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Quand tu écouteras cette chanson, le livre de Lola Lafon à lire et garder près du cœur, aux éditions Stock

Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon dans la collection Ma nuit au musée aux éditions Stock m’a bouleversée et émue, comme peu de livres parviennent à la faire.
J’y retourne encore, je relis des phrases, des chapitres au hasard, j’ai beaucoup de mal à le quitter.
Lola Lafon passe une nuit au Musée Anne Frank, dans l’Annexe : environ 40m² qui ont abrité 8 personnes pendant 25 mois.

“Anne Frank, que le monde connaît tant qu’il n’en sait pas grand-chose.”Lola lafon

Écrire ce récit est une évidence pour Lola Lafon, Anne Frank s’impose à son esprit sans aucun préalable, sans préméditation, sans l’annoncer. Elle surgit.
Si tout le monde a un avis sur Anne Frank, s’il y a presque autant d’Anne Frank que de lecteurs de son Journal, Lola Lafon part vers ce rendez-vous avec le passé, munie davantage de questionnements que de certitudes.

“Je suis venue en éprouver l’espace car on ne peut éprouver le temps. On ne peut pas se représenter la lourdeur des heures, l’épaisseur des semaines. Comment imaginer vingt-cinq mois de vie cachés à huit dans ces pièces exiguës ?”Lola lafon

L’écriture de Lola Lafon, tout en retenue, en délicatesse, comme si l’autrice avait redouté un geste brusque, déploie des phrases et des chapitres courts, tels les petits pas silencieux qu’elle devait faire à l’intérieur de l’Annexe, durant cette nuit d’août 2021.
En tant que lecteurs nous y sommes presque, attachés au rythme de son phrasé, de ses questionnements, d’une pudeur permanente.
La mémoire s’impose à soi alors même qu’on aura tout fait pour l’éviter.
A travers la vie et la mort d’Anne Frank et des siens, la mémoire intime, familiale, de Lola Lafon refait surface.

“Dans ces familles, on conjuguera tout au ‘plus jamais’: il y a ces pays où plus jamais on ne reviendra – la Pologne, la Russie – des terres de persécution. Il y a les langues que plus jamais on ne parlera. Elles ne connaissent que les extrêmes, ces familles. L’exil ou la mort. Naître après, c’est vivre en dette perpétuelle. Chaque enfant sera un miracle. Il aura le devoir d’être sur-vivant.”Lola Lafon

Difficile d’imaginer ce que cela a coûté à l’autrice d’ausculter la mémoire familiale, sa mémoire superposée à la mémoire historique du continent. J’espère qu’une fois ce récit terminé, elle se sera sentie un peu plus légère.
Quand tu écouteras cette chanson, un récit d’une douceur infinie qui nous raconte l’impensable déjà matérialisé plus d’une fois.
Un texte à garder précieusement pour relecture encore et encore. A offrir autant que possible.
Pour Anne Frank à qui Lola Lafon restitue son corps, sa personnalité d’adolescente “pénible et adorable à la fois”, ses rêves, sa ténacité et ses angoisses. Et aussi pour le récit du traumatisme qui traverse les générations, tapi dans l’ombre et attendant le moment propice pour se manifester.

“La mémoire est un lieu dans lequel se succèdent des portes à entrouvrir ou à ignorer ; la mémoire, écrit Louise Bourgeois, ‘ne vaut rien si on la sollicite, il faut attendre qu’elle nous assaille.’”Lola lafon


 

Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon 

Stock,  Août 2022

 

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Lola Lafon


Image bandeau : Photo by Kelly Sikkema on Unsplash

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