Chronique Musique

L’ode à la vie selon Feist

Envolés les tendres airs acidulés, les 1 2 3 4  technicolor ou Mushaboom sucré. Après s’être glissée sur les chemins de la pop et de la folk, Leslie Feist revient à ses premières amours, sauvages. Il y a 25 ans, la canadienne commençait en effet la musique au sein du groupe punk Placebo (pas celui de Molko et Olsdal.) Après une voix cassée, un premier album solo et quelques collaborations (avec Kings of Convenience notamment), elle sort en 2004 Let It Die. A partir de là, elle s’aventura plutôt vers la douceur.

Treize années plus tard, Pleasure vient explorer des sons qui jusque-là nous étaient inconnus, avec toujours cette voix feutrée et sublime. Si Laura Marling et PJ Harvey avaient fusionné pour écrire un album, le résultat n’aurait sans doute pas été loin du petit chef-d’œuvre concocté par Feist. Entre caresses acoustiques et gifles électriques, le grunge prend ici une nouvelle forme: intime et féminin.

Dans ce disque, pas de faux-semblants. Il y a du bruit derrière, des âmes. Rien d’aseptisé. C’est vivant : des craquements, des claquements de porte, des chœurs, des voix dédoublées, des gens… Un grésillement permanent. Les paroles qui racontent la vie, aussi.

« Get what I want  /And still it’s a mysterious thing that I want /So when I get it /I make sense of a mysterious thing »

Entrée en matière avec Pleasure qui crescendo, monte Monte MONTE. Le refrain répète deux fois cette phrase a capella It’s my pleasure, and your pleasure , et la guitare s’emballe dans une tempête bluesy. Un souffle tout doux reprend le dessus puis le refrain ré-explose. Enfin, 8 « pleasure«  scandés pour introduire le second morceau, I Wish I Didn’t Miss You, sublime ballade folk dépouillée sur l’après rupture: 

« I felt come certainty that you must have died
Because how could I live if you’re still alive?
I wish I didn’t miss you »

La rêve dans Lost Dreams:

« Every night you go to sleep
Lost Dreams
A chance to have another dream
Lost Dreams »

L’amour dans Any Party:

« You know I’d leave any party for you cause no party’s so sweet as a party of two »

La destinée (ou le temps qui passe) dans Century qui pourrait être le plus beau duo de l’année, avec Jarvis Cocker, et auquel l’on ne s’attend pas.  3’49 de montée blues en puissance puis plus rien. Un synthé et un effleurement de guitare viennent reprendre le thème sur lequel la voix masculine, grave, prend le relais pour réciter comme un poème ces vers: 

« A century, how long is that?
Three billion, one hundred and fifty five million
Nine hundred and seventy three thousand, six hundred seconds
Eight hundred and seventy six million hours
Or thirty six thousand, five hundred days
Almost as long as one of those endless dark nights of the soul
Those nights that never end
When you believe you’ll never see the sun rise again
When a single second feels like a century »

Feist le rejoint sur le dernier mot, century, puis s’envole, puis crie. C’est puissant, ça remue. C’est magnifique. Et cette fois ça s’arrête net. A 5’53.

Après l’accalmie provoquée par la berceuse Baby be Simple, on replonge avec I’m Not Running Away, splendide blues qui électrise. Il n’y a pas grand chose à dire, juste écouter la voix et la guitare qui se répondent à la perfection et vous emportent très loin.

C’est l’orgue de Young Up qui vient achever le plus bel album de la canadienne avec religiosité. 

Pleasure est disponible depuis le 28 Avril 2017 chez Polydor.

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