Dans la chambre des Sefshkenazes

Le journal de bord of the Sefshkenazes / Day 12

Ecrit par Abz Zuckerman

DAY 12
Jennifer

Avachie de toute ma masse sur le canapé du salon, j’étais pas loin du nervous break-down. Je ne me fais pas à ma nouvelle coupe de cheveux, mais il n’y a pas que ça. Il y a cette chaleur écrasante, et puis les gens ne vont pas bien ici. Abz a pleuré quand elle a appris pour l’attentat de Nice. Sa famille habite juste derrière l’endroit où tout à commencé. J’ai l’impression que nous autres, américains, c’est comme si on avait une saison d’avance dans la série attentat, guerre contre le terrorisme et je vois les français prendre le même chemin que nous. La tristesse, et puis la colère, le besoin de rendre coup pour coup. Et je ne suis pas sûre que nous ayons pris le bon chemin. Bientôt, ils vont peut être avoir leur Donald Trump aussi. David dit que certains hommes politiques ici sont des Mickey de toutes façons. J’étais sur le canapé et je n’avais aucune envie de bouger.
Abz et Brandon étaient partis faire les soldes. En fait, Abz achète des vêtements et des chaussures et Brandon les porte, parce qu’elle a mal au dos. Et puis David est apparu dans le salon et il s’est écrié « Tu n’as pas vu mon ukulélé ? » Il avait l’air complètement paniqué. »Non, j’ai dit , pourquoi ? ». Il a regardé sous le canapé et il a gémi : « mais parce que je joue D’autres vies que la mienne dans dix minutes et que j’en ai besoin, Jen ! »
« Ho mais je vais t’aider à le chercher David », j’ai dit et je me suis levée du canapé et paf, le ukulélé était là, David a ouvert des yeux outragés alors que bon, c’est quand même moi qui l’ai retrouvé, son uku.

Il a couru vers la porte avec son ukulélé dans les bras et soudain il s’est retourné :  » Jen, tu ne vas pas encore passer l’après midi ici, viens voir mon spectacle « 

  • Je ne supporte pas les nazis, David , j’ai dit. Je les trouve trop méchants.
  • Mais c’est l’autre spectacle, celui sur le cancer, là
  • Je n’aime pas trop le cancer non plus.
  • Bouge toi, Jen. Ça te changera les idées.

Et il m’a pris par la main et en moins de deux, j’étais assise dans une petite salle de spectacle bondée et puis David est apparu. Il a commencé à parler de rupture, de rupture à venir, et puis il y a eu un tsunami et une petite fille est morte. Les parents étaient effondrés et je dois dire que moi aussi, et la dame assise à côté de moi à commencé à pleurer et je lui ai tendu un kleenex,. Ensuite, la jeune femme que David allait quitter apprenait que sa soeur allait mourir, je me suis dit non ce n’est pas possible mais si. Elle mourait. Pas de Michael Landon ange gardien, personne pour la sauver. Trois petites orphelines, une famille effondrée. J’ai demandé à ma voisine de me rendre mon kleenex parce que je n’en avais plus. Il y a des gens qui meurent tous les jours, des enfants, des parents, je sais bien, mais je n’arrive pas à m’y faire. Le Dr Zuckerboul m’a souvent dit que c’est le problème majeur des gens anxieux, cette conscience aiguë que la mort n’est pas qu’une vue de l’esprit, qu’elle est réelle, possible. Ça m’angoisse encore plus de savoir que c’est la mort qui m’angoisse.

Ensuite, David s’est mis à boiter et à raconter comment il sauvait des gens qui ont fait trop de crédits mais c’est la faute des organismes de crédits et on peut les aider. Il racontait tout ça parce que la sœur morte, elle avait sauvé des gens des organismes de crédits, en tant que boiteuse, elle aussi. Comme quoi, comme dit toujours tata Miranda, c’est toujours les meilleurs qui partent les premiers. Alors là, moi, j’étais suffoquée parce que David, il boitait tellement bien que j’ai cru qu’il avait vraiment eu un cancer des os. Et il a raconté comment tout ça était arrivé et comment il a chanté du Gilbert Montagné au ukulélé juste avant qu’on lui coupe la jambe et j’ai emprunté la jupe de ma voisine pour essuyer mes larmes, parce que c’était insoutenable. Il y avait quand même une bonne nouvelle dans tout ce chaos, c’est que le David du début, qui allait rompre avec sa chérie, il ne rompait plus du tout et ils s’aimaient plus que jamais et encore mieux qu’avant tellement ils avaient compris que ça suffit les conneries : on va tous mourir et peut être plus tôt qu’on croit alors il faut aimer. Il y avait des mots qui s’affichaient sur la scène et à chaque fois je me disais que ce ne pouvait être que ces mots là qu’on devait retenir. Bref, le monsieur qui avait perdu sa femme, celle qui sauvait les gens des organismes de crédit, aussi, il était très malheureux mais le souvenir de sa femme et ses trois enfants le faisaient tenir bon et il parlait à sa petite fille à la fin et moi je pleurais toutes les larmes de mon corps et j’allais encore plus mal que quand j’étais entrée dans le théâtre, et puis tout le monde a applaudi, et nous sommes sortis et j’ai attendu David à la sortie mais tout le monde voulait le voir et lui disait « Ho mon dieu j’ai adoré, c’est bouleversant, vraiment, vous êtes un grand comédien, et c’est une magnifique leçon d’espoir, Mr Nathanson. » Et là, j’ai vu Louis Durefrance qui venait lui serrer la main et je me suis cachée sous une table et puis David m’a rejoint et il m’a demandé si ça m’avait plu.

baleine

  • Cette histoire est terrific, Dave, vraiment terrific.
  • Ça veut dire que tu n’as pas aimé ?
  • Je trouve que ça devrait finir mieux, je pense par exemple que ça aurait été une bonne idée que la petite fille du début soit retrouvée, sauvée par une baleine ou quelque chose comme ça. Les gens ont besoin de croire aux miracles David.
  • On ne doit pas compter sur le miracle.
  • Qui a dit ça ?
  • Le Talmud.

On a vu arriver Abz, précédée de mille paquets derrière lesquels il y avait Brandon. Et ça m’a fait rire. David avait l’air fatigué et il a dit :  » N’empêche que le coup de la baleine, c’est une super idée, Jen. Et c’est ça le miracle, peut être, les idées. « 

Et on est partis tous les quatre à la pizzeria.

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