Né dans les brumes du Worcestershire, And Also The Trees avance depuis plus de quarante ans comme une silhouette qui refuse la lumière trop franche. Le temps glisse au gré de leur singulière discographie. Le groupe issu de la scène post-punk romantique marche il est vrai à l’écart des modes (au détriment sans doute d’une notoriété plus ample).
Avec leur nouvel album The Devil’s Door, le groupe referme une trilogie entamée avec The Bone Carver puis Mother-Of-Pearl Moon. Trois chapitres comme trois saisons d’un même amour blessé. Trois nuits traversées par une lueur fragile, presque tremblante.
Ici, les chansons ne crient pas. Elles murmurent, semblables à des scènes au ralenti, dans un film que l’on regarderait seul, tard, alors que le monde dort. La guitare filandreuse de Justin Jones dessine des lignes fines, presque des cicatrices que nous devinons également dans les volutes d’inspiration balkanique de Matt Elliott (pour un paquet de raisons, j’ai toujours fantasmé une rencontre artistique entre l’auteur des Drinking Songs et ses homologues britanniques).
Plus que jamais, le chant troublé de Simon Huw Jones s’affuble d’une parure habitée, une ferveur discrète, comme si chaque mot avait été sauvé des cendres.
Les paysages s’invitent dans les interlignes d’une lourde actualité dépeinte telle une pluie froide sur des épaules déjà trop lourdes. Le son est affecté mais il respire. Il n’écrase pas. Il enveloppe. Une beauté qui ne cherche pas à séduire. Elle existe, tout simplement.
Cette trajectoire hors du temps a trouvé il y a peu de temps un écho dans le regard de Sébastien Faits-Divers pour un documentaire sensible, en perspective de cette trajectoire nocturne (voir l’article ci-contre). La nouvelle œuvre n’échappe pas aux impressions climatiques qui se dégagent d’une énième ode spleenétique.
Dans le sillage de The Cure (avec qui la formation rejouera cet été dans les arènes de Nîmes) And Also The Trees poursuit sans vergogne une trajectoire née au début des années 80, terriblement emprunte de bouleversantes mélancolies.
The Devil’s Door est une porte entrouverte dans la pénombre. Nous y entrons doucement. Loin de nous perdre, la musique qui se dégage des onze nouvelles compositions nous apprend à rester tout simplement sincères… et en vie.

And Also The Trees – The Devil’s Door
AATT Records – 27 février 2026


