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Ride : Interview – « Si tu es trop nostalgique, tu es foutu »

Ride vient de conclure la tournée mondiale de This Is Not A Safe Place, son sixième album, par une date à Paris. Reformé depuis 2014, le quartet d’Oxford a effectué ce que l’on peut considérer comme un retour réussi. Les deux albums post reformation contiennent des classiques tout en s’affranchissant du passé et le groupe est au top de sa forme en concert.
Mais à quoi s’attendre pour la suite ? Mark Gardener nous en parle dans un entretien émouvant sous forme de bilan. Il nous explique pourquoi le groupe n’a, à ce jour, aucun projet ensemble. Il revient également sur la carrière de Ride et ce qui a changé depuis les débuts : la fin des excès, l’évolution des relations entre les membres du groupe. Il évoque leurs envies pour un futur proche. Il nous raconte enfin ce qui les a rapprochés et comment est née l’idée de faire de la musique ensemble.
INTERVIEW

 

Vous avez sorti l’EP Tomorrow’s Shore entre Weather Diaries et This Is Not A Safe Place. Ayant sorti des EP inédits tout au long de votre carrière, est-ce un format qui vous tient à cœur ?

Oui, ça permet de finir un chapitre et d’en commencer un nouveau. Sortir un album puis un EP est effectivement une pratique courante pour le groupe. Certains titres n’avaient pas leur place sur l’album Weather Diaries. Il nous a semblé plus judicieux de les publier dans un deuxième temps. Nous les avons retravaillés pour les enregistrer comme nous le souhaitions. Ce ne sont pas des chutes de studio. Nous avons toujours aimé l’EP en tant que support. Nous en avons même sorti trois avant Nowhere, notre premier album. 

Dans un monde idéal, est-ce que vous aimeriez ne pas avoir à jouer les anciens titres parce que vos fans les attendent ?

Je ne voulais pas qu’on se reforme juste pour refaire les mêmes choses qu’avant.

C’est une question difficile. Si j’étais vraiment honnête, je préférerais jouer uniquement de nouvelles chansons. Je comprends que nous devons beaucoup à nos vieux titres. Il est difficile de savoir quoi jouer pour une tournée. Il faut prendre en compte que parmi les gens qui viennent nous voir il y a les anciens, mais aussi beaucoup de jeunes. La vie au sein d’un groupe est déjà difficile. Nous n’allons pas nous la compliquer encore plus en ne jouant aucune vieille chanson. Nous avons discuté de ça pendant des heures. Nous nous disputons beaucoup au sujet de ce que nous devrions jouer. Mon sentiment est que la nostalgie est vraiment dangereuse. Si tu es trop nostalgique, tu es foutu. Pour moi, c’est très simple, si nous étions restés bloqués sur notre passé, sur une sorte d’héritage, nous ne serions sans doute plus là. La créativité est le reflet du présent. Pas de ce que nous faisions il y a 30 ans. Il est difficile de trouver un bon équilibre. Nous ne l’avons peut-être pas encore trouvé. Dans la plupart des critiques que nous avons lues, il y avait cette crainte que nous soyons restés sur quelque chose de nostalgique. Pourtant, les gens sont contents d’entendre quelque chose de frais, de nouveau. Pour moi, c’est comme une transfusion sanguine : la nouvelle musique est comme du sang neuf, une nouvelle énergie, une nouvelle vie.

Vous ne semblez pas surfer sur la nostalgie. Vous jouez peu de vieux titres en concert. Et pourtant les fans de l’époque vous suivent encore et semblent apprécier les nouveaux albums.

Je l’espère ! C’était le véritable enjeu, car il est facile de tomber dans la redite. Je ne voulais pas qu’on se reforme juste pour refaire les mêmes choses qu’avant. J’ai pensé que l’alchimie entre nous était toujours aussi bonne, que nous allions pouvoir créer une musique de qualité et inédite. J’aime à penser que nous y sommes parvenus. Des groupes se reforment pour faire la même chose qu’avant. Le résultat est souvent mauvais. Nous aurions détruit notre crédibilité en procédant de la sorte. Nous en avions pleinement conscience. Il y a des groupes qui ont fait de la bonne musique par le passé mais qui ne se sont jamais mis au défi de changer. Sans doute parce que l’alchimie n’est plus la même. Les Stone Roses sont incapables de créer quelque chose de neuf. Même Oasis a sorti de super morceaux. Mais ils ne se sont jamais mis au défi de se surpasser. Je ne devrais pas nommer de groupes. Ce n’est pas correct.

Tu sembles être naturellement quelqu’un qui va de l’avant.

Personnellement, je veux aller vers de nouvelles directions. Et je souhaite que notre public ait la même envie, même si on doit aussi rassurer les vieux amis avec nos classiques. J’aime toujours la musique que j’écoutais plus jeune mais je suis toujours curieux de découvrir de nouveaux groupes, de nouveaux disques. C’est ce qui m’inspire et me donne envie de continuer de faire ce que je fais. Je suis content que les vieux fans soient encore là ! Je me sens moins seul parmi les « vieux »… Mais ce retour a été une grande préoccupation, et une grande responsabilité. Car si tu reviens et que tu n’es pas bon… Sans ce come-back, notre héritage aurait été parfait. Ce retour était risqué mais je pense que nous l’avons réussi… Bien sûr, il y aura toujours quelques fans bloqués dans le passé. Mais j’en ai rencontré beaucoup qui sont contents de nos nouvelles chansons. Une nouvelle génération vient à nos concerts pour les nouveaux titres. C’est surtout grâce à la radio anglaise 6 Music qui a été formidable. Ils ont bien accueilli notre retour et nous ont soutenus. Ça a aidé à faire venir un nouveau public. Vous avez cette radio en France ?

Addict Culture : Uniquement sur le web.

Mark : Ah ! Pourvu que le Brexit ne change pas ça ! Ne me lancez pas sur le Brexit ! C’est la chose la plus « fucking ridiculous » que j’ai jamais connue ! Ces vieux qui pensent que l’Angleterre était grande quand elle était un endroit déprimant, sombre et horrible… c’est ridicule et rétrograde. Mais la révolution va arriver avec la nouvelle génération qui n’a pas envie de ça et va tout faire pour changer les choses.

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Comment le vote du Brexit s’est retranscrit dans votre musique ?

Le Brexit, c’est la chose la plus « fucking ridiculous » que j’ai jamais connue

Lannoy Point a été une façon pour nous de transcender la réaction que nous avons eue à ce moment-là, car nous étions très en colère d’être entraînés dans ce mouvement rétrograde et gênant… Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais construit depuis longtemps un espace reliant l’Angleterre et la France autre que le tunnel sous la Manche. Cette mentalité du retour aux valeurs de l’Angleterre est si stupide. Je les déteste ! Et tous ces idiots qui brandissent l’Union Jack. Ils ne comprennent même pas que le bleu représente l’Écosse qui veut quitter le Royaume-Uni. L’Irlande du Nord risque de suivre.

Les libéraux sont devenus un peu trop complaisants. Leurs opposants en ont profité pour casser le système tel qu’il existait pour qu’ils en retirent les bénéfices au détriment du peuple. C’est le même type de personnes qui a réussi à faire élire Trump. Cela ne devrait pas être permis, c’est illégal, la manipulation, c’est terrible… Mais revenons à la musique ! Les Anglais me font honte…

(Enchaînant directement sans nous laisser le temps de poser une question). Mais cela montre aussi que la démocratie peut être manipulée par ces personnes… la démocratie est le meilleur système, l’autocratie, comme en Chine ou en Russie, ce n’est pas une bonne chose. C’est comme la démocratie au sein d’un groupe, ça ne marche pas toujours parce que je pense que j’ai raison, mais les autres aussi pensent qu’ils ont raison ! Mais ça reste quand même le meilleur des systèmes. Meilleur qu’une dictature (rire). Au moins, nous on peut sortir et crier « Boris Johnson, fuck off ! » sans disparaître de la circulation ! Alors qu’il y a beaucoup de Russes qui se font tuer en Angleterre car ils critiquent le système de leur pays.

Est-ce que votre façon de composer à quatre aujourd’hui a beaucoup changé par rapport aux 90’s ?

Nous n’avons pas voulu tourner autour du pot. Quand quelque chose nous menace, ça nous rapproche. Ces problèmes nous ont soudés et tirés vers le haut.

Oui, je pense que les rôles de Loz (NDLR : Lawrence Colbert, batterie) et Steven (NDLR : Steven Queralt, basse) ont plus d’importance qu’avant ; auparavant, ils étaient frustrés car Andy (NDLR : Andy Bell, guitare) et moi faisions plus qu’eux. Quand nous nous sommes retrouvés pour la première fois avec l’idée d’un nouvel album, il y avait beaucoup d’idées et de propositions. Lannoy Point par exemple est parti d’une idée de Steven sur laquelle j’ai ajouté quelques trucs. Et ça marche. D’une certaine manière, c’est étrange mais on est rarement à court d’idées, au contraire, il y a presque trop d’idées et ça peut être compliqué car chacun pense que sa propre chanson est la meilleure ! Il y a parfois eu des disputes, ce n’est pas facile, mais Erol (NDLR : Erol Alkan, producteur) est doué pour nous aider dans ce processus, alors on doit juste lui faire confiance pour gérer ça. Et c’est agréable de sentir que l’effort vient du groupe plutôt que seulement de moi. Et d’un autre côté, parfois, c’est frustrant car je suis sûr de ce que je veux… mais c’est la vie au sein d’un groupe !

On en revient à la démocratie !

Exactement (rire) !

ride
****** Exclusive ****** Ride before performing at the Trianon in Paris
Avec votre dernier album, avez-vous eu la volonté de rendre une sorte d’hommage aux groupes que vous écoutiez quand vous étiez adolescents (The Cure, The Smiths, New Order…), ou bien est-ce venu naturellement ?

Le groupe a traversé une période difficile avec le dernier album car nous avons dû nous séparer de notre manager qui était avec nous depuis des années. Il n’a pas bien réagi, il a voulu nous poursuivre au tribunal… tu sais, toutes ces choses horribles qu’on lit à propos des groupes, c’est tellement ridicule. Donc, cela nous a poussés à repenser à ce qu’était la vie avant le groupe, à ce que nous étions tous les quatre sans manager et tous ces gens impliqués dans notre travail. Et cela nous a fait repenser à cette période et ce que nous écoutions à l’époque. Les paroles sont du coup plutôt frontales. Nous n’avons pas voulu tourner autour du pot. Quand quelque chose nous menace, ça nous rapproche. Ces problèmes nous ont soudés et tirés vers le haut. Aussi, nous aimons encore cette musique, je pense toujours que c’est une super musique. Nous avons tourné avec les Cure, Robert Smith est toujours un grand soutien pour le groupe. Donc, oui, cela nous a rappelé tout ça.

Aucun album de Ride ne ressemble vraiment au précédent. Si l’on devait relier un album à un autre, ce serait le dernier et l’avant-dernier. Ils partagent quelques similitudes. Dirais-tu que, par le passé, vous avez parfois un peu trop essayé d’être radicalement différents ?

Je pense que nous avons juste changé très rapidement, en tant que personnes mais aussi que nos influences ont changé. Je ne pense pas que nous pensions : « nous devons faire un album différent du précédent« . Mais c’est comme ça qu’ils sonnaient parce que les influences changeaient beaucoup. Et peut-être qu’il y avait aussi une part de réaction de notre part, pour essayer de nouveaux horizons et différentes manières de faire les choses, peut-être pour ne pas rester complètement bloqués au même endroit. Mais je pense que c’est juste la façon dont les influences nous ont changés.

Aujourd’hui, c’est le dernier jour de notre tournée mondiale et je suis juste content qu’on soit encore en vie !

À l’époque de Going Blank Again, la musique était en train de changer, nous écoutions les Black Crowes et de l’americana. Je ne suis pas certain que ces influences aient toujours été positives. Peut-être prenions-nous les mauvaises drogues à l’époque. Oui, il y a sans doute plus une ligne commune entre ces deux derniers disques également car Erol est impliqué dans les deux. Et ils ont été enregistrés dans le même studio et avec des procédés similaires.

Pourquoi avoir choisi de collaborer de nouveau avec le producteur Erol Alkan pour ce nouvel album ? Est-ce parce qu’il vous incite à explorer de nouveaux territoires ?

La plupart des gens pensent que c’est d’Erol que vient notre côté électro mais ce n’est pas vraiment le cas, nous avons ce côté-là en nous de toute façon. Erol est très doué pour nous aider à choisir nos morceaux comme s’il était en « DJ » set. Erol est connu pour avoir été un DJ électro mais il a également animé des soirées « indie” à Londres. Comme nous, il a des goûts très éclectiques. Erol est Turc. Il nous a fait découvrir du hip-hop de là-bas. C’est complètement dingue. Mais je ne peux pas te dire si nous referons un album avec lui, d’ailleurs je ne sais même pas si nous en referons un… aujourd’hui, c’est le dernier jour de notre tournée mondiale et je suis juste content qu’on soit encore en vie ! Et je ne regretterai pas de voir notre bus de tournée s’éloigner quand il me déposera devant chez moi ! Nous allons devoir recoller tous les morceaux cassés pendant qu’on était loin de la maison, pendant si longtemps… c’est difficile. C’est une vie de fou ! J’adore me produire en concert mais ce qui va autour est épuisant. Je ne suis pas à plaindre, bien sûr, mais le voyage…

Surtout quand on vieillit !

Oui, je trouve les voyages en bus difficiles… Ces derniers temps, j’ai bien dormi, mais pendant toute la tournée aux États-Unis ça n’a pas été le cas. Ça rend fou à force ! Mais bon, on doit payer ce prix pour faire ce qu’on aime. Il n’y a aucun métier dont on peut dire « c’est génial ! » tout le temps. Ce qui est dur pour le groupe le renforce aussi. Et puis on vieillit, on voit des gens mourir autour de nous… c’est la vie ! Quand tu as 20 ans, tu t’imagines vivre éternellement, tu ne vois personne mourir dans ton entourage… Mais je pense que ça nous a rapprochés et que ça a renforcé le groupe. On réalise que ça serait dommage de ne plus faire de musique ensemble alors qu’on était bon et qu’on a été amis pendant des années. Le temps n’est pas éternel, alors continuons à faire des bonnes choses ensemble !

Vous avez du matériel pour enregistrer de la musique en tournée. Avez-vous aujourd’hui quelques pistes intéressantes pour un nouvel album ?

C’était l’idée initiale, mais non. C’est toujours compliqué car nous bougeons sans cesse. Ça ne m’empêche pas de composer. Je le fais tous les jours. Je suis toujours à penser à ce que je pourrais accomplir dans le futur. J’ai apporté une station MPC Beat dont j’apprends à me servir. Pendant cette tournée, j’ai beaucoup lu. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’avais plutôt tendance à m’abrutir le cerveau avec des séries Netflix.

ride

Maintenant que tu as le recul nécessaire, que penses-tu de vos nouveaux morceaux ?

Je ne suis pas satisfait de ce que nous avons enregistré depuis notre reformation. Je pense que nous pouvons faire encore mieux. Mais je risque d’encore le penser le jour de ma mort (rire). C’est ce qui me permet d’avancer. Toujours vouloir m’améliorer. J’ai une chance inouïe de pouvoir faire ce métier, mais j’ai toujours ce nuage noir au-dessus de moi qui fait que je ne suis jamais content de ce que je produis.

On dirait que tu as besoin de te couper de Ride pour le moment.
Grâce aux drogues, j’ai réussi à ne pas péter les plombs et à ne pas devenir imbu de ma personne.

Nous avons des idées divergentes en ce moment. La tournée mondiale se termine ce soir et j’ai besoin d’un break. Il sera de courte durée car je vais simplement passer les vacances scolaires avec ma fille. Dès qu’elle retourne à l’école, j’ai du travail en studio qui m’attend. Du mixage, de la production. Mais aussi un travail sur les Neuro-Sounds. Cela consiste à programmer des séquences pour stimuler le cerveau de gens en difficulté. Je me suis aussi ruiné en achetant un synthé Moog One qu’il va falloir que je découvre. J’ai aussi envie de travailler sur un disque solo. L’idée est de mettre en pratique de nouvelles techniques. Je suis vraiment heureux d’avoir mon propre studio. J’ai aussi des morceaux enregistrés avec Stéphane de Télépopmusik qui n’ont jamais été publiés. J’aimerais les sortir car je les aime beaucoup. Me couper de Ride va me faire du bien. Je ne suis pas certain que les autres soient dans le même état d’esprit. Je ne devrais pas parler de ce genre de chose alors que nous venons de passer des mois entiers ensemble dans un bus ou sur scène. Je parlerai du futur du groupe avec les autres après m’être reposé. Une chose est certaine, nous n’avons rien de prévu pour le moment. Nous n’en sommes pas au point de nous séparer mais j’ai hâte que cette tournée se termine. Nous finirons certainement par composer de nouveaux morceaux.

Les textes sont plutôt sombres dans leur ensemble. Avez-vous cherché à refléter un sentiment général dans la société actuelle ?

C’est évidemment lié au Brexit, mais aussi aux rapports humains compliqués que nous avons subis avec le procès de notre ancien manager. Mais aussi, en ce qui me concerne, une émission sur les survivants du Bataclan. Je n’arrive pas à imaginer le traumatisme qu’ils vont garder en eux jusqu’à la fin de leur vie. Ça m’effraie rien que d’y penser. C’est un sujet récurrent dans plusieurs textes de l’album. Heureusement, quelques chansons apportent un peu de lumière. Comme dans la vie de tous les jours, tout n’est pas toujours aussi sombre qu’on le pense.

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Est-ce qu’en 2020, vous abordez les concerts de la même façon qu’à vos débuts ? Y prenez-vous autant de plaisir, sinon, plus ou moins ?
J’apprécie plus d’être dans Ride car j’ai maintenant conscience que le temps est précieux.

Pour la reformation, je fumais de l’herbe avant chaque concert pour m’aider à me concentrer (rire). J’étais un peu accro au haschich. Mais rien à voir avec l’herbe que l’on avait l’habitude de fumer par le passé. Ça m’aurait tué. J’ai tout arrêté. Il m’arrive juste de manger des space cakes à l’occasion. Les autres drogues ne m’intéressent plus. Maintenant, je fais du jogging, de longues marches et du yoga. Je commence à parler comme Sting (rire). Jouer 1h45 tous les soirs nécessite une bonne santé physique. surtout quand tu vis dans un bus. Nos concerts étaient inégaux dans les années 90. Nous avons depuis appris à être constant pour que chaque concert soit excellent. C’est le seul moyen de continuer à tourner de nos jours. Aucun tourneur ne voudrait de nous sinon. Nous sommes trop vieux pour qu’ils tolèrent la médiocrité. Et puis, la concurrence est dure. Il y a vraiment d’excellents nouveaux groupes. Ça nous évite de rester assis à boire et prendre des drogues (rire). Je ne crache pas dans la soupe, j’ai pris du bon temps.

Vous avez rencontré le succès très rapidement au Royaume-Uni. Comment as-tu vécu ça ?

Plutôt mal. Je détestais ça. Ma seule échappatoire était d’être défoncé en permanence. De cette façon, je vivais dans mon monde. Grâce aux drogues, j’ai réussi à ne pas péter les plombs et à ne pas devenir imbu de ma personne. Je ne me sens plus comme une pop star avec une belle gueule. C’est aussi parce que maintenant, on nous juge sur notre musique et nos concerts. Globalement, j’apprécie plus d’être dans Ride car j’ai maintenant conscience que le temps est précieux. Mille personnes vont se déplacer ce soir pour notre concert à Paris et je n’arrive toujours pas à le croire. Des amis de longues dates seront présents. Nous allons boire du bon vin ensemble après le concert. La journaliste Mélanie Bauer avec qui j’avais eu une petite aventure sera des nôtres. Nous sommes amis depuis plus de 30 ans. Quand j’étais jeune, j’étais déçu en permanence. Je n’aurais pas apprécié des instants comme celui-ci.

Tu sembles parler de la France comme d’un pays qui t’est cher.

J’ai habité dans le Lot. Les deux premières années passées ici m’ont sauvé la vie. J’y ai emménagé quand Ride s’est séparé. Il fallait que j’évacue tout ce que j’avais en moi. Vivre dans un cadre médiéval m’a aidé. C’est la meilleure thérapie que je pouvais avoir. Les deux années suivantes, j’ai réussi à me sentir en confiance pour faire de la musique à nouveau. Les Français sont doués pour garder leur identité. La France restera toujours la France. Mais d’une façon positive. Vous savez vivre et prendre du recul. Ceci n’existe quasiment plus en Angleterre. Tout le monde est stressé. Et j’allais oublier : vous avez du vin et de la nourriture excellente ! (rire). Les Anglais ont oublié ces plaisirs simples. Nous sommes sans doute trop nombreux à vivre dans un pays deux fois moins grand que le vôtre.

Si tu le pouvais, éviterais-tu de rentrer en Angleterre ?

Je me sens ému. C’est la dernière date de la tournée, je vais terminer la soirée avec des amis qui me sont chers. Mais, dans quelques heures, je dois rentrer en Angleterre, un pays qui me divise. Je hais les politiques anglais. Ils ne représentent aucune de mes idées. Je ne suis absolument pas patriotique. La seule chose qui me rend heureux est d’y retrouver ma famille. Je suis également content de retrouver mon studio d’enregistrement, mais il pourrait se trouver dans n’importe quel pays. Je veux rester européen. Une partie de ma famille est irlandaise. Je vais essayer de me servir de ça pour changer de nationalité.

Les pochettes des trois premiers EP de Ride sont devenues iconiques avec le temps. Elles représentent un triptyque plein de mystère pour les fans. Pourrais-tu lever le mystère ?
Notre énergie des débuts est liée à nos chagrins d’amour.

Lou, qui a pris la photo des jonquilles pour Play, est un des premiers amours d’Andy. Par contre, je n’ai aucun souvenir de qui était la Debbie qui a eu l’idée des roses pour le premier EP. La pochette de Fall a été réalisée par mon premier grand amour, Tara. Notre relation a duré dix ans. J’étais en école d’art avec Tara. Elle m’a brisé le cœur en me quittant juste avant un voyage scolaire à Paris. J’étais au Louvre avec notre classe et je n’arrivais pas à rester à côté d’elle tellement j’étais triste. J’ai mis mon walkman sur les oreilles et je suis parti en solitaire en direction du Louvre, puis du Sacré Cœur avec Dead Can Dance en bande son. J’avais l’impression de me retrouver dans une autre dimension. Je me suis retrouvé assis sur un banc à côté de la basilique à réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie. C’est à cet instant précis que j’ai réalisé que j’aimais l’art et ce que j’apprenais à l’école, mais que la seule chose qui me passionnait était de faire de la musique. J’avais 18 ans. C’est à la suite de cette expérience que j’ai composé Today. Tous les futurs membres de Ride vivaient également leurs premières relations amoureuses à l’époque. C’est la peur de la rupture amoureuse qui nous a rapprochés et donné envie de monter un groupe. Nous détestions avoir des chagrins d’amour. Le titre Taste parle d’ailleurs de ma rupture avec Tara. “Taste Just Slips Away”. Chelsea Girl parle aussi d’elle. Du fait que je n’arrive plus à me trouver au même endroit qu’elle. Nous étudiions à Banbury, un endroit déprimant. Ride nous a aidés à éviter la déprime. Il était notre échappatoire. Notre énergie des débuts est liée à nos chagrins d’amour.


This Is Not a Safe Place de Ride

Sorti chez Wichita Recordings/PIAS le 16 août 2019

 

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Merci à Marine Batal

Photos : Michela Cuccagna

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