Interviews

Sonya Madan (Echobelly) : « J’ai dû apprendre à accepter ma bizarrerie »

« J’ai répondu à beaucoup d’interviews dans ma vie, mais j’ai perdu l’habitude. Je vais devoir réfléchir un peu avant de répondre ». Sur l’écran, elle apparaît à contre-jour, dans la pénombre d’un appartement londonien. Derrière elle, les moulures du plafond, une étagère, et la silhouette fugace de son colocataire, Glenn Johansson. Tous deux, Sonya et Glenn, ont enchanté la scène musicale des années 1990 avec leur groupe Echobelly. Tandis qu’Oasis et Blur se disputaient les lauriers de la Britpop, Echobelly taillait sa route dans la jungle des groupes à guitare, écumant les festivals, multipliant les interviews, jamais à court d’un single. Echobelly se distinguait de la meute : une chanteuse d’origine indienne, un guitariste suédois, une bassiste noire et lesbienne… Telle une Audrey Hepburn indo-anglaise en Dr Martens, Sonya chantait des histoires d’avortement, de prostitution et d’intolérance raciale par-dessus un mur de guitares gonflées à l’hormone. Mélodies accrocheuses, voix puissante et sexy, propos politique… Echobelly voulait en découdre avec l’Angleterre conservatrice, avec le poids des coutumes indiennes (le mariage arrangé, source de la brouille de Sonya avec sa famille), et le succès leur a ouvert les bras. Succès immédiat, fulgurant, l’espace de trois albums, avec les encouragements de Morrissey, REM et Madonna, rien que ça.
Seulement, la roue tourne.

Echobelly
La Britpop ne dura pas. Echobelly traversa alors une incroyable série noire avant de renaître, tout doucement, fragilement au cours des années 2000. Sonya et Glenn reviennent de loin. C’est un miracle de les savoir encore réunis, tous les deux, dans cet appartement qu’ils partagent. Leur dernier album en date, Anarchy and Alchemy a lui aussi quelque chose de miraculeux. Les mélodies ne bombent plus le torse. On y entend des fêlures, des failles, comme l’écho des blessures du passé. La belle voix mate de Sonya est toujours là. Depuis sa sortie en 2017, quelques concerts ont été donnés ici et là. Le prochain devait avoir lieu au printemps lors du Creation Day, un festival réunissant le gratin de la Britpop. La fête a été annulée, Covid oblige. En attendant l’embellie, Echobelly ressort en vinyle (coloré) deux de ses anciens albums, People Are Expensive (2001) et Gravity Pulls (2004).
Et puisque l’avenir est incertain, Sonya a eu la gentillesse de regarder dans le rétroviseur le temps d’une interview. Entre deux rires en cascade, elle évoque les années fastes, les années sombres et la lumière qui renaît timidement.

Parlons des années Britpop. Qu’est-ce qui te manque le plus de cette période ?

Le sentiment de facilité. Tout s’est fait très facilement pour nous. C’était comme surfer une vague invisible. Rien ne présageait que ça pourrait s’arrêter. Nous étions jeunes et enthousiastes. Tout était possible. C’était une époque créative, positive, comme l’idée qu’on se fait des Sixties.

Les choses ont changé ?

« Créer un chef d’œuvre ne suffit pas, il faut le faire connaître. »
Enormément. Un artiste ne peut plus avoir ce genre de trajectoire. Il y a deux choses bien distinctes : le désir de créer, qui dépend de soi, et la situation économique dans laquelle s’inscrit ce projet artistique – et ça, on ne peut pas le contrôler. Créer un chef d’œuvre ne suffit pas, il faut le faire connaître. Et parfois, sans qu’on n’y puisse rien, les portes restent fermées. Ton travail reste sans réponse. Psychologiquement, ça peut être dur à vivre. Il faut cloisonner l’art et la reconnaissance, pour ne pas que le manque de succès te fragilise. C’est le chemin qu’un artiste doit accepter de suivre : des hauts et des bas. Et encore des hauts, avec un peu de chance…

Des regrets ?

Je pourrais écrire un livre avec tous mes regrets ! Mais ça ne sert à rien. C’est fait, qu’y peut-on ? C’était une époque très rock’n’roll. Le danger était partout, les drogues aussi. Une vraie tempête. Le rock, la pop music, c’est une façon de vivre à laquelle on n’était pas entraîné. Aujourd’hui il y a des écoles pour ça, mais à l’époque, on devait tout apprendre par nous-mêmes. Une fois, à nos débuts, en Essex, nous avons joué dans une petite salle bondée (ce serait illégal aujourd’hui) et le plafond s’est subitement écroulé sur nous ! Eh bien, nous avons continué à jouer, couverts de poussière et de plâtre. C’était… sauvage ! Des années très excitantes… Mais il y a eu beaucoup de casse et beaucoup de dégâts humain. Un de nos meilleurs amis était héroïnomane, il se piquait devant moi. Il s’est suicidé. La chanson Dark Therapy parle de lui. Aujourd’hui, le milieu de la pop est plus clean.

Vu de France, les groupes de la Britpop semblaient former une famille. Était-ce le cas ?

« À la fin de la Britpop, tout le monde s’est replié dans son coin. Les groupes se sont déchirés, et les amitiés entre groupes n’y ont pas résisté. »
Nous avons tourné avec Oasis aux USA et en France, nous sortions ensemble en tournée. Nous étions aussi copains avec Blur, on allait dans le même pub. Tous ces groupes formaient une sorte de famille, oui, mais avec de la compétition, car nous faisions les mêmes shows télé, les mêmes festivals, les interviews pour les mêmes journaux. Disons que c’était une famille dysfonctionnelle ! Et à la fin de la Britpop, tout le monde s’est replié dans son coin. Les groupes se sont déchirés, et les amitiés entre groupes n’y ont pas résisté.

A ce moment-là, votre manager vous a traîné en justice et vous avez découvert que votre comptable vous avait ruiné. La Britpop était devenue ringarde. As-tu pensé quitter la scène et abandonner la musique ?

Non, mais ce fut douloureux… Ce que les gens oublient, c’est que le succès d’un artiste dépend beaucoup de son environnement. Un artiste médiocre avec une équipe motivée, dévouée et beaucoup de moyens promotionnels peut aller très loin. Nous n’avons pas eu cette chance. Grâce à notre énergie sur scène, nous avions un public fidèle, solide, mais malgré tout limité. En France, Bernard Lenoir nous aimait bien, portait notre T-shirt… Mais à Londres, notre label Sony n’a plus voulu nous promouvoir. Un jour, on nous a fait comprendre que tous les efforts allaient porter sur Oasis. Pour nous, ce fut terrible : peu importe si nous étions bons, si nous avions du succès, on ne nous pousserait pas plus loin.
Nous avions un manager maniaco-dépressif totalement incompétent, et contractuellement nous étions pieds et poings liés avec lui. Nous passions notre vie à tourner, écrire et composer, et pendant qu’on courait à droite et à gauche, il nous volait notre argent, tout en se tapant la secrétaire, qui l’aidait. Ces deux-là ont effacé toutes les traces de leur forfait, car à l’époque, tout tenait encore sur de la paperasse. Une vraie comédie noire ! Un jour en 1999, notre comptable nous a appelé pour nous dire qu’il restait 200 £ sur notre compte en banque. Suede et Primal Scream ont aussi beaucoup perdu. Bref, nous sommes allés voir des avocats, sauf que nous n’avions pas un sou pour les payer. Ça s’est terminé à Scotland Yard, au bureau des fraudes en tous genres. C’était dingue… Le comptable a fini en prison, mais on n’a jamais retrouvé l’argent.

Qu’as-tu fait après ça ?

Glenn, le batteur et moi nous sommes assis, et on s’est regardé avec l’air de se dire : c’est fini… Qu’est-ce qu’on pouvait bien faire ? Un soir, notre batteur nous a dit qu’il avait un rêve : écouter Jimi Hendrix face au Mont Everest. Nous avions bu. On a rigolé et on s’est dit : pourquoi pas ? C’était fou, mais vu la situation… On n’arrivait plus à réfléchir, on voulait juste fuir, partir loin de tout cette merde. Alors on s’est envolé pour le Népal. C’était au nouvel an de l’an 2000. On n’avait évidemment aucun entraînement, ni à la marche, ni à l’altitude. Faire le tour d’un parc à Londres et finir au pub, voilà notre entraînement !
Un petit avion de 8 personnes sur Yeti Airlines nous a déposé dans la montagne… et il s’est écrasé au vol retour. Il n’y a eu aucun survivant. Nous étions donc trois musiciens sous-entraînés, coincés dans la montagne. Chaque jour, nous devions marcher longuement, passer des ponts branlants et vertigineux, dormir sous tente au-dessus des nuages. Finalement on a vu l’Everest, et le soir du 31, on a fait fête avec des montagnards et un lama ! On a dansé en cercle en buvant du chang, l’alcool local. C’était une expérience incroyable. J’ai fait une intoxication alimentaire, sans parler de mes pieds en sang à cause de mes chaussures trop grandes… mais on l’avait fait ! Alors de retour à Londres, on s’est dit : continuons.

Et vous avez continué…

Nous avons écrit et enregistré deux nouveaux albums, entièrement autofinancés. J’ai dû prolonger mon emprunt immobilier pour trouver des sous. Au même moment notre manager a décidé de nous poursuivre en justice. Sans avocat, nous avons a dû apprendre le droit. Quelle blague… Notre meilleur ami, celui de Dark Therapy, s’est suicidé à la même période. Après le succès foudroyant de la Britpop, c’était une période dure et étrange. L’autre côté du rock’n’roll…

Les amis ?

Tous partis ! Ma famille était éparpillée partout dans le monde. Un soir, je croise un promoteur de concert, qui avait toujours été si bon avec nous – au point que je le considérais comme un ami. Je le salue et il me dit : « Je discute avec quelqu’un, là, tu vois ? ». Puis il m’a tourné le dos. Quelle humiliation ! C’était un résumé de ma situation. Voilà où j’en suis, me suis-je dit. Psychologiquement, c’était dur.

De quoi viviez-vous à l’époque ?

Nous touchions quelques royalties car le groupe avait bien marché aux Etats-Unis, au Japon et dans quelques autres pays. Et puis n’ayant pas de famille à nourrir, je n’ai jamais eu de gros besoins financiers. C’est surtout l’orgueil qui était blessé. Avec Glenn, nous avons donc formé Calm of Zero, un petit groupe composé seulement de nous deux. C’était un retour à zéro. Le nom vient de cette expérience presque religieuse que l’on peut ressentir quand il fait zéro degré et que la neige tombe : tout est assourdi, silencieux et calme. C’est ce que je voulais pour Glenn et moi : oublier le passé et faire des shows acoustiques à deux, intimistes. Nous avons aimé cette liberté. Echobelly était entre parenthèses.

Vous avez fini par reprendre Echobelly. Depuis quelques années, on assiste à un revival de la Britpop. Les groupes des années 1990 se reforment à tour de bras. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

Certains de ces groupes continuent de creuser le même sillon Britpop. Je ne juge pas, mais Glenn et moi sommes passés à autre chose. Nous avons évolué artistiquement. Et puis nous ne sommes jamais séparés. On ne veut pas presser le citron de la Britpop, pour nous c’est du passé. En même temps, nous ne sommes pas naïfs : nous avons été connus pour ça, les radios passent encore King of the Kerb, Great Things, Dark Therapy. Si le public vient nous voir, c’est pour entendre ces chansons qui leur rappellent le temps où ils étaient jeunes, libres et célibataires ! Alors en concert, il faut garder un certain équilibre.

Echobelly

La nostalgie est-elle une bonne énergie créatrice ?

Il n’y a pas de règles. Certains groupes assez insignifiants de la Britpop s’en sortent très bien. Prenez Shed Seven, dans un genre « groupe de mecs » à la Oasis. Ils sont plus importants aujourd’hui qu’hier car ils ont su se créer un public très fidèle. Mais pour ma part, je ne veux pas exploiter la fibre nostalgique. Ces concerts où les groupes de cette période se rassemblent peuvent être assez ennuyeux. En coulisses, chacun parle de ses enfants… Il n’y a plus la créativité d’avant. Ou peut-être est-ce juste la jeunesse qui est partie ? Mais pour être très honnête, c’est un peu triste.

Pourriez-vous ne pas jouer « Great Things » en concert ?

Pas encore ! On verrait trop la déception sur les visages. Et je n’ai pas honte de ces chansons. C’est juste que parfois, on s’en lasse.

Comment entraînes-tu ta voix ?

« Être créatif, c’est explorer ce qu’on a à l’intérieur de soi. A force de suivre les leçons d’un prof de chant, on risque de devenir un produit manufacturé… »
Je ne l’entraîne pas, et c’est une question dont je dois m’occuper. Je n’ai jamais pris de cours de chant, à part quelques leçons avec une prof géniale, très old school, qui avait enseigné à Shirley Bassey. Vous savez, à l’époque, le manager voulait juste que je ne perde pas ma voix. Aujourd’hui, les jeunes prennent des cours pendant des années. Ils en sortent avec une super technique, mais quelque chose leur manque sur le plan artistique. J’entends beaucoup de voix « vanillées », si vous voyez ce que je veux dire. Être créatif, c’est explorer ce qu’on a à l’intérieur de soi. A force de suivre les leçons d’un prof de chant, on risque de devenir un produit manufacturé… D’autant que les profs sont souvent des artistes ratés – c’est cruel à dire, mais c’est ainsi. Ceci dit, j’adorerais suivre des leçons ! J’aimerais savoir où m’améliorer.

Comment travaillez-vous aujourd’hui ?

« Les gens que je trouve extraordinaires ne sont pas musiciens, ce sont des anonymes avec des vies parfois incroyables. L’extraordinaire se cache dans l’humanité la plus ordinaire. »
Actuellement, nous sommes occupés par la sortie en vinyle de People Are Expensive et Gravity Pulls. Et nous écrivons de nouvelles choses. Nous avons des idées, l’album à venir peut aller dans n’importe quelle direction. Glenn apporte ses mélodies, toujours très belles. Je choisis celles qui m’inspirent le plus et je me fais un film dans ma tête. Par exemple la mélodie de Hey Hey Hey m’a évoqué le dernier combat d’un Indien d’Amérique, son baroud d’honneur avant d’être massacré. Il y a cette image de finir avec héroïsme. D’où ça m’est venu, aucune idée. Où ça me mène, non plus. C’est ça, l’écriture.
J’ai découvert qu’on pouvait faire un film de la vie de tout le monde, absolument tout le monde. Les gens que je trouve extraordinaires ne sont pas musiciens, ce sont des anonymes avec des vies parfois incroyables. L’extraordinaire se cache dans l’humanité la plus ordinaire.

 

Dans « Faces in the Mirror », tu reviens sur l’incompréhension entre ta famille et toi. Tu n’as pas suivi le chemin qu’ils auraient voulu…

Je crois qu’aujourd’hui, ma famille s’est résignée : je suis un cas désespéré ! Pour la classe moyenne hindoue, rien ne compte plus que la respectabilité, c’est-à-dire un beau mariage et un emploi sûr (juge, comptable, médecin). Ce que j’ai fait était sans précédent et tellement inattendu pour eux… Mon succès les rendait perplexes. Ils auraient donné n’importe quoi pour que je leur ramène un mari comptable ! Faces in the Mirror s’adresse à mon père (décédé, NDLR). Dans le refrain, je lui explique qu’il n’a pas à être déçu de ma vie car les choix que j’ai fait sont ma vérité.

 

Que dirais-tu à la jeune Sonya si tu la rencontrais ?

« Profite du voyage, ça va bien se passer, quoiqu’il arrive ». Je n’ai pas profité du voyage. Je me suis toujours sentie à côté, je ne rentrais pas dans les cases, je ne trouvais pas ma place. Petite, je n’étais pas assez indienne pour les Indiens que je connaissais, et pas assez blanche pour les Anglais. J’ai dû apprendre à accepter ma bizarrerie, et à être heureuse seule. Plus tard avec Echobelly, quand on parlait de moi, c’était pour faire de moi un symbole : on me posait des questions sur la politique, le féminisme… C’était bien, mais en tant qu’artiste, je n’écris pas toujours du point de vue féminin. J’écris parfois du point de vue masculin, comme pour Hey Hey Hey. Donc on me collait une étiquette… alors que je me cherchais encore.

Dans tes paroles, sur scène, en interview, on te sentait forte, très « girl power »…

« Les gens croient que les artistes sont des êtres brillants, qui ont forcément un avis sur tout, et on les écoute comme des gourous, alors que ce sont les gens les plus perdus du monde ! »
Les gens croient que les artistes sont des êtres brillants, qui ont forcément un avis sur tout, et on les écoute comme des gourous, alors que ce sont les gens les plus perdus du monde ! N’attendez pas d’eux des réponses. Quelqu’un a dit : « ne rencontrez pas vos héros, ils vous décevront toujours ». Mieux vaut rester dans le fantasme. Et puis la vision que vous avez de quelqu’un en dit plus sur vous que sur lui. C’est un miroir. Faces in the mirror

Tu te plais toujours à Londres ?

La ville a changé, c’est devenu un endroit où on vient travailler. Elle a un peu perdu son âme d’artiste. Ce petit pays n’a pas grand-chose d’autre à offrir au monde que sa culture, mais celle n’est pas soutenue par le gouvernement. Ici, il n’y a pas de ministère de la Culture comme chez vous, on détruit des salles de spectacles pour en faire des parkings… Des musiciens classiques deviennent taxis pour gagner leur vie. Malgré tout, j’adore Londres, j’y suis depuis que je suis petite. Je suis une des rares artistes Britpop originaire d’ici, la plupart des autres venaient d’ailleurs.

Comment vis-tu ?

Je vis dans une bulle, un peu en ermite. Je n’ai pas une vie normale. Je n’ai pas rencontré l’homme de ma vie, je n’ai pas d’enfant, ni de travail fixe, ni de vacances… C’est ma vie et c’est ainsi. C’est mon choix. Je pourrais faire autre chose, aider les autres, j’ai un diplôme en psychologie. Mais ce ne serait pas vraiment moi. En ce moment, je m’intéresse à l’hypnothérapie, je suis fascinée par le potentiel du cerveau humain.

Pourras-tu lire cet entretien en français ?

Non hélas, j’adorerais.

Tu as pourtant chanté Car Fiction en français.

Des amis français l’avaient traduit. Vous comprenez ce que je raconte en français ?

Non !

(Rires)

 


Merci à Sonya Madan de nous avoir accordé cet entretien.


Image à la une : Sonya Madan (Echobelly) by Ray Burmiston

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