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À hauteur d’enfant, l’émancipation ne prend pas forcément des airs de grande révolution. Elle peut commencer par un « pourquoi pas ? », par l’envie de devenir chevalier quand on vous explique que ce n’est pas pour les filles, ou par une chasse au trésor dont les indices obligent à lire, réfléchir, coopérer et explorer. Chez Didier Jeunesse, les ouvrages Pourquoi tu boudes, Eugénie ? ainsi que Bulle et Bob et le trésor montrent des enfants qui s’émancipent en ne se contentant pas de suivre le mouvement. Ils cherchent, contestent, expérimentent et, surtout, trouvent leur propre manière d’avancer.
Pourquoi tu boudes, Eugénie de Olivier Dutto et Maurèen Poignonec – Didier Jeunesse – 2026

Eugénie voulait devenir chevalier. Rien de particulièrement compliqué, a priori. Sauf que son père lui répond que ce n’est pas possible. Elle croit comprendre que c’est parce qu’elle est une fille. Voici donc une excellente raison de bouder. Et de lancer une petite révolution.
Olivier Dutto et Maurèen Poignonec imaginent une héroïne qui refuse les limites que la société voudrait lui imposer. Et d’une certaine manière, tant mieux. En effet, Eugénie ne se contente pas de constater l’injustice puisqu’elle décide de la combattre avec les armes dont elle dispose. L’imagination, l’humour et une bonne dose de mauvaise foi. Elle invente même sa propre langue pour contourner les impossibilités supposées, puisqu’à ses yeux, si le mot « chevalier » pose problème, il suffit finalement de décider qu’on peut dire « la Chevalier ».
Ce qui est intéressant, c’est que l’album ne donne pas une leçon sur les stéréotypes de genre. Il les fait exploser par le jeu. Eugénie se débat avec une représentation du monde qui semble appartenir à une autre époque, et c’est précisément ce décalage qui fait mouche. Comment se situer lorsque les adultes vous transmettent encore des catégories qui ne correspondent plus nécessairement à ce que vous ressentez ou à ce que vous voulez devenir? Mais le plus drôle, peut-être, c’est que c’est Eugénie elle-même qui se piège avec ses stéréotypes et elle le comprend lorsque son papa reformule et lui apprend qu’elle ne pourra pas être chevalier car elle ne vit pas au Moyen-Âge.
La forme accompagne joliment cette volonté de sortir des cadres. Les bulles donnent par moments au livre des airs de bande dessinée, tandis que le récit retrouve ailleurs la mise en page plus classique de l’album jeunesse. Une manière très cohérente de faire bouger les frontières, y compris celles du livre lui-même, qui ne prend jamais les enfants pour des ignares mais leur offre au contraire un strapontin pour s’élever. À partir de 5 ans, Eugénie a donc tout pour devenir une petite héroïne en quête d’émancipation.
Avec Bulle et Bob, on entre dans un territoire désormais bien balisé puisque les albums de Natalie Tual avec les illustrations d’Ilya Green et les arrangements de Gilles Belouin font désormais partie des classiques auprès des plus petits. La collection fonctionne depuis longtemps sur cette alternance entre récit et musique, et Bulle et Bob et le trésor reprend cette recette avec un CD qui prolonge l’expérience.
Mais cette fois, quelque chose change légèrement. Bulle ne se contente pas de vivre une nouvelle aventure, mais doit résoudre une véritable énigme. En effet, Bob et mamie Miette ont préparé une chasse au trésor pour Bulle et ses cousin.e.s Lise et Toni. Il faut donc suivre les indices, comprendre une lettre, résoudre un rébus ou assembler un puzzle afin de se déplacer de pièce en pièce, du grenier jusqu’au jardin.
Bulle peut compter sur Lise, qui sait lire. Ce petit détail est finalement beaucoup plus intéressant qu’il n’en a l’air car l’aventure devient collective, chacun possédant une compétence qui peut servir au groupe. On ne gagne pas parce qu’on est le plus grand, le plus fort ou le plus malin, mais parce qu’on accepte de chercher ensemble.
Le trésor, évidemment, vaut le détour. Mais même s’ils s’en délectent au final, les protagonistes apprécieront surtout l’aventure qui les conduit à sa découverte. Avec cet épisode de Bulle et Bob, les autrices semblent s’adresser à un public légèrement plus âgé, si bien que les maternelles pourront aisément y trouver leur compte.



