A force de magnifiques EP et de prestations scéniques mémorables, on les voyaient arriver gros comme un camion lâché à toute berzingue sur les routes du succès, pourtant, malgré le buzz, rien ne nous préparait à encaisser la grosse, grosse mandale que nous ont collée les mancuniens de Maruja avec leur phénoménal premier album, Pain To Power.
Affilié à la Windmill Scene, du nom de ce pub de Brixton, dans lequel la dernière vague post-punk anglaise a fait ses premières armes, à commencer par Shame mais également Black Country New Road ou The Black Midi, qui partagent avec Maruja une liberté musicale et un certain sens de la démesure, le quatuor mélange en 8 titres volcaniques, jazz, rock, rap aux frontières du noise et du progressif.
Pourtant, tout ne fut pas si simple pour Maruja, le groupe existe en effet depuis 2014, créé par le chanteur et guitariste Harry Wilkinson et le bassiste Matt Buonaccorsi pendant leurs années lycées. Maruja sort 2 premiers EP, depuis bien longtemps rangés dans les placards, accueille le génial saxophoniste Joe Carroll avant de trouver sa composition actuelle et définitive avec l’inclusion du batteur Jacob Hayes.
Les choses s’enchaînent alors très vite, une multitude de singles au début des années 20, puis les sorties successives et rapides d’EP au superbe visuel, Knocknarea en 2023, Connla’s Well en 2024 et Tír na nÓg en février dernier, qui marque leur arrivée chez le label londonien Music For Nations, plutôt spécialiste hard rock et métal comme Opeth et Neurosis. Entre temps, ces fous furieux ont également regroupé sur The Vault, 6 longues sessions improvisées, qualifiées de démos, pour 85 minutes de musique hallucinante.
Avec leur look de fans de foot sortis tout droit du pub du coin mais avec une culture musicale qui les voit aussi bien citer Swans que Kendrick Llamar, Alice Coltrane que Little Simz, Maruja nous offre là l’album le plus original et bouleversant de l’année, alternance d’explosion et de moments calmes, au gré du saxophone virevoltant de Jon Carroll et des vocalises d’Harry Wilson, entre rap, spoken word et chants démoniaques.
Maruja nous prend direct à la gorge avec la déferlante Bloodsports, une rythmique genre rouleau-compresseur, un air de Rage Against the Machine de la grande époque, entre punk et drum & bass, avant de se lancer dans un long morceau déjanté et fou, dont ils ont le secret, Look Down On Us, déflagration anti-capitaliste, avant de flirter vers le jazz et le post-rock tout en douceur vertigineuse, avant l’assaut final tout aussi explosif.
Un vertige similaire nous attend plus loin avec un Born To Die sur lequel un saxophone sensuel se fait percuter par des guitares vertigineuses et des vocalises hantées de colère et d’émotions brutes. Sur une structure identique, entre improvisations et rigueurs rythmiques, Reconcile viendra conclure Pain To Power, privilégiant par ailleurs une ambiance plus aérienne, comme un dernier moment d’apaisement, comme si Maruja voulait finir en apothéose, sur une note d’espoir, après tant de batailles et de révoltes.
Car en effet, que de puissance, que de lyrisme, que de rage sur des morceaux comme Break The Tension ou le brûlot rap Trenches, alors que Saoirse ou Zaytoun laissent la part belle aux improvisations jazz et expérimentales des 4 musiciens de Maruja décidément très doués quelle que soit la direction qu’ils prennent, vers l’enfer ou le paradis. Pain To Power est impressionnant, bouleversant, le genre de disque qu’on ne croise pas tous les jours, se rendant dès maintenant tout à fait indispensable avant de se retrouver tout en haut de notre futur bilan de l’année !

Maruja · Pain To Power
Music For Nation – 12 septembre 2025


