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Life on Mars : bien au-delà du « vintage », une série atmosphérique…

Ecrit par Velda
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DC Chris Skelton, DCI Gene Hunt, DI Sam Tyler, DS Ray Carling et WPC/DC Annie Cartwright (www.radiotimes.com)

Diffusée par la BBC en 2006 et 2007, la série anglaise Life on mars (16 épisodes) a été programmée à plusieurs reprises  en France sur diverses chaînes du satellite et du câble. Elle est disponible en version française (Koba Films) sous la forme d’un coffret reprenant l’intégralité de la série en 6 DVD.

Le pitch : Nous sommes en 2006, à Manchester. Au cours d’une opération de police, l’inspecteur Sam Tyler (interprété par John Simms le magnifique) est heurté par une voiture… et se réveille en 1973. Où il reprend ses activités sous les ordres de l’homérique Inspecteur chef Gene Hunt (incarné par Philip Glenister). Sam Tyler version 2006 : élégant, technophile, policé, soucieux d’éthique. Gene Hunt version 1973 : cheveux longs, pattes d’éph, super macho, peu regardant sur les méthodes, franchement alcoolo. Le choc des cultures, quoi. Comment Tyler l’intello va-t-il bien pouvoir se plier aux injonctions d’un Gene Hunt à qui le coup de poing ne fait pas peur, qui utilise souvent les services et les informations de franches crapules sans que ça lui pose le moindre problème? Comment Tyler va-t-il faire pour renoncer à ses fringues chic et hype, à ses soirées dans les bars chics d’une ville qui s’est totalement transformée en 30 ans, comment va-t-il s’acclimater aux pubs, à la grosse pinte qui tache, aux beuveries et à la grosse rigolade de la bande du commissariat de 1973 ?

C’est là que la série est particulièrement habile : au Royaume Uni, beaucoup plus qu’ici, la musique fait partie intégrante de la culture populaire. Dans les années 70, en France, seule une frange de la population branchée écoutait Life on mars, de David Bowie. Au Royaume Uni, cette musique-là fait partie de la vie quotidienne de l’ensemble de la population. D’où l’importance de la bande son, qu’on peut d’ailleurs retrouver sur un CD. Si au début on a tendance à s’identifier au trouble et à la révolte de Sam Tyler face aux pratiques de la police de l’époque, petit à petit on se laisse prendre à l’humanité incroyable qui se dégage de cette équipe de flics d’un autre âge. Et la musique y est pour beaucoup : Blue Oyster Cult, David Bowie, Thin Lizzy, Lou Reed, Hawkwind (ahhh…), Roxy Music, les Stones… KO debout !

life on mars

Le gros de la dramaturgie réside d’une part dans l’opposition de plus en plus ambigüe Tyler / Hunt. Au fil des épisodes, l’hostilité se fait moins violente, la communication commence à s’opérer sur un mode empirique, et on voit se diluer devant nous cette différence qu’on croyait irréversible entre deux hommes et deux époques. D’autre part, chaque épisode offre une intrigue sans pitié, souvent violente, avec des personnages de crapules hauts en couleurs, un traitement nerveux, surprenant, jamais manichéen. Et puis il y a l’ambiance : le Manchester des années 70, les bas-quartiers, les « tronches »… les voitures de l’époque (ah! la Ford Cortina!). On n’est pas dans une série en costumes : on est totalement immergé dans l’atmosphère, loin des reconstitutions laborieuses et du goût superficiel pour le « vintage ». Enfin, l’humour joue un rôle décisif : certaines répliques de Gene Hunt sont devenues cultes…

Suspect: I want a lawyer.
Hunt: I want to hump Britt Ekland, what are we gonna do?
Le suspect : Je veux un avocat
Hunt : Je veux sauter Britt Ekland. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

Hunt : Take that seat belt off! You’re a police officer, not a bloody vicar.
Hunt : Enlève-moi cette ceinture de sécurité. T’es un flic, pas un curé.

Tout ça prononcé avec un accent à couper au couteau par un type massif, aux cheveux longs, en manteau genre poil de chameau, mocassins et chaussettes blanches, politiquement très incorrect. On a une pensée émue pour les traducteurs des dialogues qui ont dû s’arracher les cheveux… Si vous êtes amateur et anglophone, vous pouvez d’ailleurs suivre Gene Hunt sur Twitter, où il sévit sous le nom de @GeneHunt. Pas toujours de bon goût, âmes sensibles s’abstenir.

Et non, je n’oublierai pas de vous parler des scènes récurrentes qui hantent chaque épisode : celles où Sam Tyler, installé dans une sorte de gourbi digne d’un cauchemar à la David Lynch, où il dort dans un lit pliant particulièrement effrayant, perçoit sur son écran de télé « vintage » d’étranges scènes oniriques et angoissantes… Saurez-vous à la fin ce qui l’a ramené 30 ans en arrière ? Vous ne croyez quand même pas que je vais vous le dire.

Les premières scènes : avant l’accident, après l’accident

A noter, l’existence d’une « sequel » à la série, qui, sous le titre de Ashes to Ashes (Bowie, encore), poursuit l’aventure dans les années 80 avec un changement de héros. Sam Tyler / John Simm disparaît de la scène pour laisser la place à une femme flic, Alex Drake, incarnée par Keeley Hawes. Alex Drake est abattue pendant une rixe en 2008, et se retrouve en 1981. Cette série connaîtra trois saisons, à la fin desquelles nous aurons droit à une explication quelque peu métaphysique, et pas franchement convaincante sur ces phénomènes de glissement dans le temps. Se laisse regarder avec plaisir, sans plus, l’absence de John Simm étant éminemment regrettable.
Enfin, une adaptation américaine, plutôt lourde et calamiteuse malgré la présence de Harvey Keitel, a été réalisée en 2008.

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