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Encore une victoire de canard

Ecrit par boultan

lana

Après un premier album plutôt bon mais trop malin et surtout bombardé en heavy rotation sur toutes les radios du monde jusqu’à l’écoeurement, peu de gens attendaient encore quoi que ce soit de Lana Del Rey – a fortiori ceux qui l’ont entendue « chanter » en concert ou l’ont vue se rétamer méchamment au Saturday Night Live ou au Grand Journal. Dissipons donc tout de suite un malentendu : Lana chante souvent comme une savate. Peu importe : sur disque, au bout de 37 prises et aidée par une production cinq étoiles, elle chante divinement bien.

Sur Ultraviolence, elle se démultiplie tant qu’on songe vite aux sirènes homériques – mais des sirènes qui se seraient échouées au bord de la piscine de Chateau-Marmont, à la fin de l’été, quand la chaleur devient trop lourde et que les nuages s’amoncellent au lointain, menaçant la morne langueur des clapotis de l’eau et du vent dans les cèdres. La New-Yorkaise distille en effet sur ce disque une atmosphère immanquablement sud-californienne, cette fin du monde criarde et glauque où la peinture des clubs s’écaille plus vite que le vernis à ongle des wannabes. Héroine elroyenne par excellence, Lana campe une Elizabeth Short qui aurait réussi, par chance ou par talent, à tomber sur les bons catalyseurs (« I fucked my way up to the top » – ne pas sous-estimer l’humour de la donzelle sous ses faux airs de camée stoïque) tout en s’inventant des baby et des boyfriend à tire-larigot, le regard perdu au loin. Parce qu’Ultraviolence, dont le titre éponyme est susurré avec une ultradouceur vénéneuse, constitue d’abord une collection de grandes chansons, à la construction parfois osée (le refrain cotonneux de West Coast, les vocalises vertigineuses de Shades of Cool, le slow déséspéré de Pretty When You Cry, le hip-hop chammallow de Florida Kilos).

Et même si Lana Del Rey n’était qu’un concept échappé du casting d’un Mad Men angelinos ou d’une photo déteinte de Slim Aarons, Ultraviolence est plus qu’un concept-album : un monument de rock sous Valium et de swing mou, imaginatif et blasé, qui sirote un cocktail rose et bleu sous les regards philistins d’une foule narquoise en écoutant les Crystals, Lou Reed et Mazzy Star.

Alors tu penses bien qu’elle s’en tape le coquillard de mon titre à la noix, hein.

 

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