Chroniques Musique

Loma ne se dérobe pas

Cette nuit-là, dès les premières secondes d’écoute, je suis tombé amoureux de ce chant. Chaud et sensuel, il est venu m’agiter en pleine rêverie. J’avoue ne pas l’avoir appréhendé, ni à la sortie d’un premier album sans nom, ni à l’occasion d’un précédent trop confidentiel. A retardement, j’apprenais que la fusion de Cross Record (duo composé par Emily Cross et Dan Duszynski) avec Jonathan Meiburg du groupe Shearwater avait déjà engendré un recueil aux transparences troubles, aux ambivalences exquises. Il faudra donc y revenir dans un flashback curieux même si, aujourd’hui, le propos qui est le mien consiste à vous livrer mon émerveillement pour la jeune femme du trio. Non que j’occulte du tableau les deux compères au talent émérite…  Disons que chacun ses péchés mignons.

Il y a quasiment deux ans, au lendemain de Noël 2018, le grand Brian Eno en personne indiquait aux auditeurs de la BBC son engouement pour Black Willow, un des titres issus du premier long format de Loma. Question tremplin, autant vous dire que la formation aurait pu trouver bien pire ressort. Signé chez Sub Pop, label tout de même mythique pour quelques irréductibles grunge (mais pas seulement), Loma s’installe dans les rayons d’une pop chatoyante bien que légère. Si leurs agencements sont ultra stylisés, le rendu est d’une sobriété imparable.

Loma

La voluptueuse entrée en matière de Don’t Shy Away avance ainsi discrètement jusqu’à la véritable mise en bouche intitulée Ocotillo, titre marqué par la clarté vocale et le sentiment animé qui m’attire illico vers cette manière de ravir mes oreilles et mon palpitant. C’est du nectar qui s’effile de secondes en secondes, de titres en titres, un flux qui coule jusqu’aux arrangements cuivrés et libérateurs. La dramaturgie est alors pesée avec tact afin de nous porter vers la suite logique, Half Silences dont la mystérieuse alchimie parvient à hisser le « climax » dans un trip d’ivresse succulente. Je me permets ici d’oser le comparatif avec une version « féminisée » des fumeries chez nos redoutables Timber Timbre.

Dans la foulée, c’est une autre référence de taille qui vient imprégner l’espace. Elliptical Days diffuse ses parfums d’Asie sur une structure évolutive, complexe mais facile d’accès. Bref, le sentiment qui transparaît est de retrouver ici-même la magie de Kate Bush, excusez du peu, accompagnée de ses chœurs tutoyant dignement les nuages éclatants.

Autre fine sucrerie grâce aux vibrations multiples de Given A Sign, morceau remarquable, rempli de cheminements fourmillants par jeu de chocs éthérés. Le refrain devient alors une obsession derrière laquelle des vrombissements spatiaux viennent se greffer.  Le changement de cap n’est pas abrupt mais symptomatique d’un désir de brouiller les pistes, d’expérimenter, d’ouvrir le champ des possibles. Le fil conducteur, Emily Cross, reste quant à lui accroché à notre attention béate.

Les tournures de Don’t Shy Away peuvent également glisser sur des humeurs mystiques, sous la grisaille (Thorn) mais, le plus souvent, la sensation qui prime reste celle d’un confinement dans une ouate dense et moelleuse. Cette impression dominante nous conduit progressivement en direction de Breaking Waves Like A Stone, profondeur orchestrée avec ses mélanges tantôt organiques, tantôt chimiques. Nous ne sommes pas très loin des fulgurances de Radiohead lorsque la transe se combine aux progressions poignantes, l’appel  d’aspirations suaves en bonus.

Pour Blue Rainbow, le marquage s’exécutera  au besoin de textures plus martelées (toute proportion gardée), Jenny sera l’interlude instrumental planant qui introduira divinement Don’t Shy Away, composition conférant son nom à l’album et dont les raffinements fragiles seront là encore au rendez-vous des prouesses à la fois technique et palpables. On notera le frottement des cordes, un crescendo venu nous envelopper de sa sublime apesanteur… et ce folk en suspension, pas très loin de London Grammar pour la beauté d’exécution (le lyrisme moins soutenu mais la grâce toute aussi présente). Pour finir en apothéose, Homing nous éclairera avec ses milliers de lucioles. Je pourrai ensuite me coucher, apaisé, le sourire au coin de la bouche, le cœur enflammé.


Don’t Shy Away – Loma

Sub Pop – 23/10/2020

 

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Image bandeau : Bryan C. Parker

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