BD

Hanouna Président ?

Morgan Navarro avait frappé fort avec Stop work. Cette fois, en faisant équipe avec Philippe Moreau-Chevrolet, communicant devenu scénariste pour l’occasion, il frappe encore plus fort.

Voici donc Le Président (Arènes BD), fable politique où les médias ont un tel droit de cité que l’un de leurs emblématiques ambassadeurs finit par se lancer dans la course à l’élection présidentielle. J’ai nommé Cyril Hanouna. Efficace, drôle et tout à fait dans l’air du temps, la bande-dessinée se dévore d’un trait.

Les auteurs sont partis du constat suivant : Trump, richissime promoteur immobilier et animateur de téléréalité, ne s’est embarrassé d’aucun artifice pour devenir président des Etats-Unis. En Italie, le succès du mouvement 5 étoiles n’est autre que l’œuvre d’un humoriste, Beppe Grillo. Bref, comme dirait l’autre, sur un malentendu, tout peut arriver…

Pour commencer, nous voici installés dans le bureau de Bolloré, patron super puissant qui convoque le jeune Julien, brillant communicant politique en devenir. A l’instar d’un collègue fraîchement émoulu de Sciences Pô, il s’attendait à être propulsé dans les coulisses de Bercy ou du pouvoir macroniste. Mais la mission qui l’attend a de quoi le déconcerter : il s’agit de travailler l’image de Hanouna.

Le Président

Le Président

Savoureuse, la bande-dessinée nous fait vivre au rythme de la vie et des coulisses des émissions du clownesque mais très populaire animateur télé de C8. On y retrouve les visages connus de Delormeau, Castaldi et consorts, qui s’efforcent de faire bonne figure pour rire à gorge déployée aux blagues potaches et parfois cruelles de leur patron de scène. Entre deux jets de chocolats en plateau et une course de mini-scooters électriques, ça balance à tout va.

Jusqu’au jour où Emmanuel Macron, en perte de vitesse dans les sondages, s’invite dans l’émission. Mais Hanouna fait tant et si bien le show qu’il finit par éclipser son prestigieux invité.

Tandis que l’un semble déconnecté de la réalité et s’appuie sur des éléments de langage convenus, l’autre se réclame de la France d’en bas et s’amuse à donner la parole aux gens qu’il aime et veut défendre, de Claire l’enseignante à Julie la soignante. « Un président ne doit pas avoir peur de son peuple », insiste-t-il, conseillé par Julien qui l’encourage à l’emporter contre l’inévitable Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.

Le retour de Borloo et de son programme social, dont Macron n’a pas voulu, ainsi que les commentaires désabusés des journalistes, dont Hanouna ne veut plus entendre parler parce qu’aucun d’entre eux ne le prend au sérieux… rythment l’inventif scénario de la BD.

Est-ce à dire que, dans nos démocraties médiatiques, où les programmes politiques se font et se défont sur les réseaux sociaux, tout est désormais possible ? Et d’ailleurs, qu’en pense le principal intéressé, dont le visage figure tout de même en bonne place dans la plupart des 152 pages que compte l’ouvrage ?!

Car au-delà d’une plongée dans la mécanique des communicants en politique et de la folie des médias, peut-être n’avons-nous jamais été aussi proches d’une distorsion des repères en matière d’élection et de représentation des idées… De ce point de vue, sans pour autant nous prendre la tête, Le Président a au moins le mérite d’aborder le sujet !


 

Le Président de Morgan Navarro et Philippe Moreau-Chevrolet

 

Les Arènes, décembre 2020

 

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Le Président


Image bandeau : Extraits de la couverture de la BD (source : Les Arènes)

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