Chronique Musique

Silvain Vanot, après sept ans d’absence, de retour à l’Ithaque

Ecrit par Jism

Silvain Vanot revient. Silvain qui ?? C’est qui celui-là ?

Silvain Vanot, un chanteur qui a eu son heure, sa demi-heure, son quart, enfin un peu de gloire au début des 90’s avec un premier album remarqué et plutôt remarquable. Qui semble ensuite avoir tout fait pour ne plus se faire remarquer en sortant régulièrement des disques en décalage avec ceux des collègues de son époque (je pense notamment à Dominique A, Katerine, Murat ou encore Miossec). Le gars a essayé de s’adapter dans un premier temps puis a préféré cultiver son petit bout de terrain sans véritablement faire de vagues et ce jusqu’à Il Fait Soleil, véritable chef-d’œuvre de la chanson française, disque apaisé, apaisant, lumineux et mélancolique, aux arrangements soyeux. Un doux disque un peu effacé mais qui aura marqué au fer rouge ceux qui auront fait l’effort (pas trop violent l’effort, une seule écoute suffit pour comprendre qu’on est en présence d’un grand album) d’y entrer. C’était en 2002. Allait suivre une période de vaches maigres pendant laquelle, en quatorze ans, Vanot n’allait publier, sous son nom, que deux albums. Bethesda, en 2009, où il réglait ses comptes à Callahan (période Red Apple Falls) ou encore Hollis et même Murat mais pas seulement. Tango, Country, Jazz, World, Bethesda était un magnifique fourre-tout où Vanot montrait, pour qui en doutait encore, toute l’étendue de son talent. Et enfin, sept années plus tard, en ce 27 Mai 2016 béni, Ithaque.

ithaque

Par où commencer ? A vrai dire j’en sais rien. Je pourrais faire simple et dire qu’Ithaque est le contre-pied parfait de Bethesda. A savoir un disque où le groupe, les pédales steel, les arrangements chiadés n’ont plus lieu d’être, où Vanot referme la fenêtre, opère un repli sur soi(e), se débarrasse du superflu pour se foutre littéralement à poil, aussi bien musicalement que textuellement. Je pourrais, mais Ithaque est bien plus complexe, Vanot bien plus malin, pour se laisser cataloguer ainsi.

Ithaque, sans vouloir en dévoiler de trop non plus, c’est beaucoup de sous-textes, une douce ironie, un humour , une lucidité, un brassage d’émotions qui vous laissent sans voix pendant une petite trentaine de minutes. Après une brève introduction où il vous explique (et justifie par la même occasion la brièveté de son morceau) que le bonheur est éphémère, qu’il faut savoir le saisir au moment opportun, il appuie son propos (la persistance du malheur, suite logique et ironique de la brièveté du bonheur) en déroulant principalement des histoires d’amours déçues, de relations déliquescentes voire sans issues, de liens défaits, le tout sans une once d’amertume, plutôt avec une pointe de nostalgie, spectateur du temps qui passe, des changements, de l’émoussement affectif, renforçant au final l’émotion qui se dégage des morceaux. Néanmoins n’allez pas croire qu’Ithaque est un disque pleurnichard, contant les malheurs de Silvain, il est d’une toute autre étoffe, plus subtile, incluant l’humour, le recul, la lucidité quant à son statut de musicien un peu à la ramasse (« j’ignore comment le tri s’opère mais voyez, je suis toujours là/ loin du wagon de tête avec les indécis, ça me va« ). Il constitue également un autoportrait en creux plutôt saisissant, non exempt d’auto-critique (« C’est la sueur, le hasard que j’incrimine/ jamais la paresse, jamais mes erreurs »), utilisant toutes les métaphores volatiles à sa disposition (et laissant au passage Murat sur le carreau) pour se décrire, ainsi qu’un humour parfois vachard quand il évoque sans les nommer ses collègues musiciens ( l’interrogation finale du morceau Les Accords de 9ème qui vaut aussi pour lui-même soit dit en passant). Mais c’est quand il se remémore son parcours qu’il touche en plein cœur, que ce soit avec Je Suis Le Carnet De Route ou en fin de parcours avec Ithaque (« Ce que je rapporte te revient/j’étais parti j’avais besoin… et je reviens avec un sac, de percussions et de parfums, de saudade et de refrains/j’étais parti et je reviens … si tu veux bien »), ses mots font mouche, tout en retenue, justes, émouvants.

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Vous me direz : que les textes soient intelligents, pertinents ou autre, c’est un plus. Le principal pour un disque, c’est que la musique tienne la route (Nino Ferrer, en écrivant Mirza, n’a jamais eu la prétention de vouloir faire du Sthendal) et appuie, si possible, la pertinence des textes. Qu’en est-il d’Ithaque alors ? Comme je le disais plus haut, il est le contrepied de Bethesda dans la mesure où l’instrumentation ne se réduit plus qu’aux instruments présents dans sa chambre (pour faire court : synthé, PC, sitar, guitares) mais il n’en demeure pas moins d’une richesse incroyable. Bon, je vais éviter de vous en dévoiler trop mais sachez que sur certains morceaux Vanot atteint la grâce d’un Christophe; ailleurs ce sont les 90’s de Sentridoh ou Palace qui s’invitent voire le Callahan de The Doctor Came At Dawn (sur un des instrumentaux d’Ithaque); le Nick Drake, écorché vif de Pink Moon, est également de la partie et on pense même à Mark Hollis sur le premier morceau. Bref, de toute sa discographie, Ithaque est probablement son album le plus imprégné de l’esprit des années 90 (on retrouve même une référence aux beats dépressifs de Portishead). Si j’osais un parallèle, toujours en rapport avec les 90’s, je dirais qu’Ithaque, musicalement, est à Vanot ce que les American Recordings sont à Cash : un disque dans lequel les arrangements sont à minima, complètement dépouillés où la pratique du Less Is More y est intense. C’est également un album qui  abonde de références, pas seulement musicales mais également cinématographiques (la référence, musicale, à Cosma et celle, cinématographique à l’homonyme Kosma sur Le Marié Du Port n’est probablement pas un hasard), géographiques, littéraires. Ithaque est au final très humain dans le sens où il se dévoile dans le plus simple appareil et s’enrichit de toute la complexité des sentiments au fil de l’écoute, jouant sur tous les registres, l’humour, la mélancolie, la légèreté, l’espoir, pour mieux vous prendre dans ses filets. Et c’est peu de dire qu’on en ressort secoué, parce que même dans ses faiblesses Vanot parvient à trouver le mot ou la note juste, l’équilibre pour émouvoir.

Ithaque est court, très court même, prend le contrepied de toute sa discographie en épurant au maximum mais se place d’emblée à son sommet, juste à côté d’Il Fait Soleil dont il pourrait être son verso : autant l’un est apaisé, lumineux, luxuriant, autant l’autre est tourmenté, mélancolique et, de façon contradictoire, d’une grande simplicité. Aussi, après sept années d’errances, on peut le clamer et l’acclamer un peu partout : welcome back home Silvain (Et n’oublie de nous redonner des nouvelles très vite).

Sortie chez 03h50 le 27 Mai ainsi que chez tous les disquaire globe-trotters de France et de Navarre.

Site officiel

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