Lorsque le grand public pense au festival de Cannes, il imagine le tapis rouge, des films sur grand écran et une liste de stars du cinéma longue comme le bras. Mais quand les amateurs de jeux de société pensent à Cannes, c’est plutôt le Festival International des Jeux qui a leur préférence. Celui-ci s’est déroulé du 27 février au 1er mars et a permis à des milliers d’amateurs de découvrir des jeux, mais aussi de rencontrer les éditeurs et créateurs de jeux. Et parmi eux, deux titres qui ont particulièrement retenu notre attention.
Trait Cool, le premier d’entre eux, est la localisation française par l’excellent éditeur Bankiiz du jeu Krakel-Orakel, nommé au Spiel des Jahres 2025, le graal ludique. Si l’on a parfois tendance à se méfier d’un produit qui clame trop ouvertement ses qualités, ce n’est pas le cas de celui-ci. Trait Cool est effectivement très cool. Sorte de croisement entre Esquissé et Fiesta de los muertos, il s’agit d’un jeu coopératif dans lequel il faudra habilement dessiner et déduire.
Le matériel est simple et le jeu s’appréhende presque immédiatement. Chaque joueur se munit d’un stylo effaçable et d’une ardoise, pioche une carte, et c’est parti. Pendant deux minutes, chacun va simultanément devoir dessiner sur son ardoise le mot présent sur sa carte (un cheval, par exemple). Sauf que, ce serait trop facile, et sans doute dénué d’intérêt, sans un petit twist.

Chaque ardoise est différente et comporte des traits en pointillés pré-dessinés. Pour dessiner son cheval, le joueur devra exclusivement passer par ces pointillés. Et évidemment, ceux-ci suivent des directions anarchiques. A l’issue des deux minutes, chaque joueur place son ardoise au centre, et les cartes sont rassemblées. On rajoute autant de cartes que de joueurs (si on joue à 4, on rajoute donc 4 cartes qui n’ont pas fait l’objet d’un dessin, ce qui fait donc 8 cartes en tout) et, à tour de rôle, chacun en élimine une. L’idée, c’est que lorsque chacun a retiré une carte dans cette phase de déduction, il ne reste plus que celles d’origine (notamment le cheval).
Jouable de 2 à 8 joueurs, Trait Cool se dispute en un maximum de 4 manches et prend fin dès qu’il y a plus d’erreurs que de joueurs. Pour une partie à 4 joueurs, la 5ème erreur sera donc éliminatoire. Si, au bout des 4 manches, cette condition de défaite n’est pas remplie, les joueurs peuvent célébrer leur victoire. Mais pas très longtemps, on vous le promet car, après avoir blâmé Roger et Brigitte dont les dessins étaient approximatifs, vous aurez envie de relancer une partie. Assurément.
Pour sa part, Restart rappellera quelques souvenirs aux amateurs de Rummikub. Mais pas seulement. Car si son matériel, avec des tuiles similaires, y fait nécessairement écho, la mécanique de ce jeu signé Younsu Hwang est plus proche d’un 6 qui prend. Dans Restart, chaque joueur possède un petit paravent qui lui permet de cacher son jeu. Au sens propre, d’abord.
Au sens figuré, ensuite. Car la mécanique principale de Restart consiste à bloquer ses adversaires. Et pour ce faire, il ne faut absolument pas qu’ils puissent deviner ce que l’on possède. Il existe des tuiles de cinq couleurs dont la valeur va de 1 à 16. Pour commencer, ceux qui ont reçu les tuiles de valeur 1 les posent au milieu de la table. Et c’est parti. A son tour de jeu, il va falloir poser une tuile (ou plusieurs, si l’on a une série de la même couleur et de valeurs consécutives) pour réaliser une suite croissante pour chaque couleur.
L’idée, c’est de se débarrasser d’un maximum de tuiles car les joueurs marquent des points en fonction de celles qui leur restent en main en fin de manche. Si l’un termine avec un 2 rouge, un 8 rouge, un 4 bleu et un 12 bleu, il marquera 26 points (2+8+4+12). Comme à La dame de pique, lorsqu’un joueur atteint 100 points, c’est celui qui a le score le plus faible qui remporte la partie.

Cela amène donc à prendre des risques. Si un joueur peut jouer, dans la famille rouge, le 2 et le 15, il sera peut-être amené à jouer directement son 15. Certes, le fait de ne pas s’être débarrassé de son 2 lui coûtera autant de points, mais il s’offre la possibilité de pénaliser lourdement ses adversaires qui possédaient les tuiles situées entre 3 et 14.
Ajoutez à cela des petits jokers qui permettent de défausser la dernière tuile ou de recommencer la ligne, et vous obtenez un jeu dynamique. A privilégier le dimanche après-midi, certes, mais pour des moments tout de même plus animés que les parties de Rummikub du début du siècle.
Trait Cool et Restart n’ont pas beaucoup de points communs, si ce n’est qu’ils permettent de fédérer joueurs avertis et occasionnels. Et finalement, n’est-ce pas ce que l’on attend d’un jeu amené à durer ? On leur souhaite la même longévité que le Rummikub…




