Le meilleur groupe actuel (et depuis 2012) de la sphère post-punk est de retour !
Mon sosie officiel (NB : Joe Casey est à peine peu plus jeune que moi et vient également de laisser pousser sa barbe) vient nous servir avec ses camarades un retentissant condensé de neuf pistes incandescentes. Ceux qui adorent la verve des mecs de Detroit ne se retrouveront pas en terrain inconnu. Contrairement à certaines formations qui s’essoufflent au fil des saisons, la musique de Protomartyr se bonifie avec le temps. Elle ne s’use pas et, au contraire, s’épaissit.
Depuis No Passion All Technique, Protomartyr regarde l’Amérique droit dans les yeux sans jamais détourner le regard lorsque la situation devient franchement de la gerbe. Avec un contenu rangé dans un étui floqué d’un dessin de rapace (on salue encore la constance des belles pochettes), le quatuor imagine son propre pays comme un vieil hôtel agonisant, chaque chanson occupant une chambre hantée par ses propres démons. Une illustration parfaite pour une formation qui transforme depuis toujours la crise, l’absurde et le malaise en délivrances musicales tendues comme un câble.
Le slogan « no fun » du compatriote Iggy Pop est plus que jamais de rigueur. Preuve avec les grincements du brulot Sounds We Cannot Hear, lancé au cœur de l’été en guise d’appât. Une attaque à l’encontre de cette paralysie moderne où nous passons notre temps à faire défiler des images sans plus vraiment regarder le monde réel. L’infatigable iguane voit d’ailleurs dans Hotel Usona quelque chose de presque wagnérien. Le comparatif peut sembler démesuré. Il ne l’est pas tant que ça. Protomartyr pense désormais ses compositions telles des constructions architecturales avec montées (d’adrénaline), ruptures, cuivres et masses sonores imposantes.
Protomartyr élargit encore son terrain de jeu. Greg Ahee construit des paysages où se croisent guitares anguleuses, harmonies modales et éclats presque symphoniques. Dave Fridmann pousse le son vers davantage de puissance sans jamais occulter ce qui constitue l’identité du groupe : cette oppression permanente avec l’impression qu’une explosion peut survenir à tout moment. La batterie d’Alex Leonard reste au centre de cette mécanique, sèche, physique, implacable.
Et puis il y a Joe Casey.
Sa percutante manière de faire gicler le texte à la face du public est l’une des grandes armes du groupe. Cette façon de transformer l’irrationnel en menace rapproche naturellement Protomartyr de la grande tradition du post-punk américain, notamment Pere Ubu. David Thomas, disparu l’an passé, avait fait de sa voix un instrument de trouble et de l’absurde une forme de résistance. Chez Protomartyr, la méthode est différente, plus sèche, plus narrative, mais le principe reste le même : rendre le réel suffisamment étrange pour qu’il redevienne angoissant.
C’est peut-être là que Protomartyr est devenu particulièrement fort. Le groupe ne cherche plus seulement à être sombre, nerveux ou brillant. Il est devenu plus vaste. Les chansons gagnent en ambition sans perdre de leur urgence (notons de manière non fortuite de ma part les effets hypnotiques de Lavender-Gospel). Les arrangements se complexifient, mais la tension reste intacte.
Mouvements après mouvements, Protomartyr accumule de la matière à l’image de l’écorché et grisant Feed The Seewer, tour de force qui vient se placer dans le cœur du réacteur en fusion.
Hotel Usona ne souffre d’aucune faille et pourrait mettre tout le monde d’accord, si ce n’est quelques boudeurs confrontés à la pertinence des propos.
Checking Out qui achève la tâche est un fil à rallonge où la fureur palpable répond à la trépidation nerveuse. La plus marquante des fins possibles : un uppercut magistral dans nos tronches !

Protomartyr · Hotel Usona
Domino – 25 septembre 2026


