Il suffit parfois de quelques pages pour ouvrir des mondes immenses. Les albums jeunesse ont cette capacité rare de mêler le jeu et le fond et de faire rire tout en posant des questions profondes, souvent sans en avoir l’air. Avec ces quatre titres de l’incontournable éditeur L’école des loisirs, les enfants découvrent tout un panel d’émotions, de la peur à la joie, en passant par la surprise et la colère. Un apprentissage nécessaire pour leur construction.
Dans le ventre de Cornebidouille de Pierre Bertrand et Magali Bonniol – L’Ecole des Loisirs – 2026

Dans les histoires de Cornebidouille, l’intrigue démarre toujours avec Pierre qui refuse de manger sa soupe. Ses parents s’agacent bien que, pour une fois, Pierre accepte de faire un effort en goûtant une minuscule portion de la soupe. Mais voilà que la sorcière Cornebidouille sort de la soupière sous la forme d’un crapaud.
Encore une fois, Pierre va se retrouver avalé par Cornebidouille. Mais les jeunes lecteurs n’auront pas peur car, d’une part, la vie dans le ventre de la sorcière n’est pas si effrayante et, surtout, car tout finira bien pour Pierre qui parviendra à s’extraire de cette virée chaotique.
Mangera-t-il sa soupe pour autant ? A vous de le découvrir, mais ce nouveau tome est fidèle à l’esprit des autres livres de la série, jouant avec les peurs et les interdits, notamment avec les insultes proférées par Cornebidouille (« fesse de hareng », « tronche de spaghetti ») qui séduisent toujours les enfants. Jouer avec les limites est en effet l’un des ingrédients du succès de la série de Pierre Bertrand et Magali Bonniol.
Les chiens pirates et la course au trésor de Clémentine Mélois et Rudy Spiessert – L’Ecole des Loisirs – 2026
Avec Les chiens pirates et la course au trésor, Clémentine Mélois et Rudy Spiessert embarquent les jeunes lecteurs dans une aventure débridée, pleine d’énergie et de rebondissements. Ici, tout va vite, et c’est pour cette raison que le livre sera conseillé à des enfants plus grands, à partir de 5 ou 6 ans. Les personnages courent, s’agitent et rivalisent d’ingéniosité pour atteindre le graal, la découverte d’un trésor.
Au-delà de la quête, c’est surtout l’esprit d’équipe qui s’impose. Les rivalités, alliances et coups de théâtre rythment le récit. Et derrière l’humour omniprésent se glisse une réflexion sur la coopération. Comment peut-on faire ensemble malgré les différences et, parfois, les rivalités ?
Le ton est léger et les situations souvent absurdes, mais l’ensemble fonctionne parfaitement. On se laisse emporter, on rit beaucoup et, sans même s’en rendre compte, on retient que l’aventure est souvent plus importante que la récompense.

Il était une fois dans les bois de Anthony Browne – L’Ecole des Loisirs – 2026

Avec Il était une fois dans les bois, Anthony Browne nous livre une magnifique histoire rendant accessibles, l’air de rien, des sujets éminemment complexes. Reprenant les codes élémentaires du conte, ce sont trois garçons qui se promènent dans les bois (sans leurs parents, évidemment).
Et lorsqu’ils trouvent une chaumière isolée, ils ont envie d’ennuyer son occupante, qu’ils considèrent immédiatement comme une sorcière. A partir de là, la bande va être confrontée à de multiples péripéties. Comment peut-on s’extraire d’un groupe lorsqu’on n’est plus en accord avec ses valeurs ? Comment affronter ses peurs ? Et surtout, peut-on changer d’avis et accorder son pardon ?
Car celle qui était considérée comme une sorcière a peut-être la capacité d’apporter quelque chose de précieux à l’un des petits garçons. Amitié et résilience, dans l’univers graphique (comme toujours) torturé mais accessible d’Anthony Browne, tel est le programme de cette nouvelle réussite.
Il paraît que de Olivier Tallec – L’Ecole des Loisirs – 2026
Avec Il paraît que, Olivier Tallec s’attaque à un autre terrain, plus diffus mais tout aussi déterminant, en l’occurrence celui des rumeurs, des “on-dit” et de ces phrases que l’on intègre sans les questionner. À travers une narration malicieuse, il montre comment une idée peut naître, se transformer et enfler, jusqu’à devenir une vérité acceptée.
La question centrale, ici, est la suivante : un arbre va-t-il pousser à l’intérieur de mon corps si j’ai avalé un pépin de pomme ? C’est en tout cas ce qu’a dit Günther.
Le récit joue sur l’accumulation et la déformation progressive. Ce qui était anodin devient inquiétant. Ce qui était flou devient affirmé. Et le lecteur, lui, comprend peu à peu le mécanisme. Il apprend à douter et à prendre du recul.
C’est en ce sens un album précieux puisqu’il ne donne pas de leçon frontale mais invite à réfléchir et à ne pas croire tout ce que l’on entend. À construire son propre regard. Dans un monde saturé d’informations, c’est loin d’être anecdotique. Une initiation au fact-checking, à hauteur d’enfant.



