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Parquet Courts : « Notre objectif est de créer la musique du présent » Interview

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Parquet Courts // Alain Bibal // 2018
Écrit par David Jegou

Parquet Courts a le don de se renouveler et de continuer à surprendre.
Avec Wide Awake !, leur nouvel album, ils sortent de l’introspection pour exprimer leur rage. Fortement influencé par le punk, le disque est pourtant le plus varié du groupe à ce jour. La présence de Danger Mouse à la production n’y est sans doute pas étrangère.

A Savage et Austin Brown nous ont reçus dans les locaux de leur maison de disque. Austin est aussi chaleureux et affable qu’A (il ne souhaite plus qu’on l’appelle par son prénom ndlr) est distant et pressé d’en finir. Ils abordent dans cet entretien des sujets aussi vastes que les tensions qui font la force du groupe, leur amour du punk aventureux et le deuil.

Le groupe s’approche doucement des dix ans de carrière. Vous n’avez quasiment pas arrêté d’enregistrer et de tourner depuis le début de Parquet Courts.
La qualité et le changement sont toujours au rendez-vous.

D’après vous, quelle est la force du groupe ?

A Savage : Nous sommes très engagés dans le groupe. Parquet Courts est notre priorité à tous. Aucun de nous n’a jamais exprimé un sentiment d’ennui.

Tout ne doit pas être aussi rose ? Le temps passant, êtes-vous tous sur la même longueur d’ondes ?

A : Il y a eu des moments compliqués. Nous en traversons un en ce moment.

Austin Brown : Une relation entre quatre personnes n’est jamais simple. Nous avons tous des idées bien arrêtées. J’ai parfois l’impression d’avoir trois petites amies. C’est un challenge. C’est sans doute ce qui rend notre groupe si particulier. Sans ces rapports spécifiques, nos albums ne seraient pas de tels accomplissements.

A : C’est épuisant mais ça en vaut la peine. Être un membre de Parquet Courts est gratifiant.

Le succès du groupe a été croissant. Beaucoup pensaient qu’il avait atteint son sommet avec Human Performance. Lui donner une suite a-t-il suscité quelques angoisses au sein du groupe ?

A : J’ai rencontré des difficultés à une seule reprise. Pour Sunbathing Animal en 2014. Avant cet album, personne n’attendait quoi que ce soit de nous. Light Up Gold venait d’avoir du succès. Je me sentais sous pression. Trop d’espoirs étaient placés dans Parquet Courts. La réception de Sunbathing Animal a été rassurante. Nous n’avons pas cédé aux attentes et ça a fonctionné. Je me voyais mal continuer à enregistrer des disques dans un état d’anxiété. Ça finit par se ressentir dans ta musique et ça te distrait de l’essentiel. Ne plus s’inquiéter de ce que les gens pensent de Parquet Courts nous aide à rester pertinents. C’est même essentiel à la réussite du groupe.

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Le groupe comporte deux songwriters. Quel est votre mode de fonctionnement ?

Austin : Il n’y a pas de règles à part pour les paroles. Chacun écrit les siennes. Sinon, on arrive parfois avec des morceaux déjà composés, ou bien des bribes que l’on travaille tous ensemble. Nous sommes des soutiens importants entre nous. Il n’y a pas de compétition.

On retrouve dans Wide Awake! un côté urgent et immédiat dont vous vous étiez éloignés avec Human Performance. Pourriez-vous nous dire pourquoi ?

A : Human Performance était un album intime. J’y dévoilais mon côté vulnérable. Ce que nous exprimons dans Wide Awake! est également personnel. Mais plutôt ouvert sur l’extérieur. On y dévoile notre ressenti sur la situation sociale et politique actuelle.

L’album est parfois direct, brut, mais jamais étouffant. Avez-vous cherché à ne pas accoucher d’un album trop référencé ?

A : Le punk, la pop et le rock sont des formes d’art très référencées. Ils continuent pourtant à alimenter l’histoire de la musique. Il y a une ligne très fine à ne pas franchir pour ne pas être catalogués comme nostalgiques. C’est notre travail en tant que groupe de créer la musique du présent en y incluant notre art.

L’idée de départ était-elle de faire danser les gens en véhiculant des messages politiques et sociaux forts ?

Austin : Nos chansons débutent toutes avec quelque chose que nous essayons d’exprimer. On se demande toujours : « qu’est-ce que nous voulons dire ? ». Une fois le thème arrêté, on tente de le retranscrire en musique. Les paroles arrivent dans un deuxième temps pour appuyer le thème. Idéalement, chaque titre doit sonner comme nos sentiments.

Le disque est probablement le plus riche et varié de votre carrière. Il rappelle un moment où les albums punks commençaient à ouvrir leurs horizons.

A : J’aime le début du mouvement punk. Après, tout est devenu trop codifié. Le son, le look. Je suis plutôt fan de groupes comme Big Boys, des précurseurs ayant introduit un son plus hardcore dans leur punk. Il se sont essayés aux influences soul et funk. J’aime aussi la façon dont The Clash se sont ouverts au hip-hop et au reggae. J’ai beaucoup écouté les Minutemen. Et, bien entendu, les Sex Pistols. En un seul concert au Manchester Free Trade Hall, ils ont donné envie à des gamins de créer des groupes. De là sont nés Joy Division, The Fall, Buzzcocks, des groupes très différents les uns des autres. Écouter ces groupes ne donne pas envie de sortir un album punk au sens strict. Ils t’incitent à élargir ton horizon.

Un des titres les plus réussis dans cette veine est Before The Water Gets To High. Musicalement, c’est un titre de funk mais avec les vocaux d’un titre de punk.

Austin : C’est une des chansons les plus importantes de l’album. Elle fait partie des quatre premiers titres de Wide Awake!. Toutes sont différentes. Elles sont une introduction de ce qui va suivre sur le disque.

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Un autre titre marquant est Death Will Bring Change. Vous avez d’ailleurs fait chanter le titre de la chanson à une chorale d’enfants.

Austin : La structure de base était très pop, très Beatles. Cette vibe 60’s rendait la musique trop plaisante. Elle n’avait pas sa place sur un album de Parquet Courts. J’ai voulu lui donner plus de sens avec des paroles autour du deuil. J’avais un texte sombre, sérieux et profond rédigé il y a dix ans. L’ajouter à une chanson ouvertement pop a ajouté de la subversion. Je porte le deuil d’un enfant depuis une décennie. Je n’avais jamais trouvé le bon support pour l’exprimer. Composer ce titre est devenu une mission. J’ai trouvé l’idée de la chorale intéressante. Le fait que des enfants chantent sur ce sujet met l’accent sur les sentiments que j’exprime.

Quelle était la volonté du groupe en choisissant un producteur aussi haut de gamme que Danger Mouse ?

Austin : Nous ne l’avons pas choisi. Il est venu vers nous. Nous travaillions sur l’album depuis un an quand il nous a proposé de le produire. Notre première réaction a été de tenter de comprendre ce que travailler avec nous pouvait lui apporter. Les maquettes étaient variées et axées sur la rythmique. On s’est dit que ça pourrait fonctionner car on le savait capable de productions de qualité pour des groupes différents les uns des autres. Évidemment nous connaissions son travail avec Gorillaz et Gnarls Barkley. Nous avons demandé à le rencontrer. Il a compris tout de suite ce vers quoi nous tendions avec Wide Awake!. Il connaissait les groupes auxquels nous faisions référence et il s’est montré enthousiaste. On a fait un essai aux studios Electric Lady à New York et tout s’est bien passé. Sans lui, l’album aurait été différent.

A : C’est la première fois que nous laissons quelqu’un entrer à ce point dans notre univers. Nous avions l’habitude de tout faire nous même. On verra si l’ouverture nous réussit.

Crédit photos : Alain Bibal – Merci à Sébastien Bolet

Retrouvez la chronique de l’album Wide Awake! par Davcom ici !

Wide Awake! de Parquet Courts sort chez Rough Trade/Beggars. Il sera disponible dès demain chez votre disquaire local.

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