Littérature Etrangère

Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese

Il suffit de pas grand chose pour faire un bon livre une œuvre exceptionnelle, le lecteur se sentant comme emporté par le souffle romanesque de celui-ci et habité par le propos. Les étoiles s’éteignent à l’aube est d’une simplicité surprenante, Richard Wagamese est un alchimiste des mots qui réussit à trouver un juste équilibre entre la tonalité épique, la poésie grâce à ce lyrisme consacré à la forêt et aux grands espaces et les portraits profondément humains des protagonistes tous ambivalents.

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Eldon est sur le point de pousser son dernier souffle. Gravement malade, les excès de la boisson n’ont pas épargné son foie et sa santé, ses jours sont comptés. Il est comme pris de panique et souhaiterait une dernière chose avant de quitter le bas monde, il voudrait mourir la haut dans la montagne et qu’on l’enterre comme un véritable guerrier. Cette dernière volonté Eldon la demande à son fils Franklin. Du haut de ses seize ans, Franklin est parfaitement capable de le faire. Seulement voilà, ce dernier le veut-il seulement ? Lui qui a été abandonné par son père et qui a grandit auprès d’un vieux monsieur qui lui a tout à appris des rudiments de survie dans la forêt, capable même de se dresser devant un jeune grizzli inexpérimenté mais incontrôlable. Franklin hésite, il est partagé par deux sentiments contradictoires, la colère, la rancœur et inversement la pitié mêlée à la curiosité d’en apprendre le plus possible sur son père qui lui doit des explications…

La route se fait finalement. La progression se fait laborieuse, cahin-caha, il faut faire des pauses pour soulager le père malade pris de fièvre et de tremblement dû au manque d’alcool. Le récit de ce voyage est entrecroisé de Flash-back, des tranches de vie d’Eldon. On découvre alors un homme brisé, peu épargné par la vie qui a sans doute fait de mauvais choix, pris des décisions qu’il n’aurait pas du, l’esprit grisé par l’alcool, des coups de tête décidés dans la panique.

C’est un livre passionnant à tout point de vue. La nature est LE personnage principal à part entière, Richard Wagamese nous emporte dans de longues descriptions d’une nature foisonnante, luxuriante, parfois hostile mais si accueillante pour celui qui sait l’écouter. Il est question aussi du métissage, nos deux hommes ont des origines indiennes, et on sent que Franklin a pris pleine possession de son pedigree, comme s’il était pris d’un mysticisme fondé sur les forces naturelles telluriques. Il sait ce qu’il peut prendre au sein de ce que propose la nature et rien de plus afin de garder son respect. Tout sonne juste dans ce roman, les dialogues sont secs, abrupts sans sombrer dans les clichés et le pathos et chaque personnage délivre sa part d’ombre au fur et à mesure d’une confiance, une complicité oubliée qui s’installe même si le temps presse et qu’il faut tout se dire sans tarder mais sans hâter non plus au risque de brusquer cette connivence, pour peut être espérer un pardon ou du moins une oreille bienveillante et connaître le repos.

Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese éditions ZOE, traduit de l’anglais par Christine Raguet.

 

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