BD

« Puisqu’il faut des hommes », gueule d’ange revenue de l’enfer

Joseph revient de la guerre d’Algérie. Il est encore jeune et son père n’a qu’une idée en tête : le remettre au travail. La ferme a besoin de lui, puisque l’aîné de la famille est en fauteuil roulant depuis un accident de tracteur. Mais le retour du fils est précédé d’une sale réputation. Il se dit, en effet, que Joseph a joué les planqués quand d’autres enfants du village se sont fait trouer la peau par les fellaghas. Sur un scénario de Philippe Pelaez, Puisqu’il faut des hommes (Grand Angle), dessiné et mis en couleurs par Victor Lorenzo Pinel, se lit d’une traite, mettant en lumière la part d’ombre des hommes.

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Puisqu’il faut des hommes / Philippe Pelaez et Victor Lorenzo Pinel / Editions Grand Angle
Puisqu’il faut des hommes / Philippe Pelaez et Victor Lorenzo Pinel / Editions Grand Angle
Puisqu’il faut des hommes / Philippe Pelaez et Victor Lorenzo Pinel / Editions Grand Angle
Puisqu’il faut des hommes / Philippe Pelaez et Victor Lorenzo Pinel / Editions Grand Angle

    La couverture de la BD joue de cet effet miroir, entre la représentation d’un garçon revenu sagement au pays et celle d’un combattant armé pris dans le tourbillon de la guerre. Qui est vraiment Joseph ?
    Nous le découvrons au fil des pages de l’ouvrage, fluide et prenant. Son père se détourne de lui. D’une part, il éprouve de la honte à se convaincre que son fils n’a pas joué les héros dans le désert algérien. D’autre part, il lui en veut de s’être porté volontaire pour partir, laissant la famille à son sort. Mais qu’est-ce qu’un héros en pleine guerre : entre soldat et meurtrier, la ligne de partage peut être mince.
    Sa mère, quant à elle, est la spectatrice d’une situation qui lui échappe. Prise par des sentiments contradictoires, elle incarne l’amour maternel inaliénable tout en étant obligée de se ranger à l’avis du patriarche. Reste le frère, prénommé Jules, cloué sur son fauteuil alors qu’une belle carrière de cycliste professionnel s’ouvrait devant lui. Amer, il se laisse aller, noyant son chagrin dans l’alcool.

    Tous reprochent à Joseph son égoïsme et sa lâcheté. Même Mathilde, l’amour de jeunesse, a perdu espoir, préférant désormais se lover dans les bras du fils du boucher.
    Cela dit, la vérité n’est peut-être pas si limpide que cela. En témoignent les cauchemars de Joseph et la violence intrinsèque qui le hante. Cette force qui l’anime semble aussi éruptive que malsaine, synonyme de mal être et de mensonges à peine voilés. De quoi vous retourner les boyaux, à l’image de ce qui attend une assemblée villageoise pétrie de certitudes fragiles.

    Habilement conduit, le récit se conclut par des pages bonus en forme de documentaire sur le difficile retour des soldats, ainsi que par des recherches graphiques sur les personnages qui composent Puisqu’il faut des hommes.


     

    Puisqu’il faut des hommes

    de Philippe Pelaez et Victor Lorenzo Pinel

    Publié le 8 janvier 2020 – Editions Grand Angle

     

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    Puisqu'il faut des hommes

     


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