné, à la fois repu et impatient de replonger dans cet écheveau passionnant.

(sortie le 19 juin 2015)

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